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CALIFORNIE Le «tueur de l’État doré» trahi par l’ADN familial

Un meurtrier et violeur en série a pu être confondu trente-deux ans après ses crimes grâce à des recherches sur des sites généalogiques.

Les victimes de son premier meurtre en 1978, Brian et Katie Maggiore.

La longue liste des crimes attribués à Joseph James DeAngelo (et pour lesquels une plainte a été déposée) débute le 18 juin 1976. Il viole une femme à Sacramento, cachant son visage sous un bonnet de ski. Après un septième viol, le 18 octobre 1976, il hérite du surnom de «East Area Rapist» et la police offre 2500 dollars pour toute information.

Cinq viols plus tard, le 17 mai 1977, un premier portrait-robot est diffusé. Mais le criminel n’est pas démasqué et poursuit ses agressions, violant à plusieurs reprises des femmes, parfois devant leur mari ligoté.
Le 6 septembre 1977, il commet son premier viol hors de Sacramento, à Lincoln Village West. Le 7 octobre 1978, on lui attribue son premier meurtre. Il abat avec une arme à feu Brian et Katie Maggiore, un couple qui promenait son chien. L’ont-ils surpris alors qu’il tentait d’entrer dans une maison? C’est en tout cas le seul crime non associé à une agression sexuelle.

La série de viols se poursuit à un rythme effrayant. Le 7 octobre 1978, il force une femme à attacher son mari sur le lit et pose des assiettes sur le dos de celui-ci. Si l’une tombe, il menace de les tuer tous les deux. Puis il viole la femme. Il tue un deuxième couple le 30 décembre 1979, l’homme ayant visiblement tenté de se libérer. Quatre autres couples seront assassinés et les femmes violées jusqu’au 27 juillet 1981. Le dernier crime sur la liste a lieu cinq ans plus tard: le 4 mai 1986, il viole et tue une jeune femme de 18 ans. Son ultime méfait?

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Mardi, en sortant de sa maison de Citrus Heights, à Sacramento, Joseph James DeAngelo est tombé des nues. Des policiers l’attendaient pour l’arrêter. À 72 ans, il n’imaginait pas une seconde qu’il pourrait encore être démasqué, trente-deux ans après le dernier de sa longue série de meurtres et de viols. Durant tout ce temps, la police n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour coincer celui qu’on a surnommé le «violeur de la région est» («The East Area Rapist») ou aussi le «tueur de l’État doré» («The Golden State Killer»).

La police disposait pourtant d’ADN prélevé sur plusieurs scènes de crime, ce qui avait permis d’attribuer ces méfaits à une seule et même personne. Mais aucune correspondance n’avait été trouvée dans les bases de données.

En 2014, un autre violeur en série avait été confondu par la même police de Sacramento. L’ADN retrouvé sur des victimes n’était pas recensé dans les bases, mais la police a alors décidé de ne rechercher qu’une correspondance partielle. Cela l’a mené à un homme en prison, dont le frère s’est révélé être le violeur. La Californie a été le premier État à autoriser la recherche d’ADN familial dans le cadre d’enquête de police, en 2008. Malgré les inquiétudes de défenseurs de la vie privée, huit autres États ont suivi depuis.

Traqué sur Genealogy.com

Une telle recherche n’a rien donné dans le cadre de la traque du «Golden State Killer». Mais la police de Sacramento a alors eu une idée de génie… génétique. Elle a carrément fait comparer l’ADN du «Golden State Killer» par des sites généalogiques privés, comme Ancestry ou Genealogy. Il s’agit de banques de données contenant des millions de profils ADN. Chaque client qui veut en savoir plus sur son arbre généalogique, son ethnie, voire les risques médicaux héréditaires qu’il encoure, envoie son échantillon d’ADN. La police a transmis celui du tueur et obtenu des arbres généalogiques auxquels le coupable pouvait appartenir. Un travail de fourmi a permis de vérifier des centaines de profils, jusqu’à tomber sur celui de Joseph James DeAngelo. Il avait un âge qui lui permettait d’avoir été le tueur et, surtout, ses domiciles successifs se situaient tous proches des scènes de crimes.

La police a donc entamé une surveillance de ce vétéran du Vietnam devenu policier, avant d’être viré en 1979 pour vol à l’étalage. Cette filature a permis de recueillir un échantillon de son ADN. Deux comparaisons avec celui du tueur effectuées vendredi et lundi derniers ont convaincu la procureure Anne Marie Schubert qu’elle tenait son homme. Elle a donc délivré son mandat d’arrêt.

Impossible en Suisse

En Suisse, la police ne pourrait pas effectuer la même démarche qu’en Californie. «La loi sur les profils d’ADN fixe une barrière stricte entre les bases de données judiciaires et les autres bases de données, explique le Dr Vincent Castella, généticien forensique au Centre universitaire romand de médecine légale. Mais la technologie évolue beaucoup plus vite que la loi. Celle sur les profils ADN date du début des années 2000. Il n’était pas possible d’anticiper tous les développements des dernières années.» Ainsi, la recherche d’ADN familial, comme la Californie la pratique, est autorisée en Suisse depuis une décision du Tribunal fédéral en 2015, alors que la police fédérale s’y opposait. «Une révision de la loi est en cours et devrait aussi autoriser dans quelques années l’utilisation d’ADN pour réaliser des sortes de portraits-robots. Il me semble important de définir au préalable un cadre afin de protéger les droits des individus et de prévenir les mauvais usages.»

Créé: 28.04.2018, 13h18

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