Mercredi 16 janvier 2019 | Dernière mise à jour 14:30
Autour des muscles, des os, des viscères, organes: les fascias sont partout. Malgré cette omniprésence, ils ont longtemps été complètement ignorés, considérés comme une matière inerte sans grand intérêt.

Autour des muscles, des os, des viscères, organes: les fascias sont partout. Malgré cette omniprésence, ils ont longtemps été complètement ignorés, considérés comme une matière inerte sans grand intérêt. Image: Sebastian Kaulitzki/Getty Images

Santé Le fascia, votre meilleur allié

Maux chroniques, stress ou manque de flexibilité: et si la solution passait par le tissu conjonctif, ce «squelette mou» longtemps ignoré?

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Devinette: qu’est-ce qui pèse environ 20 kilos, se situe dans le corps humain et pourrait avoir un rôle central dans notre santé? Les fascias. Vous n’avez peut-être jamais entendu ce mot et pourtant, sans eux, vous ne tiendriez même pas debout. Souvent ignorés, longtemps peu considérés par le corps médical, ils sont ce qui donne une forme à votre corps.

C’est simple: ôtez le fascia, et il ne serait qu’un petit tas de matières organiques peu ragoûtant; ôtez tout sauf le fascia, il reste une «empreinte» de votre corps. Certains parlent de squelette mou, d’autres de «pyjama» qui recouvre tout: organes, muscles, os, viscères… Une sorte de filet qui permet de tout maintenir à sa place, mais qui autorise aussi le glissement sans heurts des différents composants du corps les uns contre les autres.

En gros, plus ces tissus conjonctifs sont fluides et en bonne santé, plus le mouvement est facilité. A contrario, plus ils sont rigides, et plus des déséquilibres et des tensions risquent d’apparaître. Problèmes articulaires comme musculaires peuvent trouver leur origine, au moins en partie, dans ces fascias.

«On peut soigner des tensions et douleurs chroniques, retrouver du potentiel de mouvement lors de restrictions ou de compensations suite à des blessures ou des opérations, soulager lors de fibromyalgie, entre autres, mais aussi améliorer le potentiel d’expression corporelle ou de performances sportives. Les recherches scientifiques actuelles ouvrent de plus en plus de potentiel de traitements en travaillant sur les fascias», souligne Isabelle Heiniger, ergothérapeute qui pratique le rolfing (lire ci-dessous) à Lausanne.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces fascias ont longtemps été considérés comme une matière inerte, sans grand intérêt, avant de passer au rang d’organe à part entière ces dernières années. «Les gens commencent à s’intéresser à cette structure auparavant considérée comme inintéressante, résume Amélie Zosso, physiothérapeute formée en fasciathérapie. Les chirurgiens qui n’y portaient que peu d’attention auparavant adoptent aujourd’hui une autre attitude, et tentent de conserver ou du moins de respecter cette structure lors de leurs interventions. Et d’un autre côté, le grand public commence à en entendre parler, que ce soit dans des cours de yoga, de pilates ou via la fasciathérapie.»

Filet, toile d’araignée, pyjama? Le fascia, ce réseau de fibres blanches densément innervées, est présent dans tout le corps, et pourrait être à la base de nombreuses douleurs chroniques, dans le dos, les épaules ou la nuque, mais pas seulement. D’où l’importance d’en prendre soin. Photo: SCIEPRO/Getty Images

Un remède universel?

