Vendredi 29 mai 2020 | Dernière mise à jour 00:03

France Des milliers de «teufeurs» au Teknival

Des milliers de raveurs se retrouvent dans le nord de la France pour fêter les 25 ans du festival Teknival.

Devant les enceintes, des centaines de jeunes dansent au son de la techno.

Devant les enceintes, des centaines de jeunes dansent au son de la techno.

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Plus de 10'000 «teufeurs» se retrouvent ce week-end sur une ancienne base militaire du nord de la France pour fêter en «liberté», et sans autorisation, les 25 ans du festival Teknival et bien davantage sont attendus d'ici à la clôture, mardi.

«Je préfère quand c'est illégal, c'est moins la fête à la saucisse» : «Si c'était légal, il y aurait plus de lumière, de marchands de bière et kebabs sur le tarmac... Ca deviendrait une discothèque géante», lance Raphaël, 30 ans, en désignant l'ancienne piste de la base militaire de Marigny, à 130 kilomètres à l'est de Paris.

Des dizaines de sound systems, des murs d'enceintes de sonorisatioin de plusieurs mètres de haut, ont été installés sur cette longue bande de bitume entourée de champs.

Devant les enceintes, des centaines de jeunes dansent au son de la techno. D'autres sont assis entre des camions, camping-cars et voitures venus de toute la France et garés en tout sens. Certaines plaques d'immatriculation sont cachées. Des dealers circulent proposant de l'ecstazy ou de la cocaïne.

Le festival a débuté vendredi soir et dure jusqu'à mardi. Plus de 60'000 personnes y sont attendues selon les collectifs. Grande messe techno française, le Teknival est organisé chaque année autour du 1er mai, dans différents lieux.

A de rares exceptions, il a lieu sans l'accord des autorités. «On est moins parqué, on choisit plus ce qu'on a envie de faire», estime Raphaël, qui fait partie depuis huit ans d'un soundsystem basé à Montreuil, une commune de la banlieue est parisienne.

Il est arrivé sur place vendredi. «On était une cinquantaine de camions et voitures. On a dit aux gendarmes, si on ne rentre pas, on bloque la route, les villages ».

Mais illégal ne veut pas dire «que c'est n'importe quoi», affirme le jeune homme. «Chaque sound system fournit 5-6 bénévoles, pour gérer le parking, les déchets, la sécurité. Au total, on est environ 200 prêts à intervenir en cas de problème.»

Selon lui, il y a finalement «très peu d'incidents». Il montre les nombreux sacs-poubelle accrochés aux rétroviseurs des voitures : «le plus souvent on arrive à rendre le site aussi propre qu'on l'a trouvé», ajoute-t-il, vantant l'«esprit d'entraide» et l'«autogestion» du mouvement.

«Fête totale»

Un esprit qui plaît à Esteban et Florian, 20 ans, venus de Dijon (centre-est). Ils cherchent le sound system «des Insoumis». «Rien à voir avec Mélenchon», le leader du parti la France insoumise (gauche radicale), rigolent-ils. Depuis un an, ils vont régulièrement en «teuf» pour «tout ce qui est défendu derrière la musique : le respect de tout le monde, la liberté».

Idem pour Lucie et Manon, étudiantes en droit et en communication dans la région. «Ca peut faire peur à première vue le Teknival, mais quand on est dedans, on se sent bien».

Les deux amies âgées de 20 ans vont rester quatre jours. «Ici, on ne vient pas pour plaire, comme en boîte. On vient pour s'amuser.»

Le besoin d'appartenir à «un mouvement», d'avoir des lieux de fêtes «moins guindés», «gratuits», c'est déjà ce qu'entendait Jean-Marc, il y 25 ans. Agé de 61 ans, il est membre depuis 20 ans de Techno, une association qui informe les usagers de drogue.

Sur son stand, des dizaines de personnes viennent prendre des bouchons d'oreilles ou un «roule ta paille», un carré de carton individuel pour «sniffer» en limitant les risques.

Pour expliquer le succès continu des rassemblements techno, il évoque notamment le besoin d'une «liberté temporaire». Les «teufeurs» «acceptent en grande partie la société, le monde tel qu'il est. Même s'il n'est pas simple, ils s'y plient», explique-t-il. Mais, «il y a un besoin d'un espace où se libérer, faire la fête totalement».

Samedi, alors que le soleil baissait et que la musique se faisait de plus en plus forte, des dizaines de voitures continuaient à arriver. «Si des jeunes sont ici», 25 ans plus tard, poursuit Jean-Marc, «c'est qu'ils en ont besoin.» (afp/nxp)

Créé: 29.04.2018, 12h30

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