Lundi 23 septembre 2019 | Dernière mise à jour 04:38

Naufrage en Libye La mer rejette 62 corps de migrants

Une embarcation en bois avec environ 250 migrants a coulé au large de la Libye, des dizaines de personnes sont portées disparues.

Galerie photo

 Crise migratoire: le drame des migrants en Méditerranée (dès juillet 2017)

Crise migratoire: le drame des migrants en Méditerranée (dès juillet 2017) Les migrants et les réfugiés traversent la Méditerranée pour atteindre l'Italie ou la Grèce.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les secours libyens ont annoncé vendredi avoir repêché 62 corps de migrants après le naufrage la veille de leur embarcation au large de Khoms, ville située à 120 km à l'ouest de Tripoli.

«Des unités dépendant du Croissant Rouge libyen sont parvenues à repêcher 62 corps de migrants», a dit à l'AFP Abdel Moneim Abou Sbeih, un responsable de cette organisation. Quelque 145 personnes ont été secourues après le naufrage jeudi, et 110 sont portées disparues, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Une des pires tragédies

Regards figés et visages fermés, les rescapés d'une des pires tragédies en Méditerranée attendent près d'une plage libyenne d'être transférés vers un centre de détention pour migrants. Sans savoir si leurs compagnons toujours disparus en mer seront retrouvés.

Sauvés des eaux après le naufrage jeudi de leur embarcation au large de la ville libyenne de Khoms (ouest), ils sont une trentaine, assis en silence sous un abri ouvert aux quatre vents au sol bétonné.

Un peu à l'écart, dans un sac mortuaire scellé par le Croissant rouge libyen, se trouve le seul corps repêché, alors que plus de cent personnes sont portées disparues.

Mais il n'y aura vraisemblablement pas d'opération de recherche en haute mer pour récupérer les victimes, et leur nombre exact demeurera probablement inconnu. «Faute de moyens, on attendra que la mer rejette les corps pour les récupérer», confie, sous couvert de l'anonymat, un membre des gardes-côtes aux journalistes de l'AFP sur place.

Six heures dans l'eau

À Khoms, les migrants secourus sont Érythréens en majorité, mais aussi Palestiniens et Soudanais.

Les femmes ont été installées provisoirement dans un mobile-home, pour qu'elles récupèrent leurs forces après plus de six heures passées dans l'eau, explique l'une d'elles.

«Nous sommes partis vers 23 h 30 et 1 h 30 après notre départ, le bateau a pris l'eau. Le capitaine égyptien a décidé de faire demi-tour», raconte à l'AFP Abdallah Osman, l'un des rescapés.

L'embarcation en détresse croise alors «un grand bateau, le Turkon Line». «Nous pensions qu'ils allaient nous sauver mais les personnes à bord se sont contentées d'observer», ajoute cet Érythréen de 28 ans.

Une demi-heure plus tard, l'embarcation était remplie d'eau et le moteur arrêté. «Nous sommes restés dans l'eau six à sept heures. Près de 200 personnes ont péri, des hommes, des femmes et des enfants», dit-il.

Peu éloignés des côtes libyennes, les survivants aperçoivent les lumières du port de Khoms, une ville côtière située à 120 km à l'est de Tripoli.

«Peu après l'aube, des pêcheurs sont venus nous chercher avec leurs petits bateaux et ont commencé à nous transporter, cinq à la fois... Ça a duré jusqu'à 9 h du matin.»

«Des corps flottaient à la surface de l'eau dans la zone du naufrage», raconte à l'AFP l'un des pêcheurs.

«Horrifié»

Selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), quelque 145 personnes ont été secourues, et 110 sont portées disparues. Le général Ayoub Kacem, porte-parole de la marine libyenne, évoque lui 134 rescapés et 115 disparus. Médecins sans frontières (MSF) en Libye a estimé, selon les récits recueillis auprès des survivants, que près de 400 personnes se trouvaient à bord du bateau.

«Je suis horrifié par les informations selon lesquelles environ 150 personnes seraient mortes dans un naufrage au large des côtes de la Libye», a réagi le secrétaire général de l'ONU, António Guterres.

«Nous avons besoin de routes sûres et légales pour les migrants et les réfugiés. Tout migrant cherchant une vie meilleure mérite sécurité et dignité», a-t-il ajouté sur Twitter.

«La pire tragédie en Méditerranée cette année vient de se produire», a déploré le haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, sur Twitter.

Avant le naufrage de jeudi, le HCR et l'OIM avaient fait état d'au moins 426 personnes mortes depuis le début de l'année en tentant de traverser la Méditerranée, devenue la voie maritime la plus meurtrière au monde.

Point de transit

Généralement, les migrants secourus en mer et ramenés en Libye sont d'abord accueillis par les ONG sur place qui leur offrent soins et nourriture, puis placés par les autorités libyennes dans des centres de détention, régulièrement décrits par les ONG comme des zones de non-droit.

Les rescapés assis près de la plage attendent eux aussi d'être transférés dans des «centres d'hébergement», précise M. Kacem.

Malgré des violences persistantes depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye reste un important point de transit pour les migrants fuyant l'instabilité dans d'autres régions d'Afrique et du Moyen-Orient et qui cherchent à rejoindre l'Europe.

En dépit des risques, ils prennent la mer, préférant tenter leur chance plutôt que de rester en Libye, où ils sont soumis à des abus, extorsions et tortures, selon des ONG. (afp/nxp)

Créé: 26.07.2019, 15h46

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.