Dans le milieu artistique, chez les sportifs comme les danseurs, ce travail ciblé a depuis longtemps été adopté. Et l’engouement pour toutes ces disciplines qui touchent ces fameux tissus pourrait bien prendre de l’ampleur. Car au-delà des troubles musculaires et articulaires (lumbagos, tendinites, raideurs…), un grand nombre de pathologies pourraient être soulagées. Digestion, vieillissement, grossesse, post-partum, altération du sommeil, stress… À écouter les différents spécialistes interrogés, le secret de notre santé se cacherait dans nos fascias, cet immense réseau de fibres qui nous constitue, densément innervé. Le plus important de notre corps, le fascia thoraco-lombaire, qui descend tout le long de la colonne vertébrale, pourrait même être responsable d’un sacré pourcentage de maux de dos non-spécifiques. Et la diffusion du documentaire «Les alliés cachés de notre organisme: les fascias», sur Arte, a encore augmenté l’intérêt du public pour cet étrange réseau fait notamment de collagène et d’acide hyaluronique. Et ce regain d’intérêt tombe bien, puisqu’il existe désormais de multiples façons de prendre soin d’eux. Cours, soins prodigués par un thérapeute ou automassages, vous n’avez que l’embarras du choix.

Rolfing

Bien plus connu de l’autre côté de la Sarine, le rolfing est en train de se faire une place en Romandie depuis deux, trois ans. La technique n’est pas nouvelle, puisque c’est une biochimiste du début du XXe siècle, Ida Rolf, qui met au point cette technique de massage profond ciblant le tissu conjonctif, dans une optique de rééquilibrage corporel complet. Les récentes avancées dans le domaine sur le rôle du fascia ont rendu cette discipline plus populaire. Depuis trois ans, une formation en français est prodiguée en Suisse, ce qui a permis son développement de ce côté de la Sarine. «Le fascia est un organe sensoriel à part entière, tout comme la peau, explique Isabelle Heiniger. Le rolfing permet de véritablement «dialoguer» avec le corps, de créer du lien entre ses différentes parties. On sent sous les doigts que ça bouge, que ça circule, que l’on délie les tissus.»

Dans le documentaire d’Arte, Robert Schleip, médecin allemand parmi les pionniers dans la recheche sur les fascias, ne tarit pas d’éloges envers la technique.

EN PROFONDEUR: Différentes techniques de massage profond ciblent particulièrement les fascias, comme c’est le cas du rolfing, méthode davantage connue de l’autre côté de la Sarine, ou la fasciathérapie, développée par un physiothérapeute français. Photo: lena Ray/Alamy

Foam rollers

Ces drôles d’objets en mousse ont fait leur apparition en une saison. Inconnus au bataillon il y a encore peu, ils sont désormais partout, dans les fitness comme en vitrine des magasins de sport. Leur principe: ils permettent de «rouler» sur différentes parties du corps, et donc de détendre les fascias, d’atténuer les «nœuds» (on parle d’adhérences fasciales) qui peuvent se former, notamment après des exercices de renforcement. Petit bémol: on est «seul» face à ses sensations. «C’est bien si les gens savent ce qu’ils font, mais ce n’est peut-être pas ce qu’on pourrait appeler un soin global: on peut avoir mal à un endroit précis et la source de cette douleur se trouve parfois ailleurs dans le corps», nuance Isabelle Heiniger.

De son côté, Jill Miller, enseignante de yoga américaine qui a dû se résoudre à une prothèse de hanche à force de pratiquer des grands écarts, a développé une méthode (Tune Up) qui cible elle aussi la détente des fascias en utilisant des petites balles, similaires à celles utilisées au squash, que l’on passe sur le corps.

ROULEAUX DE BIEN-ÊTRE: Courts, longs, de toutes les couleurs, avec ou sans picots: inconnusau bataillon il y a quelques années, les foam rollers sont désormais partout, dans les fitness et les magasins de sport. Photo: LG Photo/Alamy

Yin yoga

Par opposition au «yang» yoga, plus actif, où les postures sont tenues peu de temps et l’accent est donné sur le travail musculaire, le yin yoga s’attarde sur le tissu conjonctif. D’où la nécessité de rester plus longtemps ¬(souvent plusieurs minutes) dans chaque pose, afin de laisser le temps aux tendons, ligaments et fascias, moins irrigués que les muscles, de sentir l’étirement.

