Dimanche 21 octobre 2018 | Dernière mise à jour 04:15

Image: Laurent Gillieron / Keystone

Lausanne Ils interpellent le mauvais requérant gambien. Ce dernier meurt en cellule

Les gardes-frontière ont confondu Lamine F. avec un autre requérant portant le même nom et signalé à Lucerne. L’homme décédé souffrait d’épilepsie.

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Lamine F., requérant gambien de 23 ans, a été retrouvé mort mardi dans une cellule du Centre de police de la Blécherette, à Lausanne. Il avait été placé en détention suite à une confusion: les gardes-frontière l’ont interpellé en gare de Lausanne, dimanche 22 octobre, croyant avoir affaire à un autre Lamine F., Gambien lui aussi, mais qui faisait l’objet d’un signalement par les autorités lucernoises parce qu’il devait être renvoyé en Italie en vertu des accords de Dublin. Selon la police vaudoise, les deux hommes avaient le même nom et la même date de naissance.

Cette information, publiée cet après-midi sur notre site et confirmée par la police en fin de journée, ajoute encore à l’incompréhension et à la colère pour les proches du jeune homme décédé. «Sa famille en Gambie, surtout sa maman, attend toujours des explications, relève Sophie Zmilacher, amie de Lamine F. et collaboratrice de l’association Smiling Coast Gambia. De plus, nous ne comprenons pas pourquoi nous n’avons toujours pas pu voir le corps.»

Après son interpellation, Lamine F. avait passé la nuit en observation aux Urgences du CHUV suite à un malaise. Selon nos informations, il avait subi une intervention chirurgicale au cerveau à la fin du mois de septembre dans ce même établissement. Une cicatrice était visible sur son crâne. Des médicaments contre l’épilepsie ont par ailleurs été retrouvés dans sa chambre du foyer pour requérants d’Écublens (VD). Selon le CHUV, il ne présentait lundi matin aucun signe incitant à le garder à l’hôpital. Il a donc été conduit dans la zone carcérale du Centre de police de la Blécherette, au Mont-sur-Lausanne, d’où il devait être transféré à Lucerne, puisqu’on pensait alors qu’il s’agissait d’une autre personne. Lamine F. a été découvert sans vie dans sa cellule mardi. Il est décédé malgré la présence de caméras de vidéosurveillance. Les autorités se sont rendu compte de la confusion des identités seulement vendredi.

Manifestations prévues

Avant de venir en Suisse, le jeune homme décédé avait vécu en Italie durant deux ans. «Là-bas, il ne recevait pas de soins médicaux, relève Sophie Zmilacher. Il s’évanouissait et se blessait en tombant. Au départ, il était venu en Europe parce qu’en Gambie c’est impossible de se faire soigner pour épilepsie. Il voulait repartir.» Selon Julie Maillard du collectif de défense des migrants «R», qui l’a reçu lors d’une permanence avant son opération, Lamine F. présentait «des troubles neurologiques évidents».

Enregistré comme requérant d’asile en Italie, le Gambien s’est heurté en Suisse à une décision de non entrée en matière en vertu des accords de Dublin. Il devait, à terme, être renvoyé vers la péninsule. En attendant, il vivait de l’aide d’urgence au foyer d’Écublens. Selon Sophie Zmilacher, son opération au CHUV s’était très bien passée, mais il devait toujours suivre un traitement pour épilepsie.

«Ce drame montre l’incompétence des gardes-frontière et de la police cantonale dans le domaine de l’asile et des migrants en général: pour eux, un Noir sans les bons papiers équivaut à un autre Noir sans les bons papiers et n’a pas la même valeur que tout autre citoyen qui peut revendiquer ses droits. Cette attitude est à l’origine de nombreux abus et négligences. Lamine F. n’a pas été entendu et sa situation n’a pas été examinée. Je peux vous dire que la colère monte dans les milieux de défense des migrants.» Des manifestations sont notamment prévues la semaine prochaine. «Nous ne comprenons pas où ça a «bugué», conclut Sophie Zmilacher. Il aurait suffi aux forces de l’ordre d’appeler le Service de la population pour connaître sa situation particulière.» Selon ses proches, le jeune homme portait toujours sur lui l'attestation stipulant qu'il bénéficiait de l'aide d'urgence dans le canton de Vaud, ce qui rend la bévue des gardes-frontière encore plus incompréhensible.

Le député Ensemble à Gauche Jean-Michel Dolivo interviendra mardi au Grand Conseil sur ce sujet: «Cet homme souffrait de graves problèmes de santé et ce décès pose la question des conditions de détention de personnes qui n’ont commis aucun délit sauf celui d’être sans autorisation de séjour. La confusion d’identité renforce le caractère arbitraire de cette tragédie: l’homme qui est décédé n’avait aucune raison d’être interpellé, ni enfermé.»

Du côté du ministère public, l’enquête se poursuit. L’autopsie n’a pas permis pour l’heure de déterminer les causes de la mort de Lamine F. Elle exclut cependant l’intervention d’un tiers, un acte de violence ainsi qu’un suicide. La police précise en outre que lors de son interpellation, le Gambien était porteur «d’un sachet contenant une faible quantité de marijuana». La justice militaire a également ouvert une enquête en complément de preuve en relation avec les circonstances de l’interpellation effectuée par les collaborateurs du corps des gardes-frontière. (Le Matin)

Créé: 28.10.2017, 15h39

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