Dimanche 24 mars 2019 | Dernière mise à jour 09:45

Syrie Première: Paris rapatrie des enfants de djihadistes

Les enfants rapatriés sont âgés de moins de cinq ans et ils ont perdu au moins leur mère en Syrie. D'autres pourraient «être ramenés au cas par cas» mais sans leur mère.

Paris ne veut pas voir les parents djihadistes rentrer en France.

Paris ne veut pas voir les parents djihadistes rentrer en France. Image: AFP

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Après des semaines d'atermoiement, la France a finalement rapatrié vendredi cinq enfants de djihadistes âgés au plus de cinq ans, «orphelins et isolés», qui se trouvaient dans le nord-est de la Syrie, a annoncé le ministère des Affaires étrangères.

Ces enfants, les premiers à être rapatriés de Syrie, étaient dans des familles d'accueil ou des camps, tous orphelins au moins de mère même si l'incertitude subsiste sur le sort de certains pères, selon une source diplomatique. Ils sont rentrés à bord d'un avion de l'armée de l'air française.

Ils «font l'objet d'un suivi médical et psychologique particulier et ont été remis aux autorités judiciaires», a annoncé le ministère dans son communiqué. Quatre sont «à peu près en forme» mais le cinquième, «blessé», est dans «un mauvais état de santé», a précisé la source diplomatique.

Alors que des familles militent en France pour le retour de ces enfants, pointant qu'ils sont victimes d'une situation qu'ils n'ont pas choisie, les autorités françaises tardaient jusqu'à présent à organiser des rapatriements.

Le président Emmanuel Macron a ainsi évoqué mercredi «une approche au cas par cas [...] menée, en particulier en lien avec la Croix-Rouge internationale». «C'est une approche humanitaire qui est suivie et avec beaucoup de vigilance», a-t-il déclaré depuis Nairobi.

Des propos qui ont suscité des réactions indignées au sein du Collectif familles unies, qui regroupe 70 familles françaises dont des proches ont rejoint un territoire tenu par le groupe État islamique, dont le dernier bastion dans l'Est syrien est en train de céder sous l'assaut de la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS).

En France, pays occidental le plus touché par les attentats perpétrés au nom du groupe État islamique (EI), le sujet est sensible. Selon un sondage publié à la fin de février, 89% des Français se disent «inquiets» d'un éventuel retour des djihadistes (adultes, donc), et 67% se disent favorables à laisser la Syrie et l'Irak prendre en charge les enfants.

«Particulièrement vulnérables»

Les initiatives se sont récemment multipliées en faveur des enfants de djihadistes , dont nul ne connaît avec certitude le nombre. Ils seraient plus de 3 500 originaires d'une trentaine de pays dans les camps de déplacés, selon l'ONG Save The Children. À la fin de février, au moins 80 enfants français se trouvaient aux mains des forces arabo-kurdes, selon des estimations de sources françaises non confirmées par les autorités.

Après une plainte de familles contre la France déposée en février auprès du comité des droits de l'enfant de l'ONU, deux avocats, Marie Dosé et Henri Leclerc, ont lancé en début de semaine une pétition pour leur rapatriement.

Parallèlement, deux familles ont saisi la justice administrative pour qu'elle contraigne l'État français à rapatrier des enfants «en péril».

Néanmoins, dans la foulée des déclarations du président français, le secrétaire d'État à l'intérieur Laurent Nunez affirmait mercredi encore que le retour des enfants n'était pas «pour l'instant envisagé», expliquant: «Les Forces démocratiques syriennes ont fait le choix que les enfants restent avec leur mère.»

Paris inflexible au sujet des adultes

Dans son communiqué, le Ministère des affaires étrangères a souligné vendredi que «La France remerci[ait] les Forces démocratiques syriennes de leur coopération, qui a rendu possible cette issue.»

«La décision a été prise au regard de la situation de ces très jeunes enfants particulièrement vulnérables», a ajouté le ministère. D'autres enfants pourraient d'ailleurs «être ramenés au cas par cas», mais dans aucun cas avec leur mère, selon la source diplomatique.

Car Paris reste inflexible au sujet des adultes. «S'agissant des ressortissants français adultes, combattants et djihadistes ayant suivi Daech (ndlr: acronyme arabe de l'EI) au Levant, la position de la France n'a pas changé: ils doivent être jugés sur le territoire où ils ont commis leurs crimes. C'est une question de justice et de sécurité à la fois», a ainsi souligné le ministère dans son communiqué.

Les familles françaises de djihadistes et de leurs compagnes appellent, elles, au retour de leurs enfants, pour les juger en France, en sus de leur action en faveur de leurs petits-enfants au titre de la protection de l'enfance. (afp/nxp)

Créé: 15.03.2019, 15h40

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