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Etats-Unis Opiacés: procès historique contre un labo

Un procès historique contre un laboratoire pharmaceutique accusé d'avoir favorisé la crise des opiacés s'est ouvert mardi aux Etats-Unis.

L'avocat des laboratoires Johnson & Johnson Larry Ottaway, mardi 28 mai 2019.

L'avocat des laboratoires Johnson & Johnson Larry Ottaway, mardi 28 mai 2019. Image: Keystone

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L'industrie pharmaceutique est-elle responsable de l'explosion des overdoses qui ravagent les Etats-Unis pour avoir encouragé la prescription de médicaments opiacés ? Arguments et contre-arguments ont été échangés devant un juge de l'Oklahoma mardi, à l'ouverture d'un procès qualifié d'historique contre le laboratoire Johnson & Johnson.

Des trois laboratoires accusés au départ dans cet Etat du Midwest, Johnson & Johnson, plus connu pour son talc pour bébé que pour les médicaments anti-douleur de sa filiale Janssen, est le seul à ne pas avoir passé un accord négocié avec le procureur général de l'Oklahoma pour éviter un procès.

Le laboratoire Purdue Pharma, devenu l'ennemi numéro 1 dans la crise des opiacés pour avoir fabriqué le médicament vedette Oxycontin, avait passé un accord à l'amiable en mars avec l'Oklahoma en acceptant de payer 270 millions de dollars. Le laboratoire israélien Teva lui a emboîté le pas ce week-end, et a accepté de débourser 85 millions de dollars. Ne reste donc plus que Johnson & Johnson, basé dans le New Jersey.

Volontiers comparé aux actions en justice contre les fabricants de tabac qui se sont soldées par un accord de plus de 200 milliards de dollars en 1998, le procès a valeur de test pour les autres plaintes déposées contre les fabricants de médicaments opiacés: plus de 1500 ont été enregistrées au niveau fédéral, supervisées par un juge de l'Ohio, et des centaines au niveau des Etats, dont New York et le Massachusetts.

«Médicament magique»

Le procureur général de l'Oklahoma, Mike Hunter, présent à ce procès retransmis en direct sur certains sites, a accusé dans sa plaidoirie d'ouverture le laboratoire d'avoir agi par «appât du gain», présentant de façon «cynique et trompeuse» les opiacés comme un «médicament magique» contre la douleur.

Il a reproché à Johnson & Johnson d'avoir, à partir de 1996-97, minimisé les risques de dépendance à leurs médicaments, le patch Duragesic et les pilules Nucynta, et d'avoir poussé à «créer une demande» pour ce type d'antalgiques longtemps réservés aux personnes souffrant du cancer, afin de rester dans la course face à son concurrent Purdue Pharma et son Oxycontin.

L'Oklahoma, qui a enregistré quelque 4600 morts par overdoses entre 2007 et 2017, réclame des milliards de dollars de dédommagement - un avocat a évoqué mardi la somme de 13 milliards sur 20 ans - pour compenser les dépenses publiques nécessaires pour combattre cette crise, «la pire crise de santé publique jamais causée par l'homme» dans cet Etat, selon M. Hunter.

Mais l'avocat des laboratoires, Larry Ottaway, a rétorqué que si Johnson & Johnson affirmait dans les années 1990 que les opiacés étaient «rarement addictifs», c'est parce que la Federal Drug Administration (FDA), l'agence fédérale des médicaments, le disait elle aussi.

Aujourd'hui encore, alors que la crise des opiacés a été érigée fin 2017 en urgence sanitaire nationale, l'agence américaine reconnaît l'utilité des médicaments opiacés, soulignant le besoin de «trouver un équilibre entre les risques de dépendance et la réalité des douleurs chroniques», qui peuvent mener «à la dépression et au suicide», a souligné M. Ottaway.

Pour lui, l'Oklahoma a au moins une part de responsabilité dans la crise, puisque l'Etat était censé contrôler les médecins prescripteurs de ces médicaments aux risques d'addiction connus et les pharmacies.

Les opiacés de Johnson & Johnson étaient aussi bien moins largement distribués et moins addictifs que ceux de Purdue Pharma, souvent présentés comme l'incarnation du mal dans cette crise, a-t-il assuré. «Combien de morts y a-t-il eu en conséquence d'un médecin licencié dans l'Oklahoma prescrivant un opiacé fabriqué par Janssen? Zéro!» a affirmé M. Ottaway.

Deux mois de procès

Médecins prescripteurs, agents commerciaux pour Johnson & Johnson, experts en dépendance, et familles ayant perdu des proches dans cette crise devraient être appelés à la barre pendant ce procès censé durer deux mois, qui devrait retracer l'historique de cette crise des opiacés qui a fait quelque 400'000 morts par overdoses en 20 ans aux Etats-Unis.

Le procès se déroule sans jury devant le juge d'Etat Thad Balkman, un élu qui devra trancher sur la culpabilité de la société cotée en bourse au terme des audiences. Des rumeurs sur une faillite du laboratoire Purdue Pharma, détenu par la famille Sackler, avaient circulé en raison des multiples plaintes déposées contre eux.

Le règlement négocié dans l'Oklahoma y a mis fin, au moins pour l'instant. Mais de nombreuses institutions culturelles que finançaient les Sackler, comme la Tate Gallery au Royaume-Uni ou le Metropolitan Museum à New York, ont rompu avec eux, pour ne pas être accusés de profiter d'une fortune gagnée grâce aux opiacés. (afp/nxp)

Créé: 29.05.2019, 00h45


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