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Affaire Khashoggi Ryad pourrait admettre la mort de Khashoggi

Ryad envisagerait de reconnaître que Jamal Khashoggi est mort lors d'un interrogatoire qui aurait mal tourné.

Les enquêteurs de la police turque, à leur arrivée au consulat saoudien d'Istanbul.

Les enquêteurs de la police turque, à leur arrivée au consulat saoudien d'Istanbul. Image: AFP

Ryad pourrait admettre que Khashoggi a été tué

L'Arabie saoudite envisage de reconnaître que le journaliste Jamal Khashoggi est mort lors d'un interrogatoire qui aurait mal tourné au consulat saoudien à Istanbul, rapportent lundi des médias américains. Selon CNN, citant deux sources anonymes, Ryad préparerait un rapport dans lequel elle tenterait de minimiser son implication dans la disparition de l'éditorialiste, critique du pouvoir saoudien. Le rapport, avance l'une de ces sources, conclurait que l'opération a été menée «sans autorisation ni transparence» et que «les personnes impliquées seront tenues pour responsables». Une position qui permettrait à la famille royale saoudienne, selon des sources proches du dossier mentionnées par le Wall Street Journal, de «se dédouaner d'une implication directe» dans la mort de M. Khashoggi.

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Le président américain Donald Trump a suggéré que la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi «pourrait être le fait d'éléments incontrôlables» et a dépêché son secrétaire d'Etat Mike Pompeo à Ryad pour tenter de faire la lumière sur cette affaire. Après s'être entretenu lundi par téléphone avec le roi Salmane d'Arabie saoudite de la disparition du journaliste, M. Trump a émis une nouvelle hypothèse. «Je ne veux pas spéculer à sa place, mais il m'a semblé que, peut-être, cela pourrait être le fait d'éléments incontrôlables. Qui sait ?», a-t-il déclaré à la presse.

Plus tôt dans la matinée, M. Trump avait évoqué cet échange dans un tweet. «Je viens de parler au roi d'Arabie saoudite qui dit tout ignorer de ce qui a pu arriver à notre citoyen saoudien (...) J'envoie immédiatement notre secrétaire d'Etat pour rencontrer le roi», avait-il écrit.

Les autorités turques ont fouillé lundi le consulat saoudien à Istanbul dans le cadre de l'enquête sur la disparition de Jamal Khashoggi. Selon des responsables turcs, le journaliste a été assassiné par des agents saoudiens, ce que Ryad dément.

Un convoi de six voitures est arrivé au consulat sous haute sécurité peu après 19h00 (18h en Suisse), a constaté une journaliste de l'AFP sur place. Les policiers, certains en uniforme et d'autres en civil, sont immédiatement entrés dans le bâtiment. Un groupe de responsables saoudiens censés participer à la fouille était arrivé au consulat près d'une heure avant la police turque.

A l'issue d'une perquisition sans précédent d'une durée de huit heures, les membres de l'équipe turque ont regagné leurs véhicules et ont quitté les lieux. Ils ont emporté des échantillons, notamment de la terre du jardin du consulat, a déclaré un responsable présent sur place. Cette fouille intervient au lendemain d'un entretien téléphonique entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le roi Salmane au cours duquel ils ont évoqué le cas de Jamal Khashoggi.

Des médias américains ont rapporté lundi que l'Arabie saoudite envisageait de reconnaître que Jamal Khashoggi est mort lors d'un interrogatoire qui aurait mal tourné à son consulat à Istanbul.

Selon «CNN», citant deux sources anonymes, Ryad préparerait un rapport dans lequel il tenterait de minimiser son implication dans la disparition du journaliste. Le rapport, avance l'une de ces sources, conclurait que l'opération a été menée «sans autorisation ni transparence» et que «les personnes impliquées seront tenues pour responsables». Selon le «Wall Street Journal», cela permettrait à la famille royale de «se dédouaner d'une implication directe» dans la mort de M. Khashoggi.

L'éditorialiste saoudien, critique du pouvoir de Ryad et qui s'est exilé aux Etats-Unis en 2017, s'était rendu au consulat saoudien d'Istanbul le 2 octobre pour des démarches administratives en vue de son prochain mariage avec une Turque, Hatice Cengiz. Il n'a plus été revu depuis.

Ryad assure qu'il a quitté la représentation diplomatique, mais les responsables turcs affirment le contraire et certains responsables accusent les autorités saoudiennes d'avoir fait assassiner le journaliste dans le consulat par un groupe d'agents envoyés spécialement à cette fin. M. Erdogan a pressé à plusieurs reprises, en vain, les autorités saoudiennes de présenter des images prouvant que M. Khashoggi avait bel et bien quitté le consulat.

Selon l'agence de presse étatique turque Anadolu, après ces discussions mardi, M. Pompeo devait se rendre en Turquie mercredi pour y rencontrer le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu. La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a appelé pour sa part à une enquête approfondie et transparente, déclarant que le Canada est «très inquiet» de la disparition du journaliste.

«Enquête crédible»

Jusqu'à présent, l'Arabie saoudite a démenti toute implication dans l'éventuel meurtre du journaliste, un critique du prince héritier Mohammed ben Salmane, qui collaborait notamment avec le «Washington Post».

M. Trump, un grand allié de Ryad, avait pour la première fois samedi estimé possible une implication de l'Arabie saoudite dans sa disparition et l'avait menacée d'«un châtiment sévère».

L'Arabie saoudite a promis dimanche de riposter à d'éventuelles sanctions. «Nous rejetons entièrement toute menace ou tentative d'affaiblir (le royaume), que ce soit via des menaces d'imposer des sanctions économiques ou l'usage de pression politique», a déclaré un haut responsable saoudien cité par l'agence de presse saoudienne SPA.

Paris, Londres et Berlin ont demandé une «enquête crédible». «Défendre la liberté d'expression et une presse libre, et assurer la protection des journalistes sont des priorités essentielles pour l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France», ont déclaré dans un communiqué commun les ministres des Affaires étrangères de ces pays.

Des investisseurs boudent

Lundi matin, la Bourse saoudienne est repartie à la hausse au lendemain d'une sévère chute sur fond de tensions liée à la disparition de M. Khashoggi. Alors que les investisseurs s'enthousiasmaient encore il y a quelques semaines des pharaoniques projets économiques du prince héritier, l'affaire Khashoggi semble en avoir refroidi certains.

Le milliardaire britannique Richard Branson a annoncé geler plusieurs projets dans le royaume. Des partenaires prestigieux ont annoncé ne plus participer au «Davos du désert», la deuxième édition de la conférence «Future Investment Initiative», organisée du 23 au 25 octobre à Ryad.

Les dernières en date de ces personnalités sont les PDG des sociétés de gestion d'actifs Blackrock et Blackstone, respectivement Larry Fink et Steve Schwarzman, selon des personnes familières du dossier. Le PDG de JP Morgan, James Dimon, ne s'y rendra pas non plus, selon la banque américaine.

La liste des participants, initialement publiée sur le site de l'événement, n'était plus trouvable lundi. Cher au prince héritier, l'événement est boudé par des médias comme le «Financial Times», le «New York Times» et «The Economist», mais aussi par le patron d'Uber. (afp/nxp)

Créé: 16.10.2018, 00h25

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