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France Tariq Ramadan: une semaine cauchemardesque

Deux nouvelles plaintes mais aussi un soutien qui s’effrite ou une défense qu’on n’entend plus: Tariq Ramadan vient probablement de passer sa pire semaine depuis le début de l’affaire.

Accusé de viols, Tariq Ramadan est en détention provisoire depuis le 2 février.

Accusé de viols, Tariq Ramadan est en détention provisoire depuis le 2 février. Image: MEHDI FEDOUACH/AFP

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Une manifestation qui tourne au flop, des proches qui restent sans voix, un changement d’avocats et deux nouvelles plaintes: la semaine écoulée aura été catastrophique pour Tariq Ramadan. L’islamologue en détention provisoire pour des accusations de viol depuis le 2 février serait même de nouveau hospitalisé, selon ses proches.

Dès samedi, rien ne s’est déroulé comme prévu pour ceux qui défendent le théologien genevois de 55 ans. Une manifestation de soutien était organisée à Paris, au Trocadéro. Mais la mobilisation a été famélique: à peine une soixantaine de personnes, selon le Figaro.

Une défense devenue muette

Pas beaucoup mieux du côté de la Free Tariq Ramadan Campaign, sa campagne officielle de soutien, menée entre autres par Yamin Makri, cofondateur de l’Union des jeunes musulmans. Par le passé, ils avaient su faire entendre leurs arguments, récolté 100 000 euros pour la défense de l’islamologue ou lancé Mme Ramadan dans la bataille médiatique. Cette semaine, presque rien.

Ce même comité, selon différents médias français, n’était pas sur la même longueur d’onde que les avocats du Suisse, Julie Granier et Yassine Bouzrou. Ils ont été virés mardi et remplacés par Emmanuel Marsigny, censé être plus médiatique. Mais il n’a pour l’instant pas lâché une seule déclaration. Le camp Ramadan se retrouve donc muet face aux accusations.

Mais le pire est évidemment venu avec deux nouvelles plaintes pour viols et harcèlement sexuel. Outre les accusations elles-mêmes, leur nature va mettre la défense de Tariq Ramadan à mal. L’une car elle est très documentée. L’autre car elle aurait été déposée aux États-Unis. Embêtant pour son comité de soutien, qui présente l’islamologue comme un prisonnier politique, une victime d’un «deux poids deux mesures» car il serait en France le musulman à abattre. Tariq Ramadan reste évidemment présumé innocent. Mais sort affaibli de cette semaine désastreuse pour lui.

Le cas qui a tout déclenché

L’accusation: Henda Ayari, 41 ans, est la première à avoir déposé une plainte contre le Genevois, en octobre dernier, pour violences, harcèlement, intimidation, agression sexuelle et viol. Ancienne salafiste, Henda Ayari a commencé des échanges sur Facebook avec Tariq Ramadan en 2010. Elle prétend qu’il a d’abord été un guide, puis elle est tombée sous son charme, sous son emprise. Jusqu’à une rencontre, fin mars 2012, dans un hôtel parisien. Là, prétend-elle, il s’est transformé en «bête sauvage»: «Il m’a giflée très fort, ensuite il m’a étranglée pendant plusieurs secondes, j’avais le souffle coupé, j’ai vraiment cru mourir.» Puis il l’aurait violée. Henda Ayari se dit menacée et insultée depuis le dépôt de sa plainte.

La défense: Tariq Ramadan nie toute violence ou abus et prétend ne jamais avoir eu de relations sexuelles avec la plaignante.

Le témoignage de Lyon

L’accusation: «Christelle» est la seconde plaignante. On connaît son visage, pas son identité. Française de 42 ans convertie à l’islam, elle souffre d’un handicap aux jambes suite à un accident de voiture. De nouveau, les premiers contacts ont eu lieu sur Facebook, fin 2008. Elle est subjuguée, croit même qu’ils vont se marier. Jusqu’au 9 octobre 2009, dans une chambre d’hôtel de Lyon. Elle dit avoir subi des abus d’une extrême brutalité: coups sur le visage et le corps, sodomie forcée, viol avec un objet, humiliations. Puis elle aurait été tirée par les cheveux jusque dans la baignoire, où Tariq Ramadan lui aurait uriné dessus. «Il m’a salie. Pour toute ma vie, je serai celle qui s’est fait pisser dessus», a-t-elle souligné dans Vanity Fair.

La défense: Tariq Ramadan nie toute violence ou abus et prétend ne jamais avoir eu de relations sexuelles avec la plaignante.

Neuf fois en deux ans

L’accusation: Surnommée Marie, elle est la troisième plaignante, ont révélé mercredi L’Express et Europe 1. Cette mère de famille quadragénaire qui a un passé d’escort girl a aussi été abordée via Facebook et accuse le Suisse de neuf viols! Comment est-ce possible? Elle affirme avoir été sous son emprise et avoir cédé aux intimidations et menaces. Dans sa plainte, Marie relate des relations sexuelles imposées et toujours plus violentes et dégradantes en France, en Belgique et en Angleterre entre février 2013 et juin 2014: étranglement, fellations forcées, viols brutaux. «Il l’aurait humiliée dans la salle de bains, lui urinant dessus et la traitant de chienne, pute, salope», écrit L’Express. Ces accusations seraient les plus documentées, avec des centaines de messages, des photos, des vidéos et un enregistrement vocal remis aux enquêteurs.

La défense: Tariq Ramadan n’a probablement pas encore été interrogé sur ces accusations et son avocat ne s’est pas exprimé.

L’accusation américaine

L'accusation: L’affaire Ramadan rebondit outre-Atlantique, soulignait hier Libération, affirmant qu’une quatrième plainte viserait le théologien suisse – pour agression sexuelle, cette fois. Elle aurait été déposée le 19 février auprès de la police de Washington. Elle viendrait d’une Américaine musulmane d’une trentaine d’années vivant aujourd’hui au Koweït. La plaignante dit avoir contacté Ramadan via Face­book pour des conseils professionnels car elle enseignait l’islam et la culture moyen-orientale. Puis une rencontre aurait eu lieu dans un hôtel de la capitale américaine en août 2013. Cette femme accuse le Genevois de l’avoir «touchée au niveau du décolleté» et d’avoir «placé son pénis dévêtu contre sa poitrine», contre sa volonté. Le conditionnel reste ici de rigueur: aucune autorité américaine n’a confirmé le dépôt de plainte.

La défense: L’avocat de l’islamologue ne s’est pas exprimé sur cette accusation.

Créé: 10.03.2018, 10h21

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