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Affaire Khashoggi Trump assure ne pas couvrir les Saoudiens

Le président américain a certifié ne pas vouloir aider ses alliés. Il veut «juste savoir ce qui se passe».

Des sénateurs inquiets de conflits d'intérêts

Dans une lettre ouverte, 11 sénateurs démocrates ont demandé mercredi au président Donald Trump de rendre public ses éventuels liens financiers avec l'Arabie saoudite, s'inquiétant de «conflits d'intérêts». Ils demandent que le président et ses deux fils Donald Jr et Eric fournissent «tous les documents liés à des investissements, des paiements, ou tout autre transfert financier depuis le royaume d'Arabie saoudite, y compris de la part de membres de la famille royale et d'autres citoyens saoudiens à la Trump Organization ces dix dernières années».

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Donald Trump a nié mercredi chercher à «couvrir» ses alliés saoudiens dans l'affaire Jamal Khashoggi, ce journaliste qui aurait été assassiné à Istanbul par des tueurs envoyés par Ryad.

«Je ne couvre pas du tout» les Saoudiens, a assuré le président des Etats-Unis à des journalistes à la Maison Blanche. «Je veux juste savoir ce qui se passe», a-t-il ajouté, expliquant s'attendre à ce que la vérité éclate «d'ici à la fin de la semaine» alors que sont publiés dans la presse des détails effroyables sur le possible assassinat.

Un prochain indice de la position américaine devrait venir de la décision du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, qui a promis de décider jeudi, «sur la base du rapport du secrétaire d'Etat Mike Pompeo» de retour d'Arabie saoudite, s'il se rend ou non à une conférence économique organisée à Ryad et boycottée par un nombre croissant de personnalités.

M. Trump a déclaré qu'il aurait jeudi «un rapport complet» de M. Pompeo, qu'il doit rencontrer à partir de 10h00 heure locale (16h00 en Suisse), et que cela lui permettrait d'évaluer ce qui s'est réellement passé. M. Pompeo a eu mardi et mercredi à Ryad puis à Ankara des entretiens sur l'affaire Khashoggi avec les dirigeants saoudiens et turcs.

Signe de la complexité du dossier pour les Etats-Unis, Donald Trump a souligné les énormes intérêts stratégiques qui lient les Etats-Unis à l'Arabie saoudite. Il a déclaré que Washington avait besoin du royaume sunnite dans la lutte contre le terrorisme et contre l'Iran chiite. Et il a insisté une nouvelle fois sur la coopération militaire et sa dimension économique, soucieux, dit-il, de ne pas perdre «un énorme contrat» d'armement qu'il chiffre à 110 milliards de dollars - même si l'essentiel des ventes ne s'est pas encore concrétisé.

«Relations importantes»

«Les Saoudiens sont d'excellents partenaires» sur beaucoup de sujets, «et il faut bien garder à l'esprit qu'on a beaucoup des relations importantes, des relations financières entre des sociétés américaines et saoudiennes, des relations gouvernementales», a renchéri Mike Pompeo. Des sénateurs démocrates ont réclamé que le président Trump rende publics ses éventuels liens financiers avec le géant pétrolier, s'inquiétant d'éventuels «conflits d'intérêts».

Sous une pression croissante, les autorités saoudiennes nient avoir connaissance du sort de Jamal Khashoggi, qui s'est installé aux Etats-Unis en 2017 après être tombé en disgrâce à la cour. De nouvelles informations de presse accréditent la thèse d'un assassinat du journaliste au consulat saoudien d'Istanbul, où sa trace s'est officiellement perdue le 2 octobre.

Des informations du «New York Times», photos à l'appui, renforcent les soupçons à l'encontre de Ryad. Selon le quotidien, l'un des hommes identifiés par les autorités turques comme faisant partie du commando de 15 agents dépêchés par Ryad et suspectés de l'avoir tué fait partie de l'entourage du prince hériter saoudien Mohammed ben Salmane, dit «MBS». Trois autres appartenaient aux services de sécurité rattachés au jeune dirigeant, selon le quotidien.

«Nettoyage diplomatique»

Washington continue malgré tout de ménager Ryad, qui nie toute implication. Mike Pompeo s'est entretenu mardi dans la capitale saoudienne avec le roi Salmane et le prince héritier, considéré comme l'homme fort du royaume.

Le Washington Post, pour lequel écrivait parfois Jamal Khashoggi, a accusé Donald Trump et son gouvernement de mener une «opération de nettoyage diplomatique» pour préserver MBS, en épinglant «le large sourire» de Mike Pompeo lorsqu'il a rencontré le prince. «Pourquoi l'administration Trump fait-elle le ménage pour le compte de l'Arabie saoudite?», s'est demandé le quotidien.

Mercredi, Mike Pompeo a notamment rencontré à Ankara le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui s'est également gardé d'incriminer ouvertement les Saoudiens. Les autorités turques ont fouillé mercredi la résidence du consul saoudien à Istanbul. Et une partie des enquêteurs s'est rendue dans la soirée au consulat tout proche pour une nouvelle fouille, la deuxième cette semaine. Cette perquisition s'est poursuivie dans la nuit, selon un photographe de l'AFP. A la résidence, les enquêteurs ont notamment examiné le jardin, et certains pouvaient être vus sur le toit du bâtiment. Un drone a également été utilisé pour survoler la zone à deux reprises, selon une journaliste de l'AFP sur place.

Informations accablantes

La presse turque a publié de nouvelles révélations accablantes pour les Saoudiens, selon lesquelles Jamal Khashoggi a été torturé et assassiné dans le consulat dès le jour de sa disparition.

Le journal progouvernemental turc «Yeni Safak», affirmant s'appuyer sur des enregistrements sonores réalisés sur place, rapporte mercredi que le journaliste y a été torturé avant d'être «décapité» par des agents saoudiens.

Le site «Middle East Eye», se basant sur les mêmes bandes sonores, a affirmé que l'assassinat avait duré sept minutes et que les agents saoudiens avaient commencé à le découper en morceaux alors qu'il était encore en vie. Les Etats-Unis ont demandé à avoir accès à cet enregistrement «s'il existe», a assuré Donald Trump. (afp/nxp)

Créé: 17.10.2018, 18h50

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