Mardi 22 août 2017 | Dernière mise à jour 20:36
Pascal Jaussi, le fondateur de la société S3

Pascal Jaussi, le fondateur de la société S3

Introduction L’homme qui voulait voler a fini par sombrer

Notables, politiques, médias: la start-up de Pascal Jaussi leur a tous fait tourner la tête. Voici l’histoire de S3 telle qu’elle n’a jamais été racontée.

L'affaire en dates

Mars 2013
FONDATIONSwiss Space Systems est inaugurée à Payerne, dans la Broye vaudoise.
Octobre 2013
ÉTATS-UNIS La start-up ouvre une filiale aux États-Unis.
Mai 2014
FILIALE La filiale S3 Solutions, dédiée aux vols ZeroG, est créée. La société annonce également la construction d’un spaceport à Payerne.
Août 2015
PRÊT La société n’a toujours pas d’investisseurs. Le Conseil d’État vaudois concède un prêt de 500 000 francs pour payer les salaires des employés.
Février 2016
AJOURNEMENT La juge du Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois prononce un ajournement de faillite, qui sera prolongé deux fois.
Août 2016
«AGRESSION» Pascal Jaussi est retrouvé brûlé près de sa voiture dans les bois d’Aumont (FR). Le ministère public le soupçonne d’avoir mis en scène sa propre agression.
Janvier 2017
FAILLITE La faillite de la holding est prononcée le 16 janvier. Dans la foulée, Pascal Jaussi annonce que la société sera reprise par sa filiale croate, mais rien ne se passe.
Juin 2017
FAILLITE BIS La filiale S3 Solutions est également mise en faillite.

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C’était un lundi de septembre 2016, le titre ressortait en grosses lettres sur le second cahier du quotidien vaudois 24 heures: «Un entrepreneur sauvagement agressé». On trouvait tous les ingrédients d’une histoire captivante, comme on en lit rarement dans ce coin de pays. «Espace», «start-up», «menaces», «agression sauvage», «brûlures», «strangulation». On le voyait lui, Pascal Jaussi, le patron en question, immortalisé en 2014 devant la maquette d’un Airbus surmonté d’une navette – un projet qui aurait dû, s’il s’était concrétisé, envoyer des minisatellites en orbite à des prix canon. Sur la photo, il porte son éternel uniforme de CEO bientôt quadra, encore jeune et déjà mature, baskets et calvitie naissante, à l’aise dans ses pompes mais solide comme un militaire, à la fois modeste et ambitieux. En tout petit, au-dessus de son épaule gauche, on distingue des couleurs familières, celles du drapeau suisse, cette nation si raisonnable et complexée, qu’elle n’a pas su, pensait-on en lisant l’article, protéger et soutenir ce jeune chef d’entreprise au rêve un peu fou, répété dans les médias comme un mantra: «Démocratiser l’espace».

Un effroyable gâchis

Le voici donc sur une page de journal, ce Pascal Jaussi dont on ne peut alors qu’imaginer les souffrances en découvrant le compte rendu de son agression. Son regard fixe l’objectif, mais il est absent, on aurait envie de faire ce geste de la main qu’on réserve généralement à ceux qui sont dans la lune. A posteriori, c’est de la tristesse, qu’on lit dans ces yeux, comme un pressentiment de l’effroyable gâchis à venir, et, déjà, le début d’une fuite en avant. Car au moment où cette photo a été prise, fin 2014, les façades de l’incroyable trompe-l’œil bâti par le CEO et certains membres de son équipe, avec le concours des médias et de nombreux notables romands, se fissuraient déjà.

Alors qu’Al Jazeera et TF1 se pressaient pour contribuer au récit de la success story, clients et employés impayés écarquillaient les yeux en mesurant le fossé entre l’image clinquante de la start-up et la réalité, faite de promesses d’investissements jamais réalisées – la société a vécu sur des prêts et du sponsoring. Il faudra pourtant attendre presque trois ans de plus, jusqu’au début de 2017, pour que la faillite définitive de la holding soit prononcée, mettant un terme à la mascarade.

Dans sa course folle, Pascal Jaussi a entraîné un réseau de personnes et d’entités réputées expérimentées.

Cette réalité, Pascal Jaussi a tenté d’y échapper, désespérément: le procureur fribourgeois Raphaël Bourquin le soupçonne d’avoir mis en scène son agression en août 2016 et bouté lui-même le feu à sa voiture avant de subir un retour de flammes. Afin de concrétiser son rêve à tout prix, le CEO s’est en outre appuyé sur des documents falsifiés, selon le ministère public. Il est donc poursuivi pour induction de la justice en erreur, incendie intentionnel et faux dans les titres. Alors que le volet pénal est toujours pendant – rien ne sera communiqué avant l’été, confirme le ministère public – le patron de Swiss Space Systems conteste tous les faits reprochés.

Dans sa course folle, Pascal Jaussi a entraîné un réseau de personnes et d’entités réputées expérimentées. Comme l’administrateur Philippe Petitpierre, enthousiasmé par le projet, qui a actionné ses puissantes relations au sein du PLR pour donner un second souffle à la start-up en 2015. «Comme tu le verras, l’avenir de S3 est brillant, le «passage» difficile actuel ne devrait être rapidement plus qu’un mauvais souvenir», assure-t-il dans un e-mail adressé à «Monsieur le conseiller d’État, Mon cher Philippe», soit le ministre vaudois de l’Économie, Philippe Leuba, le 4 août 2015. Selon son bilan financier non audité, la société affiche alors quelque 30 millions de francs de dettes. Vingt jours plus tard, fait plutôt rare, l’État de Vaud accorde un prêt de 500 000 francs à S3.

La responsabilité des soutiens

Si la start-up a survécu aussi longtemps, c’est en bonne partie grâce à son réseau, comme le détaille notre enquête. Au-delà de la mégalomanie d’un homme, aussi charismatique soit-il, ce sont ces soutiens-là qu’il faut interroger: sans eux, le trou creusé par la société, qui atteindrait aujourd’hui plus de 25 millions de francs, n’aurait probablement pas été d’une telle ampleur.

Voici l’histoire de S3 telle qu’elle n’a jamais été racontée, reconstituée sur la base de nombreux échanges de correspondance que différents protagonistes de l’affaire nous ont laissés consulter et de témoignages exclusifs. Avec, en toile de fond, cette question, que se posent les victimes collatérales de cette faillite spectaculaire: comment avons-nous tous pu être aussi crédules?

Découvrez cette incroyable histoire en 11 chapitres

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(Le Matin)

Créé: 29.06.2017, 09h23

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