Mercredi 17 juillet 2019 | Dernière mise à jour 12:42

Sénégal Un chef religieux condamné aux travaux forcés

Un guide religieux sénégalais a été condamné par contumace à dix ans de travaux forcés pour complicité de meurtre.

Le tribunal a ordonné le placement sous séquestre de tous les biens de Cheikh Bethio Thioune.

Le tribunal a ordonné le placement sous séquestre de tous les biens de Cheikh Bethio Thioune. Image: DR/twitter

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Cheikh Bethio Thioune a été condamné lundi par contumace à dix ans de travaux forcés pour le meurtre par ses disciples en 2012 de deux d'entre eux, au terme d'un procès très médiatisé.

La chambre criminelle du tribunal de grande instance de Mbour, à 80 km au sud-est de Dakar, a reconnu ce responsable mouride, une des plus influentes confréries de l'islam au Sénégal - pays à plus de 90% musulman - coupable de «non-dénonciation de crime et complicité de meurtre».

En traitement médical en France, il était jugé depuis le 23 avril en son absence, le président du tribunal ayant refusé une demande de sursis de ses avocats, qui n'ont pas été autorisés à plaider pendant le procès.

Mandat d'arrêt international

Son chambellan, Cheikh Faye, a été condamné à la même peine pour complicité de meurtre et association de malfaiteurs.

Dix autres prévenus, poursuivis notamment pour meurtre avec actes de barbarie, ont vu les faits requalifiés en meurtre, pour lequel ils ont été condamnés à 15 ans de travaux forcés. Pour deux autres prévenus, les mêmes charges ont été requalifiés en complicité de meurtre, pour laquelle ils ont écopé de huit ans de travaux forcés.

Le procureur Youssou Diallo avait requis la semaine dernière les travaux forcés à perpétuité contre Cheikh Bethio Thioune et 16 autres prévenus et demandé un mandat d'arrêt international contre le guide religieux.

Mais le tribunal a décidé de ne pas prononcer de «contrainte par corps pour Bethio Thioune en raison de son âge» - plus de 80 ans. Il a en revanche placé ses biens sous séquestre et alloué aux héritiers de chacune des deux victimes 100 millions de francs CFA (environ 152'000 euros).

Deux prévenus ont écopé de cinq ans d'emprisonnement ferme et un autre de six mois. Les trois autres prévenus, dont un chauffeur du guide religieux, ont été acquittés.

Verdict dans le calme

«La chambre criminelle a fait un travail remarquable en situant les responsabilités. Ceux qui ont été pris la main dans le sac ont été lourdement sanctionnés», a déclaré à l'AFP Me Khassimou Touré, avocat des parties civiles.

Un avocat de quatre prévenus Ibrahima Mbengue, a indiqué à l'AFP qu'il allait faire appel pour un de ses clients, condamné à 15 ans de travaux forcés. «J'entends faire appel et je vais le faire tout de suite parce qu'après le délibéré de la chambre criminelle, nous avons un délai de quinze jours», a-t-il souligné.

Le verdict a été accueilli dans le calme, ont constaté des journalistes de l'AFP. Des fidèles de Cheikh Bethio Thioune présents dans la salle et à l'extérieur du tribunal, où des barrières métalliques avaient été installées à l'entrée ont quitté sans incident les lieux, gardés par des gendarmes et des policiers.

Ses fidèles, appelés «thiantacounes», avaient violemment protesté contre sa détention en 2012. A Dakar, ils avaient notamment brisé les vitres de plusieurs dizaines de véhicules le 22 octobre 2012.

Dévotion excessive

En liberté provisoire depuis février 2013, Cheikh Bethio Thioune avait été arrêté le 23 avril 2012 à la suite de la mort de deux de ses disciples lors d'une rixe dans le village de Keur Samba Laobé (ouest), où il possède une résidence.

Selon le récit des avocats pendant les débats, il avait interdit à l'une des victimes l'accès à son domicile, lui reprochant une dévotion excessive à son égard - elle le comparait même à Dieu. L'homme avait bravé l'interdiction et des fidèles s'en étaient pris à lui, le tuant avec un de ses compagnons.

Selon l'ordonnance de renvoi, les corps des deux victimes, enterrés à 800 mètres de son domicile, présentaient «des violences» causées par des «armes tranchantes, contondantes et à feu».

Les organisations de défense des droits humains et les familles des accusés réclamaient depuis des années la tenue de ce procès, dénonçant la durée excessive de la détention préventive de la plupart des prévenus.

(afp/nxp)

Créé: 06.05.2019, 21h35

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