Jeudi 27 juin 2019 | Dernière mise à jour 13:41

Stupéfiants Le trafic de méthamphétamines inonde la Thaïlande

La Thaïlande a durci sa lutte contre le trafic des méthamphétamines en provenance du Laos communiste.

Des Rangers thaïlandais patrouillent le long du Mekong à la frontière avec le Laos.

Des Rangers thaïlandais patrouillent le long du Mekong à la frontière avec le Laos. Image: AFP

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Au crépuscule, sur les rives du Mékong, un jeu du chat et de la souris débute entre les gardes-frontières thaïlandais et les gangs de la drogue au Laos. Alors que les premiers sont armés de fusils M4 et de lunettes à vision nocturne, les seconds sont aidés par des drones pour échapper à leur surveillance.

Le Laos communiste, enclavé, très secret, aux frontières difficilement contrôlables, est une plaque-tournante pour le trafic des méthamphétamines: le «yaba», «la drogue qui rend fou», et l'«ice», vendue sous forme de cristaux qui se fument.

Les trafiquants du pays s'approvisionnent dans les laboratoires clandestins de la Birmanie puis acheminent ces drogues de synthèse vers la Thaïlande, le Vietnam ou le Cambodge, avant qu'elles n'envahissent les autres pays d'Asie du Sud-Est et l'Australie.

En Thaïlande, la drogue est «une menace nationale. Elle arrive de là-bas», relève Sumnuan Kamdee, capitaine de la marine thaïlandaise en désignant l'autre rive du Mékong, qui marque la frontière avec le Laos.

Multiplication des itinéraires

Son unité fouille les vedettes rapides qui naviguent sur le fleuve dans la province de Nakhon Phanom, l'une des plus pauvres du royaume. Mais la frontière est longue et impossible à contrôler dans sa totalité.

Le durcissement de la lutte antidrogue en Thaïlande a fragilisé la voie d'acheminement la plus rapide, qui traversait le pays du nord au sud. Du coup, les itinéraires à travers le Laos se sont multipliés. Les gangs laotiens sont bien équipés et renseignés.

«Ils envoient des drones qui survolent le fleuve pour détecter s'il y a des forces de l'ordre», raconte à l'AFP Phoomsak Kampoo, un responsable local. Ils ont aussi «des éclaireurs qui surveillent les points de contrôle» côté thaïlandais, ajoute-t-il.

Les petites quantités de drogue sont acheminées en Thaïlande par des pêcheurs qui, à la faveur de la nuit, coupent leur moteur et se laissent dériver vers la rive thaïlandaise où des passeurs les attendent. Les acheminements beaucoup plus importants, d'une valeur de plusieurs millions de dollars, deviennent de plus en plus fréquents via des embarcations sur le Mékong.

Explosion des saisies

Le Laos a pendant longtemps nié le problème. Mais, l'arrestation très médiatisée en 2017 à Bangkok du millionnaire Xaysana Keophimpa, parrain laotien de la drogue, a été saluée comme une nouvelle ère de collaboration entre les polices thaïlandaise et laotienne.

Le pays doit encore «vraiment s'améliorer en matière de lutte contre le crime organisé, le trafic de drogue et le contrôle de ses frontières», souligne Jeremy Douglas de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC).

Côté thaïlandais, les saisies se multiplient. Le 31 mai, l'unité de la police du Mékong a mis la main sur 133 kilogrammes de méthamphétamines dans la province de Mukdahan, également frontalière avec le Laos.

Entre le 31 mai et le 4 juin, les autorités ont saisi dans tout le pays trois tonnes d'«ice» et près de cinq millions de comprimés de «yaba», dont une partie avait été acheminée via le petit pays communiste.

Quelques jours plus tard, l'Australie a annoncé la prise record de 1,6 tonne d'«ice» à Melbourne. La drogue, d'une valeur marchande estimée à 840 millions de dollars (833 millions de francs), était dissimulée dans une cargaison de haut-parleurs expédiée de Thaïlande.

Prix en chute

Ces quantités considérables mettent en lumière l'explosion du trafic dans la région, alors que la Birmanie est l'un des plus gros producteurs de drogues de synthèse dans le monde, d'après les experts.

«Si un seul envoi sur dix parvient à passer, [le trafiquant, ndlr] récupérera tout de même son argent», relève un haut responsable thaïlandais de la lutte antidrogue. Conséquence de cette explosion de l'offre, les prix de vente des drogues de synthèse sont en chute libre en Thaïlande.

Dans certaines régions proches de la Birmanie notamment, un comprimé de «yaba» coûte désormais à peine 30 bahts (moins d'un dollar) contre encore quelques dollars il y a deux ans, d'après des responsables thaïlandais de la lutte antidrogue.

Un kilogramme d'«ice» est vendu 4800 dollars au Laos et environ 11'000 dollars à Bangkok. Le gramme se revend plusieurs centaines de dollars dans les rues australiennes. (ats/nxp)

Créé: 12.06.2019, 07h43


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