Dimanche 16 décembre 2018 | Dernière mise à jour 19:25
Aujourd’hui, nous ne devons plus courir des heures dans la forêt pour manger, pourtant nous continuons à minimiser maturellement nos efforts.

Aujourd’hui, nous ne devons plus courir des heures dans la forêt pour manger, pourtant nous continuons à minimiser maturellement nos efforts. Image: harry + lidy/plainpicture

Bien vivre Vous peinez à sortir de votre canapé pour aller au fitness? C’est normal!

Une étude de l’Université de Genève montre que la sédentarité serait un héritage de l’évolution. Un instinct primaire problématique dans notre société trop inactive.

Les «bonnes excuses» qu’on ne veut plus entendre

1. «Je n’aime pas le sport»

Derrière cette phrase se cache souvent l’idée qu’on ne veut pas souffrir. Pourtant, un effort léger est déjà
bénéfique. Certaines activités ludiques peuvent d’ailleurs permettre d’être actif sans avoir l’impression de réellement faire du sport. C’est important, car ceux qui souhaitent recommencer à bouger ne prêtent souvent pas beaucoup d’attention au choix de l’activité.

Ils se précipitent sur une paire de baskets pour faire du jogging, parce que c’est simple et pratique. Mais au fond, ce qui les ferait vraiment vibrer, c’est plutôt le kitesurf ou la capoeira.

2. «Je me sens déjà en forme»

Une personne sédentaire a parfois de la peine à imaginer comment elle se sentirait si elle pratiquait plus de sport.

Dans l’impossibilité de se situer, on a parfois tendance à surestimer ses capacités. Idem si on a un passé de sportif: ça ne suffit pas. Bouger est
un besoin quotidien.

3.«Je n’ai pas le temps»

Nombreux sont ceux qui estiment ne pas avoir de temps à consacrer à une activité physique. Il est vrai que nos agendas sont souvent surchargés, mais le problème est peut-être ailleurs. Quelles sont nos priorités? Plusieurs études ont montré qu’avoir plus d’heures de loisirs n’augmente pas la pratique sportive. Alors pour vraiment gagner du temps, pourquoi ne pas profiter des déplacements pour faire du vélo par exemple?

4. «Je suis trop fatigué(e)»

Nous sommes beaucoup à nous sentir trop fatigués pour faire du sport. Mais on oublie souvent que bouger redonne de l’énergie!

S’il est certes important de se reposer, il ne faut pas oublier qu’on est parfois aussi fatigant de ne rien faire… La fatigue «mentale» peut justement être
en partie résolue avec une petite séance d’exercice.

Adapté de «Pourquoi nous n’aimons pas le sport», de Francesca Sacco, Ed. Médecine Hygiène, 2017.

10 astuces pour se motiver à bouger


  • Se trouver un partenaire: le lien social renforce la motivation, et pas question de faire un faux plan!

  • Noter les séances de sport dans son agenda, comme un rendez-vous de travail.

  • S’imposer une régularité. Par exemple, «chaque semaine je vais courir au moins trois fois».

  • Payer des cours à l’avance: c’est quand même agaçant de perdre 30 francs à chaque fois qu’on renonce. Les fitness en revanche jouent là-dessus: obligé d’acheter un abonnement à l’année, l’utilisateur ne se rend pas compte du prix qu’il paie par séance réellement effectuée.

  • Préparer son sac de sport la veille et le mettre bien en vue devant la porte.

  • Prendre un-e coach sympa et motivant-e.

  • Accumuler les petits efforts: ne pas prendre le bus pour un arrêt, choisir les escaliers plutôt que l’ascenseur, etc. C’est tout ça d’activité physique de gagnée!

  • Camoufler l’activité physique par quelque chose qu’on aime. Par exemple, podcaster son émission préférée et l’écouter en allant marcher plutôt que sur son canapé.

  • Utiliser les pauses au travail pour aller faire du sport, afin de ne pas avoir l’impression de rater du temps en famille quand on rentre chez soi.

  • Noter ses progrès et se lancer des défis.

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Il est 19 h, vous poussez la porte de votre appartement après une longue journée de travail. Ce matin, vous aviez donné rendez-vous à vos baskets pour un petit after­work. Mais entre vous et elles, il y a le canapé. Et comme souvent, il est très persuasif. En plus, ce soir, il fait froid et déjà nuit. Bye bye les baskets!

Ce scénario vous est familier? Peut-être parce que vous êtes simplement… humain. Des chercheurs de l’Université de Genève et de l’University of British Columbia (Canada) ont montré que notre cerveau tend naturellement vers la minimisation de l’effort. Une étude qui met en avant un paradoxe: la plupart des personnes ont une attitude positive face à l’idée de faire du sport, mais en réalité, plus de 30% de la population adulte reste inactive. En Europe, ce sont même plus de 45% qui ne font jamais de sport. Résultat: le manque d’exercice entraîne chaque année plus de 3,2 millions de décès, selon l’OMS.

