Mercredi 11 décembre 2019 | Dernière mise à jour 02:31

Pétrole Trump veut réduire à zéro les exportations iraniennes

Donald Trump a décidé de mettre fin aux exemptions permettant à huit pays l'achat de pétrole iranien. Israël salue.

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Les Etats-Unis ont encore renforcé lundi leur campagne de «pression maximale» pour faire plier l'Iran. Ils ont annoncé des sanctions contre tout pays qui continuerait à acheter du pétrole iranien, au risque de tensions avec plusieurs alliés. Le président Donald Trump entend ainsi «porter à zéro les exportations» de brut iranien et «priver le régime de sa principale source de revenus», a annoncé la Maison Blanche.

A partir du 2 mai, la Chine, l'Inde, la Turquie, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l'Italie et la Grèce devront donc cesser tout achat. Cette mesure s'annonce particulièrement délicate pour Pékin, engagé dans de complexes négociations commerciales avec Washington, et New Delhi, allié stratégique des Etats-Unis et troisième importateur mondial de pétrole, dont environ un dixième des achats vient d'Iran.

Ankara s'insurge

La Turquie et la Corée du Sud, autres alliés de Washington, ont vivement déploré la décision américaine, qui a provoqué une forte hausse des cours du pétrole.

«Nous n'accepterons pas de sanctions unilatérales et de contraintes sur la manière dont nous gérons nos relations avec nos voisins», a lancé le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu. Séoul a de son côté promis de continuer jusqu'au bout «à faire tout son possible» pour obtenir un «renouvellement de l'exemption».

Après s'être retiré il y a près d'un an de l'accord international de 2015 censé empêcher Téhéran de se doter de la bombe atomique, jugé trop laxiste par Donald Trump, Washington a rétabli en novembre des sanctions économiques contre la République islamique.

Surtout, il a accompagné sa décision de la menace de mesures punitives également contre les pays qui continueraient malgré tout d'échanger avec l'Iran. Les sanctions américaines sont «illégales dans leur principe même», a réaffirmé lundi le gouvernement iranien.

Ryad va «stabiliser» le marché

L'interdiction d'acheter du pétrole iranien, dont les ventes représentent selon Washington 40% des revenus du régime, était la principale de ces sanctions, qui se veulent «les plus fortes de l'histoire». Les Etats-Unis avaient toutefois attribué des dérogations pour six mois, jugeant que le marché mondial ne pouvait supporter une trop brusque annulation des ventes de brut iranien.

Lundi, Donald Trump a promis que l'Arabie saoudite et d'autres membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), comme les Emirats arabes unis, feraient «plus que compenser» la baisse de l'offre. Le gouvernement saoudien s'est aussitôt dit prêt à «stabiliser» le marché.

La décision américaine intervient deux semaines après une autre annonce symbolique: l'inscription des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, sur la liste noire américaine des «organisations terroristes».

Activités «déstabilisatrices»

La campagne de «pression maximale» contre l'Iran vise selon Washington à mettre fin aux «activités déstabilisatrices» de Téhéran au Moyen-Orient, notamment au Liban via le mouvement chiite Hezbollah, au Yémen à travers les rebelles Houthis et en Syrie par son soutien au régime de Bachar el-Assad.

En mai 2018, Mike Pompeo avait énoncé douze conditions draconiennes pour un nouvel accord global aboutissant à une levée des sanctions. Un an plus tard, aucune de ces conditions ne semble être respectée, mais l'administration Trump estime que l'Iran a été privé de plus de 10 milliards de pétrodollars depuis onze mois.

Effets contrastés

«Téhéran souffre clairement de la pression», dit à l'AFP Behnam Ben Taleblu, chercheur au cercle de réflexion Foundation for Defense of Democracies qui millite pour une ligne dure contre l'Iran. «Outre l'incapacité à approvisionner en pétrole» le régime syrien, «le plus vieil allié de l'Iran, le Hezbollah libanais, appelle à des contributions pour compenser la chute de ses revenus en provenance d'Iran», relève-t-il.

Pour Michael Fuchs, du think tank proche des démocrates Center for American Progress, cette stratégie «stupide» risque toutefois de «pousser l'Iran à quitter l'accord nucléaire et à commencer à construire une arme atomique», tout en suscitant «la colère de tous les alliés des Etats-Unis». (ats/nxp)

Créé: 22.04.2019, 15h46

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