Dimanche 27 mai 2018 | Dernière mise à jour 00:20
Denise (ici avec Claude, son mari) nous a reçu chez elle, dans le village de Chevenez, en Haute-Ajoie, à 45 minutes des Breuleux.

Denise (ici avec Claude, son mari) nous a reçu chez elle, dans le village de Chevenez, en Haute-Ajoie, à 45 minutes des Breuleux. Image: Yvain Genevay/LMD

Drame «Mon fils, José, devait jouer de la guitare pour mes 80 ans, mais il est mort avant»

Denise et Claude sont les parents de José, qui a perdu la vie le 31 décembre aux Breuleux (JU). Sa voiture a pris feu alors qu’il était à la station-service du village.

(Image: DR/LMD)

José, 57 ans, professeur de guitare, devait jouer le 9 janvier pour les 80 ans de sa mère Denise.

Mais il a brûlé dans sa voiture le 31 décembre.

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Le 31 décembre, dans le courant de l’après-midi, deux policiers de Delémont ont sonné chez eux. «Claude, mon mari, était dans son bureau. C’est lui qui m’a dit que deux agents étaient là. Je lui ai tout de suite répondu que ce devait être grave. Les policiers sont entrés et ils nous ont demandé de nous asseoir», explique Denise, d’une voix douce.

Claude, 82 ans, et Denise, alors 79 ans, prennent place dans leur salon, inquiets. Les policiers se sont déplacés pour leur annoncer une terrible nouvelle: José, leur fils âgé de 57 ans, est décédé quelques heures plus tôt, dans la matinée. Il était seul à bord de son véhicule quand ce dernier a pris feu à la station-service du Collège, au centre du village des Breuleux (JU). José est mort brûlé.

«José était notre seul enfant. Nous aurions aimé en avoir d’autres, mais nous n’avons pas pu», dit Denise, qui nous a reçu chez elle, dans le village de Chevenez, en Haute-Ajoie, à 45 minutes des Breuleux. Son époux est à ses côtés. Denise et Claude, bientôt soixante de mariage, sont unis dans la douleur.

«J’espère que mon fils n’a pas souffert»

Trois semaines après le décès de leur enfant unique, une question revient en boucle. «Nous aimerions comprendre pourquoi le véhicule de notre fils a pris feu, explique Claude. Les policiers nous ont demandé s’il fumait. Nous leur avons dit que non.» Claude baisse la tête. Denise, pudique, comme son époux, ajoute d’une voix basse: «J’espère que mon fils n’a pas souffert. Les agents nous ont dit qu’il avait brûlé dans sa voiture, mais qu’il n’avait pas souffert. On ne le saura jamais…»

Pourquoi le véhicule de José a-t-il pris feu le 31 décembre, peu avant 9 h 30, dans cette station-service? Cette question, tout le monde se la pose. Les proches de José, bien sûr, mais aussi les policiers jurassiens, les sapeurs-pompiers de la région et le procureur en charge du dossier. Le drame a marqué les esprits.

300 lettres reçues

Les parents de José ont lu dans la presse que le problème pouvait venir du véhicule, une Toyota Prius hybride. José en avait acheté une de seconde main il y a trois ans. Mais en 2016, le constructeur automobile japonais avait rappelé plus de trois millions de véhicules, notamment les modèles hybrides Prius. Il était question de remplacement du support d’aspiration de carburant. «La voiture de la victime avait fait l’objet d’un rappel», confirme Daniel Farine, le procureur jurassien chargé de l’enquête.

La voiture de José est-elle en cause? Denise et Claude ne le savent pas. Les enquêteurs ne les ont pas contactés depuis le drame du 31 décembre. Les parents sont dans l’expectative. Depuis trois semaines, ils passent alors beaucoup de temps à lire tous les messages de sympathie reçus par la poste.

«José était notre seul enfant. Nous aurions aimé en avoir d'autres, mais nous n'avons pas pu»Denise, la mère de José

«Il doit y avoir environ 300 lettres», confie Claude, l’ancien buraliste postal, presque gêné. Avec son épouse, il a ainsi pris conscience de la sympathie que suscitait son fils. «On savait qu’il était apprécié, mais pas à ce point-là. José était professeur de guitare à l’École jurassienne et Conservatoire de musique. Une maman nous a écrit que son fils avait fait deux ans de guitare avec José et qu’elle ne savait pas comment il allait continuer à présent», dit Claude.

Denise sourit: «Ces lettres font chaud au cœur. Elles montrent que les élèves aimaient leur professeur.» Claude n’est pas vraiment surpris. «José était quelqu’un de patient. Il prenait le temps d’expliquer. Je le sais parce qu’il m’a appris l’ordinateur. Et il y avait du boulot…»

Claude et Denise ont vu leur fils pour la dernière fois le 25 décembre. «Nous étions une trentaine au Manège, tenu par ma nièce. On a fait une fondue bourguignonne, comme chaque fois. Frédérique, l’amie de José, n’avait pas pu venir. Je crois qu’il y avait deux des trois filles de mon fils», confie Denise.