Un penchant naturel

Face à ces chiffres, les chercheurs genevois et canadiens ont tenté de comprendre ce qui se joue à l’échelle neuronale. Ils ont étudié le cerveau de 29 personnes souhaitant être actives, sans toutes y parvenir. Les participants ont été exposés à des images représentatives d’activités sédentaires ou physiques. À l’aide de flèches sur un clavier, ils devaient soit s’en approcher, soit s’en éloigner, le plus rapidement possible. Les scientifiques ont, dans un premier temps, mesuré le temps de réaction. Celui-ci était globalement plus court lorsqu’il fallait s’approcher des images représentant une activité physique.

Mais ces résultats positifs ont été nuancés au moment d’observer l’activité cérébrale. Grâce à un électroencéphalo-gramme, les chercheurs ont observé en détail les signaux électriques transmis par les neurones. Ils ont ainsi découvert que pour obtenir ces bons temps de réaction, le cerveau doit mobiliser beaucoup de ressources. Son penchant naturel serait donc d’être attiré par la sédentarité. C’est uniquement la force de la raison qui permet d’avoir des temps de réaction aussi positifs. Ces signaux trahissent donc un instinct primaire qui vise à minimiser les efforts physiques à fournir.

Une question de survie

Pour les chercheurs, l’explication de ce phénomène se situe dans l’évolution de l’être humain. «Nos ancêtres avaient tout intérêt à conserver leur énergie pour assurer leur survie, explique Boris Cheval, chercheur à la Faculté de médecine de l’Université de Genève. Ils minimisaient l’énergie dépensée en déplacements afin de la conserver pour des tâches de survie.» Pour être capable de fuir ou chercher de la nourriture sur de longues périodes, il fallait gérer ses ressources énergétiques de manière optimale. Cela explique que notre cerveau maintienne aujourd’hui ce réflexe de ne pas trop en faire. Une tendance à l’économie qui n’est d’ailleurs pas qu’une caractéristique humaine. «Des études ont montré que les oiseaux dépensent le moins d’énergie possible au décollage et à l’atterrissage, toujours dans le but d’en garder pour chercher de quoi se nourrir», illustre Boris Cheval.

Le problème, c’est que cet instinct sans doute vital à l’époque n’a pas évolué aussi vite que notre société. Nous ne devons plus courir des heures dans la forêt pour manger, pourtant nous continuons à minimiser naturellement nos efforts. Un décalage qui explique en partie l’épidémie d’obésité actuelle.

Échauffement cérébral

Mais il serait trop facile d’utiliser cette excuse du «penchant naturel» pour ne pas décoller de son canapé. Si pour faire du sport, on doit échauffer son corps, il s’agit tout autant d’échauffer son cerveau. «Le confort est une conception cérébrale, remarque le Dr Boris Gojanovic, médecin du sport à l’Hôpital de la Tour. Pour ressentir du bien-être en bougeant, il faut laisser un petit temps d’adaptation à son corps et à sa tête.» Après une dizaine minutes d’exercice physique, certaines hormones s’activent. Notamment les fameuses endorphines, connues pour leur effet euphorisant. Dès ce moment-là, c’est en général le plaisir qui prend le dessus sur la pénibilité de l’effort.

L’objectif n’est d’ailleurs pas de souffrir. Contrairement à ce que prône le mantra largement répandu du «no pain, no gain», il ne faut pas brusquer son organisme. «Une des clés pour être motivé à bouger, c’est d’éviter de se lancer dans quelque chose de trop ardu, ajoute le Dr Gojanovic. On pourra par la suite ajouter petit à petit de la difficulté et de l’intensité.» A noter que les effets bénéfiques rapidement ressentis quand on pratique une activité physique (réduction du stress, meilleur sommeil, etc.) sont autant de facteurs qui encouragent à continuer. Et si la fin de l’expérience sportive est agréable, on sera plus enclin à recommencer.

Pour Matthieu Boisgontier, chercheur à la Faculté de médecine de l’University of British Columbia et codirecteur de l’étude, ces résultats soulèvent aussi une question de politique publique. «Pour contrer notre instinct minimaliste, l’aménagement de notre environnement pourrait être une partie de la réponse. Par exemple, adapter l’urbanisme de manière à ce que les escaliers soient plus visibles que les ascenseurs.» Si on ne lui laisse pas le choix, peut-être que notre cerveau finira par prendre le pli de ne pas opter pour la facilité. (Le Matin)

Créé: 01.12.2018, 22h49

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