Mercredi 14 novembre 2018 | Dernière mise à jour 15:58

Espagne Le prix élevé de l'électricité alourdit le fardeau de la crise

Asphyxiés par le chômage et l'austérité, les Espagnols se rebellent contre le prix élevé de l'électricité. Les tarifs ont augmenté de 43% depuis le début de la crise en 2008, aggravant la pauvreté de millions de personnes.

Le phénomène porte un nom en Espagne: la «pauvreté énergétique».(Photo d'illustration)

Le phénomène porte un nom en Espagne: la «pauvreté énergétique».(Photo d'illustration) Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le prix de l'électricité en Espagne est le troisième plus élevé de l'Union européenne, après Chypre et l'Irlande. Ajouté à un taux de chômage de quasi 26%, le mélange est détonant.

«Les chiffres donnent la chair de poule», dit Cote Romero, coordinatrice du collectif «Pour un nouveau modèle énergétique». Elle souligne que près d'un demi-million de foyers ont été privés d'électricité pour non-paiement en 2012, selon les dernières données disponibles. Ces familles se lavent à l'eau froide et ne peuvent souvent pas cuisiner ni se chauffer.

«Mais sans aller jusqu'à cette extrémité, de nombreuses familles rationnent énormément leur consommation d'énergie», ajoute la porte-parole. Son collectif regroupe 270 organisations, des «indignés» aux partis de gauche, en passant par des syndicats, des coopératives et des ONG écologistes.

À la fin de 2012, 17,9% des ménages espagnols, soit plus de trois millions d'habitants, ne pouvaient pas chauffer suffisamment leur domicile, selon l'Institut national de la statistique.

«Dans le cas des familles aidées par la Croix-Rouge espagnole, le chiffre explose jusqu'à 38% des foyers, devenant un problème majeur», qui génère maladies et exclusion sociale, affirme l'organisation.

Coopérative d'achat

Au point que le phénomène porte un nom en Espagne: la «pauvreté énergétique». Depuis deux ans, les aides de certaines délégations de l'ONG catholique Caritas se sont envolées de 300%.

Une famille avec deux enfants a payé en moyenne 844,8 euros (1041 francs) sur l'année 2013, selon les chiffres du ministère de l'Industrie. En 2008, la moyenne était de 590,2 euros, avant l'explosion de la crise.

Face à cette situation, près d'un demi-million de consommateurs en colère ont formé en octobre la première coopérative d'achat d'électricité en Espagne, pour obtenir un prix négocié.

Grâce à une entreprise sur internet, HolaLuz.com, qui distribue «100% d'énergie verte», ils ont pu économiser en moyenne 49 euros sur 2013 et jusqu'à 180 euros pour certains, selon l'Organisation de Consommateurs et des Usagers, à l'origine du projet.

Vente aux enchères spéculative

Le prix de l'électricité en Espagne est fixé en partie par l'État, pour ce qui est du coût du transport et de l'aide aux énergies renouvelables. Le reste est fixé par le marché, via un système d'enchères entre les entreprises d'approvisionnement et de commercialisation.

«C'est une vente aux enchères spéculative dans laquelle la moitié des agents sont des agents financiers», dénonce Cote Romero, dont l'organisation a porté le problème du prix de l'électricité devant la Commission européenne.

Les enchères de décembre qui devaient établir le prix pour le premier trimestre de 2014 se sont soldées par l'annonce d'une augmentation de 11%. Le scandale fut tel que le gouvernement a dû annuler le résultat, fixé l'augmentation du prix à 2,3 % et annoncé une révision du mécanisme de fixation des prix.

Déficit de 26 milliards d'euros

Le marché «doit accroître sa transparence et doit augmenter sa compétitivité», a affirmé le secrétaire d'État à l'Énergie Alberto Nadal. Selon lui, le coût élevé de l'énergie est dû à une introduction «inconséquente» des énergies renouvelables par le précédent gouvernement socialiste, «très rapide et subventionnée alors que les technologies étaient très chères».

Cela a favorisé, dit-il, un déficit fin 2012 de 26 milliards d'euros, qui alourdit chaque année la facture des consommateurs de 2,7 milliards au titre de l'amortissement et des intérêts.

Pour Jose Luis Garcia, responsable de l'énergie de Greenpeace Espagne, «ces arguments sont faux» et participent d'une «campagne des grands groupes d'électricité pour discréditer et supprimer la concurrence des énergies renouvelables». «Plus il y a d'énergie renouvelable et plus le prix baisse», affirme-t-il.

La preuve, selon lui: en 2013, lorsque cette énergie a atteint un record de 42,4% du total fourni, le prix de l'électricité avait baissé pour la première fois depuis 2004, en moyenne de 0,9 % par foyer, selon les chiffres officiels. (ats/nxp)

Créé: 18.01.2014, 16h52

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters