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Algérie Que cachent les arrestations du clan Bouteflika?

Trois arrestations dans le clan de l'ancien président algérien donnent à réfléchir.

Les manifestants poursuivent leur mouvement.

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Algérie: les slogans scandés par les manifestants

Algérie: les slogans scandés par les manifestants Drôles, directes, toujours très politiques, les slogans brandis lors des manifestations rivalisent d'inventivité

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Derrière les arrestations en Algérie du frère d'Abdelaziz Bouteflika et deux ex-patrons des services de renseignements, apparaît la main du général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et de facto homme fort du pays. Que cherche le général Gaïd Salah en faisant arrêter ces hommes? Est-il désormais seul maître à bord?

Qui sont les hommes arrêtés ?

Les hommes arrêtés ont longtemps été considérés comme faisant partie des plus puissants d'Algérie. Saïd Bouteflika, 61 ans, frère et «conseiller spécial» d'Abdelaziz Bouteflika, a renforcé ses pouvoirs au fur et à mesure que la santé du chef de l'Etat aujourd'hui déchu se dégradait, au point d'apparaître comme un «président-bis», voire comme un possible successeur.

Le général Mohamed Mediène, dit «Toufik», a dirigé, dès sa création en 1990 et durant 25 ans jusqu'à sa disgrâce en 2015, le tentaculaire Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). Cet organe, statutairement rattaché à l'armée, constituait dans les faits un «Etat dans l'Etat».

Le général Athmane Tartag, alias «Bachir», ex-adjoint de «Toufik», lui a succédé quand le DRS a été démantelé. Il est devenu coordinateur des Services de Sécurité (CSS), chapeautant Sécurité intérieure, extérieure et Renseignement technique, passés sous tutelle de la présidence.

Longtemps tout-puissants, ils avaient tous trois largement perdu de leur pouvoir avec la démission du président Abdelaziz Bouteflika le 2 avril. Saïd Bouteflika n'avait plus de fonction officielle, «Toufik» était retraité et «Bachir» a été rapidement limogé.

Que leur reproche-t-on ?

Tous trois sont inculpés en vertu d'un article du Code de justice militaire relatif au «Complot contre une autorité militaire» et de dispositions du Code pénal relatives à «l'attentat» et au «complot» contre «l'autorité de l'Etat». Les faits qui leur sont reprochés, eux, n'ont pas été précisés.

Chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah les avait accusés - sans les nommer, mais ils avaient été reconnus - de s'être réunis, avant la démission du chef de l'Etat, pour déstabiliser l'armée. Lors de ces réunions, «il y a eu clairement une volonté» de sauver le clan présidentiel, contesté par la rue, explique à l'AFP un observateur algérien, fin connaisseur des arcanes de la sécurité.

Cela «passait par installer un comité de transition et se débarrasser de Gaïd Salah. C'était clairement une attaque contre lui», poursuit-il. Mais ce qui est «interprété comme un complot par Gaïd Salah» peut n'être qu'une «simple et banale lutte de clans».

Qui a ordonné leur arrestation et pourquoi ?

«Derrière ces arrestations, il y a clairement Ahmed Gaïd Salah», assure cet observateur, une opinion qui fait quasiment l'unanimité en Algérie. Le militaire entretenait des relations tendues avec Saïd Bouteflika et avait aidé Abdelaziz Bouteflika à mettre «Toufik» sur la touche en 2015. Une possible alliance «Saïd-Toufik» semblait apparaître comme un danger pour lui.

Mais, le chercheur algérien Adlène Mohammedi dénonce «une manoeuvre (...) grossière». «On offre aux manifestants (...) des hommes en cage déjà évincés du pouvoir afin de permettre à ceux qui sont encore là de se maintenir tranquillement», écrit sur Twitter ce docteur en géopolitique.

Pour l'observateur anonyme cité plus haut, ces arrestations sont «d'ordre politique et communicationnel». Il s'agit d'une «démonstration de force de la part de Gaïd Salah pour montrer qu'il maîtrise la situation (...) et qu'il est capable de changer les choses», explique-t-il.

Particulièrement visé vendredi, lors des dernières manifestations hebdomadaires en date, «il a dû montrer qu'il était capable de faire quelque chose». «Il a fait des promesses répétées, évoqué une conspiration contre l'armée, contre l'Etat, il était obligé de passer à l'acte», poursuit cet observateur.

Le général Salah, seul maître à bord ?

«Le chef d'état-major algérien agit impunément comme un autocrate», estime Adlène Mohammedi, «le protecteur du clan présidentiel d'hier mobilise l'Etat pour se protéger et protéger les siens».

Face à un président par intérim, Abdelkader Bensalah, sans envergure ni légitimité politique, et à un Premier ministre aux abonnés absents, le général Gaïd Salah semble désormais seul aux commandes. Après les incarcérations de richissimes hommes d'affaires ayant fait fortune grâce à de gigantesques contrats publics, ces trois arrestations achèvent la décapitation du clan Bouteflika.

Mais, s'il incarne l'armée, le général Gaïd Salah n'est pas à lui seul l'institution militaire, qui fonctionne de manière largement collégiale.

Surtout, reste face à lui «le plus gros morceau: le peuple. Et ce sera le morceau le plus dur», commente l'observateur anonyme. La contestation sera difficile à satisfaire, car se renforcent les revendications du départ de l'ensemble des personnalités liées au «système» déchu. Parmi lesquelles Ahmed Gaïd Salah, lui-même. (ats/nxp)

Créé: 07.05.2019, 10h58

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