Mercredi 20 novembre 2019 | Dernière mise à jour 03:54

Soudan L'opposition «responsable en cas de perte humaine»

À la veille de la première mobilisation depuis la répression sanglante qui a suivi le sit-in du 3 juin, le Conseil militaire a mis en garde la contestation.

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Le Conseil militaire de transition dirigeant le Soudan a averti samedi le principal mouvement de contestation qu'il le tiendrait responsable de toute «perte humaine» ou «acte de vandalisme» lors d'une manifestation prévue dimanche pour réclamer un pouvoir civil.

Les généraux, qui tiennent les rênes du pays depuis la destitution du président Omar el-Béchir le 11 avril, ont aussi assuré que l'armée souhaitait remettre le pouvoir aux civils. Depuis l'éviction de Omar el-Béchir après plusieurs mois de manifestations populaires, le Conseil militaire est engagé dans un bras de fer avec la contestation qui a appelé à une nouvelle mobilisation massive dimanche.

C'est le premier appel de cette envergure lancé par l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, depuis la dispersion dans le sang le 3 juin d'un sit-in de manifestants devant le QG de l'armée à Khartoum.

«Nous ne voulons pas de problèmes»

«Nous ferons porter l'entière responsabilité à l'ALC en cas de perte humaine durant la marche (de dimanche) ou pour tout acte de vandalisme contre les citoyens ou les institutions étatiques», a affirmé le Conseil militaire dans un communiqué relayé par l'agence officielle Suna.

«Il y a des casseurs, des gens qui ont des motifs cachés, nous ne voulons pas de problèmes», a prévenu de son côté le numéro deux du Conseil militaire, le général Mohammed Hamdan Daglo dit «Hemeidti», s'adressant à «ceux qui appellent à des marches du million» de personnes.

«Nous ne sommes pas contre les gens, ni contre le pacifisme», a déclaré le général, qui dirige les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), lors d'une allocution retransmise à la télévision publique.

«Prêts à céder le pouvoir»

Lourdement armées et déployées à travers la capitale, les RSF sont accusées par la contestation et des ONG d'avoir mené la dispersion meurtrière du sit-in le 3 juin. Au moins 128 personnes ont été tuées lors de cette opération et durant la répression des jours suivants, selon des médecins proches de la contestation. Les autorités ont évoqué un bilan de 61 morts.

Le Conseil militaire a affirmé ne pas avoir ordonné la dispersion, assurant qu'il s'agissait à l'origine d'une opération antidrogue dans le secteur voisin de Columbia. Samedi soir, des membres des RSF ont empêché la tenue d'une conférence de presse organisée par un acteur majeur de la contestation devant aborder le rassemblement du lendemain.

«Avant le début de la conférence, trois véhicules des RSF, avec à leurs bords des hommes armés, sont venus à notre bâtiment et nous ont dit de ne pas organiser» le briefing, a déclaré à l'AFP un chef de la contestation, Ahmed al-Rabie.

«Le sang pour le sang»

Plus tôt, le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane, s'est offert un bain de foule dans la banlieue d'Omdurman, ville voisine de Khartoum. «Nous vous promettons qu'avec les frères de l'ALC et les autres partis politiques, nous allons rapidement arriver à un accord», a-t-il lancé dans une brève allocution. «Nous sommes prêts dès aujourd'hui à céder le pouvoir à un gouvernement élu, accepté par tout le peuple soudanais», a-t-il ajouté.

Rapidement, la foule venue l'écouter a commencé à scander «civil, civil», ou encore «le sang pour le sang», slogan utilisé durant les manifestations pour réclamer que justice soit faite pour la répression.

Réclamant d'abord le départ de M. Béchir qui tenait d'une main de fer le Soudan depuis 30 ans, les manifestants sont restés mobilisés pour faire pression sur les militaires et obtenir le transfert du pouvoir aux civils. Ces dernières semaines, ils ont tenu de petits rassemblements à travers la capitale, parfois dispersés par les forces de sécurité qui ont fait usage de gaz lacrymogènes. (afp/nxp)

Créé: 29.06.2019, 17h32

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