Lundi 18 novembre 2019 | Dernière mise à jour 01:25

France Des retraités désabusés face à la présidentielle

Certains des électeurs âgés de plus de 65 ans sont ébranlés par l'affaire Fillon et ne savent plus pour qui voter au premier tour.

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«Mon vote ? Vous voulez dire pour le concours Super mamie ?»: au salon des Seniors de la Roche-sur-Yon, les retraités français qui déambulent dans les allées s'avouent frustrés par une campagne présidentielle décousue et éloignée de leur quotidien.

Pimpante dans son tailleur gris souris, Eliane met une dernière touche à son maquillage avant de monter en scène. Cette ancienne vendeuse d'oeufs, poules et lapins, qui a longtemps travaillé sur les marchés, est l'une des six candidates au titre de «Super Mamie Vendée», décerné vendredi dans ce département de l'ouest de la France.

Un électorat de poids

Mais de l'autre élection à venir, celle du président de la République, cette dynamique grand-mère de 82 ans, adepte des bains glacés dans l'océan, n'aime guère parler. «Je ne sais pas pour qui je vais voter», soupire-t-elle, avant de se lancer dans un trépidant Charleston.

Le vote des seniors, qui représentent près de 20% de la population, est pourtant crucial dans les élections en France. «Les plus de 65 ans s'intéressent beaucoup plus que les jeunes à la vie politique et ils votent davantage qu'eux, donc leur poids dans l'électorat est plus important que leur poids démographique», relève Luc Rouban, du Centre de recherches politiques à Paris (Cevipof).

Ainsi, 76% des seniors ont voté lors des trois derniers scrutins en France, alors que dans la tranche des 25-34 ans, moins d'un électeur sur deux s'est déplacé, selon une enquête du Cevipof.

«On est en colère»

Au salon de la Roche-sur-Yon, plusieurs des visiteurs qui naviguent entre les stands de douches aménagées ou de monte-escaliers, se disent déçus par le candidat de la droite François Fillon, menacé d'inculpation pour avoir fourni des emplois présumés fictifs à sa femme et deux de ses enfants.

«Plus ils ont d'argent, plus ils en veulent. Des fois, on est en colère, on a une tellement petite retraite», confie Marie-Josèphe, 80 ans, qui ne veut pas donner son nom. Elle a travaillé plusieurs années avec son mari Marcel, qui gérait un petit magasin d'alimentation à La Rochelle. «On n'est jamais partis en vacances». A eux deux, ils touchent moins de 1400 euros de retraite mensuelle. «Si on n'avait pas de jardin, je ne sais pas comment on ferait. C'est 40% de notre nourriture», explique Marcel, né en 1932.

S'ils rechignent parfois à discuter du sujet, les retraités rencontrés au Salon se disent tous déterminés à aller voter les 23 avril et 7 mai. «On vote toujours», souligne Danièle Pubert, femme de ménage à la retraite de 65 ans, blonde et élégante, venue avec son compagnon Jean-Pierre Farré, un ancien sommelier de trois ans son aîné.

«Effet de génération»

Souvent libéraux au plan économique et conservateurs sur les questions de société, les plus de 65 ans penchent en majorité vers la droite dite «classique». Affaires ou pas, François Fillon restait le candidat favori de 32% des retraités, selon une enquête du Cevipof réalisée en février alors que le champion de la droite ne convainquait que 9,5% des moins de 34 ans.

En revanche, les seniors sont longtemps restés rétifs au Front national, le parti d'extrême droite à la popularité grandissante mené par Marine Le Pen. «Se séparer de l'Europe, changer la monnaie: ça ne tient pas debout», estime Marcel à propos de son programme.

«Les intentions de vote pour le FN déclinent de manière abrupte au-delà de 65 ans. On a vraiment une opposition majeure entre les classes d'âge actives et les inactifs», détaille Joël Gombin, politologue. Il y voit «un effet de génération»: chez les seniors, des «référents historiques tels que la Seconde guerre mondiale, la guerre d'Algérie, l'antifascisme (...) opèrent encore des effets puissants».

Cette défiance commence toutefois à s'estomper, souligne Luc Rouban: «chez les plus modestes, le Front national réussit à gagner un peu de terrain». Danièle Pubert est ainsi décidée à voter Marine Le Pen, «pour un grand changement. Nous les Français, on n'est plus prioritaires» dans notre pays, juge-t-elle. «Ce sera comme (le président américain Donald) Trump, elle aura des gens derrière pour la raisonner», estime son compagnon. (AFP/nxp)

Créé: 05.03.2017, 10h28

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