Lundi 6 juillet 2020 | Dernière mise à jour 20:05

Procès Traite d'êtres humains dans le champagne: 188 victimes

Le Tribunal correctionnel de Reims (F) jugera cette affaire hors norme dès mercredi. Les travailleurs étaient recrutés dans des camps de migrants ou des centres d'accueil. Ils étaient à peine payés.

Ce procès exceptionnel s'ouvre dès demain mercredi à Reims (F).

Ce procès exceptionnel s'ouvre dès demain mercredi à Reims (F). Image: AFP

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Six personnes et trois entreprises sont jugées de mercredi à vendredi par le Tribunal correctionnel de Reims en France. Elles sont soupçonnées d'avoir fourni à des viticulteurs champenois de la main d'oeuvre agricole, essentiellement des migrants, employés dans des conditions indignes.

Au hasard d'un contrôle

Les prévenus, personnes physiques, responsables de sociétés prestataires de services agricoles et travailleurs indépendants intervenant dans la Marne et l'Aube, sont poursuivis notamment pour «travail dissimulé aggravé et recours au service d'une personne exerçant un travail dissimulé aggravé», «emploi d'étrangers sans titre», «conditions d'hébergement indigne» et «traite d'êtres humains».

L'affaire a débuté en août 2018 lorsque des enquêteurs du Comité opérationnel départemental anti-fraude (Codaf) de la Marne, un service de l'Etat, découvrent chez un prestataire viticole d'Oiry (Marne), près d'Épernay, de nombreux travailleurs clandestins.

Rémunération «insignifiante»

Selon le récit des enquêteurs de l'Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), en charge de l'enquête avec les gendarmes de la SR de Reims et des groupements de la Marne et de l'Aube, ces ouvriers viticoles, dont certains se trouvaient en situation irrégulière, étaient soumis à des cadences quotidiennes éprouvantes et percevaient une rémunération «insignifiante».

Certains d'entre eux ne recevaient même aucun salaire. «Le scénario était bien rodé» explique Sylvie Ody, présidente du Comité contre l'esclavage moderne, partie civile, qui accompagne trois victimes afghanes d'une trentaine d'années.

«Entassés à 20 par pièce»

La main d'oeuvre «était recrutée dans des camps de migrants ou dans des centres d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada). Les ouvriers partaient en camionnettes de Paris, d'Amiens ou de Chartres vers la Champagne où ils étaient hébergés dans des conditions inacceptables», détaille-t-elle.

«Ils étaient entassés à quinze ou vingt par pièce dans un hébergement insalubre, sans accès à l'hygiène, mal nourris, travaillant plus de douze heures par jour pour une rémunération insignifiante voire inexistante pour certains d'entre eux», souligne-t-elle.

188 victimes

Au terme des investigations, soutenues par l'inspection du travail et la Mutualité sociale agricole, 338.000 euros d'avoirs criminels ont été saisis. Les faits visés portent sur 2017 et 2018, pour 188 victimes, afghanes et africaines, sans papiers pour l'essentiel, selon Mme Ody. Pour cette dernière, le phénomène est loin d'être isolé dans le vignoble champenois. «En 2014 déjà, des saisonniers polonais avaient été découverts par la gendarmerie dans une autre exploitation viticole» rappelle-t-elle.

Outre leurs dirigeants, dont quatre sont placés sous contrôle judiciaire et encourent jusqu'à 10 ans d'emprisonnement, sont poursuivies les sociétés Serviti, Viti-Chenille et Rajviti. Aucune maison de champagne n'a en revanche été mise en cause pénalement.

(afp/Le Matin)

Créé: 30.06.2020, 15h11

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