Mercredi 27 mai 2020 | Dernière mise à jour 01:51

France Emplois fictifs: François Fillon risque la prison ferme

Le parquet a requis cinq ans de prison dont deux ferme contre l'ex-Premier ministre dans le procès des emplois fictifs de Penelope Fillon.

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Le parquet national financier a requis mardi cinq ans de prison, dont deux ans ferme, à l'encontre de l'ancien Premier ministre français François Fillon. Il a réclamé trois ans avec sursis contre son épouse Penelope dans l'affaire des soupçons d'emplois fictifs.

L'accusation a également demandé des amendes de 375'000 euros à l'encontre du couple et dix ans d'inéligibilité contre l'ex-candidat à la présidentielle. Contre le maire de Sablé-sur-Sarthe Marc Joulaud, ancien suppléant de François Fillon à l'Assemblée, ont été requis deux ans de prison avec sursis et 20'000 euros d'amende.

Dans son réquisitoire, le procureur Aurélien Létocart a longuement égrené ce qui constitue pour le PNF les preuves du «caractère fictif et artificiel» des trois contrats de Penelope Fillon entre 1998 et 2013, pour lesquels elle avait touché plus de 613'000 euros d'argent public.

Un travail tellement «impalpable, désincarné» que Mme Fillon ne prenait ni congés maternité ni congés payés, qu'«aucune trace» n'a été retrouvée des mémos et fiches qu'elle était censée préparer pour son mari et qu'elle est «incapable» d'en donner des exemples précis...

«Attribuer un caractère professionnel à la moindre de ses activités, même les plus anodines comme rapporter du courrier ou discuter avec des gens en faisant ses courses relève de la mauvaise foi», a tancé le procureur. Son rôle ? Celui de «conjointe d'un homme politique d'envergure nationale, le seul à l'époque dans la Sarthe».

Personnage de Balzac ou Chabrol

Pour le parquet, «les habitudes de captation des reliquats d'argent public» dans l'enveloppe dédiée au «crédit collaborateur» «ont été prises dès le début de la carrière politique de François Fillon» en 1981.

Une «inclination à s'affranchir du bien commun pour conforter son intérêt personnel», «dans une forme de comédie humaine que Balzac ou Claude Chabrol n'auraient sans doute pas reniée», a insisté le procureur.

S'agissant du travail de collaboratrice parlementaire de son épouse auprès de Marc Joulaud, «imposé» par François Fillon à son suppléant, «elle gagnait plus tout en travaillant moins», a asséné Aurélien Létocart: «L'appât du gain fut manifestement plus fort que la raison».

«Turpitudes»

Le procureur avait entamé son réquisitoire avec les propres mots de l'ex-député, prononcés en septembre 2012 alors qu'il employait sa femme comme assistante parlementaire: «Il y a injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu et ceux qui ne travaillent pas et perçoivent de l'argent public». «Du cynisme à l'aveuglement, il n'y a parfois qu'un pas», a-t-il raillé.

Retraité de la politique après une campagne présidentielle phagocytée par cette affaire en 2017, «François Fillon a été le propre artisan de son malheur» et «ne doit ses déboires politiques qu'à ses propres turpitudes», a asséné le magistrat.

Décrédibiliser les accusateurs

Vilipendant la «stratégie de défense» de François Fillon consistant à «distiller le poison du soupçon» et «à décrédibiliser ses accusateurs», Aurélien Létocart a estimé qu'une «telle stratégie sonne toujours, toujours comme un aveu».

Dès l'ouverture de l'enquête en janvier 2017 après un article du Canard enchaîné, les époux Fillon ont produit une masse de documents attestant selon eux de la réalité du travail de Mme Fillon. Mais «ils se sont révélés au final traduire en creux l'inconsistance du travail» de Mme Fillon, a taclé le magistrat.

Les Fillon se voient également reprocher le lucratif et tout aussi discret emploi de «conseiller littéraire» de Mme Fillon à la Revue des deux mondes du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, ami de François Fillon, qui a plaidé coupable d'abus de biens sociaux.

La défense plaidera la relaxe mercredi et le tribunal mettra ensuite son jugement en délibéré. (ats/nxp)

Créé: 10.03.2020, 18h40

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