Vendredi 21 septembre 2018 | Dernière mise à jour 15:35
Selon la sexologue Patrizia Anex, le succès du livre et du film «Cinquante nuances de Grey» a été un élément déclencheur de la recherche de l’excitation sexuelle des femmes au travers, entre autres, des films pornographiques.

Selon la sexologue Patrizia Anex, le succès du livre et du film «Cinquante nuances de Grey» a été un élément déclencheur de la recherche de l’excitation sexuelle des femmes au travers, entre autres, des films pornographiques. Image: Focus Features/Collection Christophel/AFP

Sexualité La demande féminine de contenu pornographique explose sur Internet

De plus en plus de femmes consomment de la pornographie. Les contenus restent pourtant majoritairement destinés aux hommes.

Erika Lust, égérie du porno féministe

Depuis le début des années 2000, un mouvement artistique et politique, mené par des féministes prosexes, revendique une production de films pornographiques «alternatifs» en Europe.

Parmi une centaine de réalisateurs et réalisatrices dans le monde, la Suédoise Erika Lust, installée à Barcelone, a su tirer son épingle du jeu. À la tête d’une équipe de production de quinze personnes, cette diplômée en études genre et sciences politiques s’est donné pour mission de changer l’univers du porno, qu’elle considère comme extrêmement agressif, raciste et misogyne. «Il est très important pour les femmes d’être représentées dans les films X comme de véritables personnes et non pas comme des objets de désir passifs.»

Beaucoup de personnes considèrent la pornographie comme dégoûtante, Erika Lust l’envisage comme un média avec lequel elle met en avant des valeurs égalitaires. «Le porno reste la première source d’éducation sexuelle des adolescents et c’est majoritairement le point de vue des hommes qui est montré. Il faut que davantage de femmes s’engagent dans la pornographie pour montrer notre point de vue et explorer tout le potentiel de la sexualité humaine.»

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Le grand frisson à quelques clics. Les Suissesses sont de plus en plus nombreuses à rechercher l’excitation sexuelle devant leur écran d’ordinateur. D’après les statistiques publiées par le site pornographique Pornhub, les recherches avec les mots-clefs «porno pour femmes» ont été multipliées par 15 entre 2016 et 2017 en Suisse. Le public féminin aurait généré un quart du trafic helvétique sur ce géant du Web. S’agit-il d’une véritable révolution ou d’un argument marketing pour attirer encore davantage le public féminin?

Probablement les deux. Porn­hub reste laconique sur sa méthode de collecte de données et refuse de transmettre ses données brutes. Ces statistiques confirment pourtant une tendance mondiale mise en lumière par plusieurs recherches ces dernières années: les femmes regardent des films X et ont de moins en moins honte de le dire. En 2015, notamment, un sondage commandité par le magazine Marie Claire révélait qu’un tiers de la gent féminine regardait des films pour adultes au moins une fois par semaine.

Initiées par les hommes

En Suisse romande, les thérapeutes spécialistes en sexualité constatent également une forte évolution de la consommation érotique féminine. «De plus en plus de femmes admettent ouvertement regarder du porno», confie Patrizia Anex, sexologue à Orbe (VD). D’après la thérapeute, le succès du livre et du film «Cinquante nuances de Grey» aurait été un élément déclencheur, donnant une légitimité aux femmes dans leur recherche de l’excitation sexuelle.

Cette observation fait écho à celle de Marie-Hélène Stauffacher, sexothérapeute et animatrice de cafés sexo à Genève. «Nous assistons à une évolution positive. Les femmes ont compris qu’elles ne sont pas de mauvaises personnes si elles regardent des images érotiques ou qu’elles se caressent.»

D’après les spécialistes, les jeunes femmes seraient aujourd’hui souvent initiées à la pornographie par leurs partenaires masculins et davantage portées sur l’image que les générations précédentes. Les deux thérapeutes conseillent à leurs patientes de regarder des images ou vidéos excitantes, lorsque leur désir est en berne, pour réveiller leur libido.

Un marché très masculin

Stephen des Aulnois, rédacteur en chef du site Internet Le Tag Parfait, dédié à la «culture porn», associe quant à lui la croissance de la consommation féminine de contenus X au développement des sites de streaming. «Depuis dix ans, l’accès à la pornographie est facilité. C’est une petite révolution, on prend progressivement en compte ce que veut le public féminin, mais il y a encore énormément de frustration.» Cet avis est partagé par Stéphane Morey, codirecteur artistique de la Fête du Slip, un festival pluridisciplinaire consacré aux sexualités à Lausanne. «Je ne crois pas que ces plates-formes cherchent à présenter un contenu qui plaît aux femmes. La catégorie «porno pour femmes» est une accroche commerciale, comme on vend des rasoirs roses aux femmes et des bleus aux hommes.»

«Il est important pour les femmes de ne pas être représentées comme des objets de désir passifs»Erika Lust, réalisatrice de films pornographiques

Sur les sites Internet, ce label regroupe des pratiques très diverses. «Les gens regardent des productions beaucoup moins stéréotypées qu’il n’y paraît», précise Stéphane Morey. «Il y a par exemple beaucoup de femmes hétéros qui aiment regarder du porno gay.»

Coline de Senarclens, auteure féministe, fondatrice de la Marche des salopes à Genève, déplore pourtant une représentation des actes sexuels centrés sur l’homme. «Le fait que les femmes s’autorisent aujourd’hui la pornographie est une preuve d’émancipation positive, mais le problème c’est que le contenu accessible est hypercritiquable: tout est encore centré sur le pénis, le plaisir de la femme est rarement mis en avant. Le marché du sexe n’est toujours pas fait pour les femmes. Il faut que cela évolue!» (Le Matin)

Créé: 10.02.2018, 23h00

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