Lundi 1 juin 2020 | Dernière mise à jour 01:47

Proche-Orient Pompeo à Jérusalem pour discuter «annexion»

L'annexion partielle de la Cisjordanie est au menu des discussions entre le chef de la diplomatie américaine et les leaders israéliens.

Mike Pompeo rencontrera le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ex-rival électoral, l'ancien chef de l'armée Benny Gantz. (Photo d'archives)

Mike Pompeo rencontrera le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ex-rival électoral, l'ancien chef de l'armée Benny Gantz. (Photo d'archives) Image: AFP

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Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo est arrivé mercredi matin en Israël afin de discuter du projet d'annexion de pans de la Cisjordanie occupée par le nouveau gouvernement israélien, pour son premier déplacement à l'étranger en près de deux mois.

Outre ce dossier sensible, Mike Pompeo doit discuter de l'Iran, ennemi N.1 de l'Etat hébreu qui est soupçonné d'avoir multiplié les frappes contre des positions iraniennes en Syrie voisine ces dernières semaines.

Le secrétaire d'Etat américain s'est posé en matinée à l'aéroport Ben Gourion de près de Tel-Aviv et doit s'entretenir séparément en journée à Jérusalem avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et avec son ex-rival électoral, l'ancien chef de l'armée Benny Gantz, qui doivent convoler le lendemain en justes noces politiques.

De manière «préventive», Mike Pompeo ne pourra toutefois pas rencontrer l'ambassadeur américain David Friedman car ce dernier ressent des «symptômes respiratoires» bien qu'il ait été testé négatif au Covid-19, a précisé mercredi matin à l'AFP un porte-parole de l'ambassade américaine

Saga politique

Après 17 mois d'une saga politique ponctuée de rebondissements et trois élections, le gouvernement d'union de Benjamin Netanyahu et Benny Gantz doit prêter serment jeudi devant la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem.

Or leur accord de partage de pouvoir prévoit le dévoilement à partir du 1er juillet d'une stratégie pour mettre en oeuvre le projet américain, présenté en janvier à Washington par le président américain Donald Trump, dans le but de débloquer le conflit israélo-palestinien.

Le projet américain prévoit de faire de Jérusalem la capitale «indivisible» de «l'Etat juif» d'Israël et l'annexion de la vallée du Jourdain et des plus de 130 colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Le plan prévoit aussi la création d'un Etat palestinien sur un territoire réduit.

Menace pour la paix

Que faire de ce plan rejeté à l'unisson par les Palestiniens?

«La décision sera prise par Israël et je veux savoir ce que le nouveau gouvernement pense à ce sujet», a déclaré Mike Pompeo dans un entretien avec le quotidien Israel Hayom diffusé mardi, avant son premier déplacement à l'étranger depuis le 23 mars, en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.

«Les Etats-Unis sont parties prenantes de ce plan», a riposté le négociateur en chef des Palestiniens, Saëb Erakat, soutenant auprès de l'AFP que Washington ne les a pas contactés pour préparer cette visite.

«Dans nos différents échanges, des dirigeants internationaux nous ont clairement signifié que l'annexion représentait une menace non seulement pour la paix au Moyen-Orient mais pour l'ensemble du système international», a-t-il ajouté.

Au cours de la dernière décennie, sous l'égide de Benjamin Netanyahu, la population dans les colonies israéliennes en Cisjordanie a bondi de 50% pour dépasser les 450'000 personnes, vivant souvent en parallèle ou de manière tendue avec plus de 2,7 millions de Palestiniens.

A la veille de l'arrivée de Mike Pompeo, un soldat israélien a été tué par le jet de pierre d'un Palestinien en marge d'une opération armée dans un village du nord de la Cisjordanie, territoire occupé depuis 1967 par Israël.

Si Benjamin Netanyahu a promis d'appliquer la «souveraineté» d'Israël sur les colonies et la vallée du Jourdain, bande de terre qui se déroule sur près de 30% de la Cisjordanie, il a désormais devant lui une fenêtre stratégique d'environ quatre mois, entre le 1er juillet et la présidentielle américaine de novembre.

Mais lorsque Mike Pompeo assure que toute décision serait uniquement israélienne, ses commentaires sont «fallacieux» car «l'administration Trump veut vraiment que l'annexion se concrétise» insiste Daniel Shapiro, ambassadeur américain en Israël sous l'ancien président américain Barack Obama.

Rendre sa grandeur à Israël?

A quelques mois de la présidentielle américaine, la question des colonies est aussi une question de politique intérieure aux Etats-Unis, où des mouvements évangéliques, soutiens des républicains de Donald Trump, défendent mordicus le projet d'un «grand Israël» incluant dans ses frontières des territoires en Cisjordanie.

«L'administration Trump est probablement peu préoccupée par les délimitations précises, mais cherche à obtenir un accomplissement (...) à présenter à la base évangélique de Donald Trump et aux électeurs juifs de droite, afin de les galvaniser pour l'élection de novembre», assure à l'AFP Daniel Shapiro.

En Israël, les sondages suggèrent un soutien élevé à l'annexion chez les électeurs de droite, mais pas chez ceux du centre et de la gauche, des tendances représentées dans le gouvernement d'union, notamment par Benny Gantz qui a émis des doutes sur une annexion rapide.

Dans ce contexte, des analystes israéliens s'attendent à des mesures limitées du gouvernement d'union, comme le rattachement à Israël de colonies près de Jérusalem, à moins, selon Daniel Shapiro, qu'il ne passe son tour pour attendre l'identité du prochain locataire à la Maison Blanche.

Mais d'ici là, la presse israélienne a une question plus pressante en tête: Mike Pompeo portera-t-il un masque pour ses entretiens avec Benny Gantz et Benjamin Netanyahu? (afp/nxp)

Créé: 13.05.2020, 04h19

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