Quand Daniela Wagnières, enseignante de yin yoga à Lausanne, parle de la discipline qu’elle a découverte il y a quelques années à Istanbul, ses yeux brillent encore. «Cela a été une révélation, carrément. Je n’avais jamais ressenti ça. Un relâchement profond, une ouverture du corps. Quand tu ressors, la détente est profonde, tu as l’impression d’être libérée.» Longtemps absent des plannings des studios de yoga, le yin yoga éclôt un peu partout, tout comme les formations ad hoc. «C’est déjà la folie aux USA, et c’est en train d’arriver ici.» Mais comme l’experte le souligne, le yin étant une pratique récente – ses «inventeurs» sont de fringants sexagénaires – il y a encore peu de recul. «Je suis en amour avec cette pratique, mais il faut en même temps être précautionneux, car on reste justement longtemps dans des postures, d’où le risque de se faire mal si l’on n’est pas attentif.» Josh Summers, l’un des «papes» américains du yin yoga, est d’ailleurs de passage en Suisse cette fin de semaine pour former des enseignants de yoga aux subtilités de la technique.

DES POSTURES PLUS LONGUES: Alors que le «yang» yoga – celui que l’on pratique dans la plupart des studios occidentaux depuis des années, cible les muscles, cette «nouvelle» branche du yoga s’attarde sur le tissu conjonctif. Photo: KarinaUvarova/Istock

Fasciathérapie

En associant toucher manuel, approche gestuelle et parole, la fasciathérapie vise elle aussi la stabilité et la «cohérence» de l’ensemble du corps. «Pour absorber les chocs autant physiques que psychiques, les fascias réagissent par des tensions et des crispations, explique Amélie Zosso. Ces réactions sont réversibles, mais il est fréquent, lorsque le choc est répété, trop violent ou mal géré, que les tensions s’installent et perturbent l’équilibre général de l’organisme, pouvant aboutir à divers dysfonctionnements ou pathologies.»

Fondée dans les années 1980 par Danis Bois, physiothérapeute, ostéopathe et aujourd’hui docteur en sciences de l’éducation, la fasciathérapie a une approche quasi holistique. Outre tous les bobos physiques, elle veut aussi accompagner les personnes durant les grands «tournants de la vie» comme les deuils, les divorces ou des périodes de transformation personnelle. «L’approche de Danis Bois est différente en ce qu’elle ajoute un aspect sensoriel aux fascias, au-delà de leur aspect mécanique.»

Acupuncture

Née avant l’ère chrétienne, l’acupuncture travaillerait aussi sur les fascias. C’est en tout cas les conclusions des travaux de la Dre Helene Langevin, de l’Université du Vermont, qui ont démontré que les aiguilles faisaient réagir les fascias sur un rayon de plusieurs centimètres, relâchant le tissu et produisant un effet antalgique. D’où la question, qui divise les praticiens: et si les fascias étaient la base physiologique de ce que la médecine chinoise traditionnelle appelle depuis des millénaires les méridiens?Sans se prononcer sur cette question qui fait encore débat, Leona Haldemann, thérapeute en médecine traditionnelle chinoise à Lausanne, a toutefois noté les analogies entre les deux termes. «comme les fascias, le système des méridiens couvre l’ensemble de l’organisme et sont interconnectés entre eux.» Ce qui est sûr, c’est que son corps de métier, lui aussi, connaît un regain d’intérêt. «Il est vrai que les médecins se montrent aussi plus ouverts qu’auparavant, et nous envoient plus volontiers de leurs patients.»

L'AUTRE NOM DES MÉRIDIENS? Et si les méridiens de la médecine traditionnelle chinoise correspondaient aux fascias? La question fait encore débat chez les praticiens en acupuncture, mais des recherches menées aux USA ont montré que les aiguilles faisaient réagir les fascias. (Le Matin)

Créé: 22.09.2018, 23h00

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