Mercredi 17 juillet 2019 | Dernière mise à jour 10:37

Kiev Des millions d'Ukrainiens menacés par les mines

Environ 7000 km2 sont contaminés par des mines dans l'est de l'Ukraine, ce qui en fait une des régions les plus minées au monde.

Entrainement de déminage dans le village de Chugynka, proche de Lugansk .

Entrainement de déminage dans le village de Chugynka, proche de Lugansk . Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

A genoux dans l'herbe fanée, une trentaine d'hommes et de femmes scrutent le sol, centimètre par centimètre. L'objectif de ce travail de fourmi est de détecter des mines dont la zone de guerre dans l'est de l'Ukraine est truffée depuis plusieurs années.

L'équipe de démineurs travaille sur une colline de 74'000 m2 où des «signes directs» de présence de mines antichars ont été détectés. Cet ancien pâturage bouclé et marqué par des panneaux en anglais «danger mines» se trouve à Tchouguinka, un pittoresque village entouré de bois de pins dans la région de Lougansk, à 25 kilomètres à l'ouest de la ligne de front.

«Tout le village s'en servait. C'est pour eux que l'on s'occupe du déminage, pour que l'on puisse leur dire un jour: 'ici tout est nettoyé'», assure Anatoli Radtchenko, ex-entrepreneur devenu chef de démineurs, équipé comme ses collègues d'un gilet pare-balles bleu et d'un masque de protection.

Fondation suisse

Composée d'Ukrainiens, l'équipe a été formée par la fondation suisse de déminage (FSD), organisation basée à Genève qui la finance. Armés de sondes manuelles et de détecteurs de métaux, ses membres ont pour tâche de localiser des mines, les marquer de fanions et alerter les services de secouristes de l'Etat, chargés du désamorçage. Le travail est dangereux et très lent. En six semaines, l'équipe a examiné moins de 5% du champ.

Une partie des régions ukrainiennes de Donetsk et Lougansk sont contrôlées depuis 2014 par les séparatistes prorusses, dont la guerre avec les forces de Kiev a fait plus de 10'000 morts. Selon Kiev et l'Occident, la Russie soutient militairement les séparatistes, ce que Moscou nie malgré de nombreux témoignages recueillis par des médias.

Les accords de paix de Minsk, conclus en février 2015, ont permis de réduire considérablement les affrontements, mais des flambées de violence régulières et des explosions de mines plantées par les belligérants continuent d'alourdir le bilan des victimes.

Plus de 1600 civils tués

«Environ 7000 km2 sont contaminés par des mines (...) dans l'est de l'Ukraine, ce qui en fait une des régions les plus minées au monde», s'est inquiétée en décembre dans un communiqué l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Selon l'ONU, plus de 1600 civils ont été tués ou blessés par ce type d'arme depuis le début du conflit alors que plus de deux millions d'Ukrainiens dont 220'000 enfants continuent d'être exposés à ce risque.

Andri, agriculteur de 32 ans, qui habite à Tchouguinka avec sa famille et gagne sa vie en cultivant du blé, doit ainsi désormais tenir compte de ce risque. Un de ses collègues d'un village voisin a été blessé par une mine lors de la moisson.

«Pour un conducteur de tracteur, il y a toujours un risque ici de sauter sur une mine», soupire cet homme à la large carrure. «Mais il faut travailler malgré tout.» En plus de la FSD, deux autres organisations humanitaires, The HALO Trust et Danish Demining Group (DDG) s'occupent du déminage en Ukraine mais seulement dans les zones contrôlées par Kiev.

Des décennies pour déminer

De l'autre côté de la ligne de front, les autorités séparatistes, qui effectuent elles-mêmes le déminage, ne dévoilent pas la surface des territoires contaminés, mais, tout comme celles de Kiev, avouent que ce processus prendra des années, voire des décennies.

«On en souffrira encore très longtemps», reconnaît le maire séparatiste de la ville de Gorlivka, Ivan Prykhodko. D'autant qu'en dépit de trêves officielles, les deux camps continuent de miner de nouvelles zones sans les marquer, selon l'OSCE.

Et le déminage n'avance qu'au compte-gouttes. Depuis 2014, les spécialistes militaires ukrainiens, qui effectuent la majeure partie du déminage, n'ont pu contrôler que 42 km2 des territoires contaminés, soit 0,6% du total, selon les chiffres officiels publiés en décembre.

Pendant ce temps, les mines continuent de tuer. À la fin septembre, trois adolescents sont morts après avoir sauté sur une mine dissimulée dans un bois près de Gorlivka. Seul un garçon de dix ans, blessé, a survécu. (ats/nxp)

Créé: 29.12.2018, 09h12

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.