Ce jour-là, José n’avait pas sorti sa guitare. Mais il avait peut-être joué du piano, qui est installé dans le salon familial. Il pianotait souvent quand il se rendait chez ses parents. «Nous sommes une famille de musiciens, dit Claude. Moi, je jouais du saxophone, du piano et de l’accordéon. Petit, José jouait du piano. Mais sa tante, partie en Australie, lui a donné une guitare et il s’est passionné pour cet instrument.»

«On était bien les quatre»

Denise essuie une larme. «José devait jouer de la guitare pour mes 80 ans, le 9 janvier, mais il est mort avant.» Lors de la cérémonie d’adieu, le 6 janvier, plusieurs morceaux de guitare de José ont été diffusés. «Il y avait du monde à l’extérieur alors que l’église est pourtant grande», dit Claude, de nouveau gêné.

Denise et Claude garderont le souvenir d’un fils qui aimait «la vie, la musique et le soleil». Denise insiste sur ce point. «José avait besoin de soleil. Quand il venait nous voir et qu’il y avait un rayon, il s’installait avec Frédérique sur la terrasse, et il en profitait.» Pour ses vacances, José choisissait souvent des endroits ensoleillés, bien sûr, mais aussi près de la mer. «Il aimait l’eau», raconte Claude.

Cela peut surprendre, mais José demandait souvent à ses parents de partir en vacances avec sa compagne et lui. «Oui, c’est lui qui était demandeur, sourit Denise. Ça lui faisait plaisir et à nous aussi. Nous jouions souvent aux cartes.» Et qui gagnait? «Ce n’était pas toujours les mêmes équipes. On les tirait au sort, explique Denise. On était bien les quatre…»

Les spécialistes en incendies et explosions pensent avoir trouvé la cause du sinistre

Les sapeurs-pompiers ont mis environ quinze minutes pour éteindre le feu. Photo: Police cantonale jurassienne

Où en est l’enquête?

Le procureur jurassien Daniel Farine a mandaté les spécialistes en incendies et explosions de l’École des sciences criminelles de l’Université de Lausanne pour déterminer l’origine et la cause de l’incendie. «Nous avons écarté certaines pistes et nous en privilégions d’autres. Mais nous devons encore effectuer des démarches», révèle Pascal Durussel, un des spécialistes du service.

Il pense que «les investigations restantes devraient permettre d’en privilégier formellement une». Le procureur Farine espère que ce sera le cas. «Les proches de la victime auraient alors des réponses aux questions qu’ils se posent. C’est important pour eux. Je pense également diffuser un communiqué pour que la population sache ce qui s’est passé.»

Quelles sont les pistes?

Pascal Durussel rappelle que son service devra faire part de ses conclusions au procureur chargé de l’enquête, mais aussi lui rendre un rapport écrit. «Je ne préfère donc pas les dévoiler en l’état», explique-t-il. On lui signale qu’en 2016, Toyota a rappelé plus de trois millions de véhicules dans le monde, notamment le modèle utilisé par la victime. «Sur l’ensemble des hypothèses prises en compte, le véhicule est une parmi tant d’autres», dit Pascal Durussel.

Que dit Toyota?

Nous avons envoyé dix questions à Toyota suisse mercredi pour évoquer ce rappel de véhicules et nous avons relancé jeudi le constructeur automobile. Dans une réponse transmise vendredi matin, il indique que par respect pour les proches du défunt, mais aussi parce qu’une enquête est en cours, il ne souhaite pas faire de déclaration.

Directeur du service après-vente de Toyota suisse, Hannes Gautschi était plus loquace dans L’Express et L’Impartial du 11 janvier: «Toutes les voitures rappelées n’étaient pas défectueuses. Mais Toyota a décidé de rappeler tout le lot concerné pour réparer les véhicules présentant une pièce endommagée afin d’améliorer la sécurité des autres voitures concernées en proposant des pièces dotées d’une nouvelle technologie.» Il ajoutait: «Le réservoir à carburant de la Prius dont nous parlons n’était pas défectueux.»

Que dit l’exploitant de la station-service?

Jubin Frères SA exploite 115 stations en Suisse romande dont la station-service du Collège, aux Breuleux. «Nous avons dû remettre aux enquêteurs des documents confirmant que nous étions à jour concernant la révision des citernes et les distributeurs de carburant», explique Claude Jubin. Il précise que la station des Breuleux est fermée depuis le drame. «Nous devrons changer deux distributeurs de carburant et l’automate», dit-il.

Pourquoi la station n’a-t-elle pas explosé?

La voiture de José a pris feu alors qu’elle était à côté des distributeurs de carburant. La station-service ne risquait pas d’exploser pour autant. «Les citernes contenant le carburant sont enterrées et il y a un clapet de sécurité sur elles», explique Michael Werder, commandant du Service d’incendie et de secours Franches-Montagnes Ouest. «La probabilité qu’il y ait un retour de flammes dans les citernes était ainsi quasi nulle.» (Le Matin)

Créé: 20.01.2018, 22h42

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