Lundi 17 décembre 2018 | Dernière mise à jour 15:58
Les tiques pullulent dans certaines zones.

Les tiques pullulent dans certaines zones. Image: Hoogen/Hollandse Hoogte/laif

Santé «Il y a une peur exagérée autour de la maladie de Lyme transmise par les tiques»

Le nombre de piqûres augmente en Suisse. Un spécialiste dédramatise l’étendue de la borréliose chronique, qui cristallise de nombreuses craintes.

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Transmise par les tiques, la borréliose ou maladie de Lyme chronique est partout: sur la Toile, dans les médias ou encore dans de nombreuses conférences données par des médecins, souvent originaires d’Allemagne. À Lausanne, le 29 avril, un «spécialiste en médecine biologique de laboratoire» venu d’Augsburg présentait ainsi un exposé à 230 francs l’entrée sur «la maladie de Lyme et ses co-infections» dans un hôtel lausannois. Il y faisait le lien entre la bactérie de la borréliose et la sclérose en plaques ou la maladie d’Alzheimer.

Selon Renaud Du Pasquier, chef du Service de neurologie du CHUV, à Lausanne, la borréliose chronique donne lieu à un «business juteux» fait de tests et de traitements qui «ne reposent sur aucune base scientifique établie» (lire l’interview). Il faut dire que la thématique est concernante: en Suisse, certaines régions sont infestées de tiques. Quelque 2400 consultations médicales suite à une piqûre d’un de ces acariens ont eu lieu en Suisse durant les quatre premiers mois de 2017.

C’est le nombre le plus élevé pour cette période depuis 2008. Suivant les forêts, de 5 à 50% des tiques sont infectées par la borréliose de Lyme. Étonnamment, pour les quatre premiers mois de l’année, seuls 350 cas de borréliose aiguë (au premier stade) ont été comptabilisés: c’est peu en comparaison pluriannuelle. La forme chronique de la maladie peut se déclarer dans un deuxième temps, si la personne n’a pas été traitée. Assiste-t-on à une explosion sournoise du nombre de borrélioses chroniques?

Doit-on avoir peur de la maladie de Lyme chronique?

Ce qui est sûr, c’est que la Suisse est devenue une zone d’endémie, et en particulier certaines régions, comme le pied du Jura. La maladie de Lyme, ou borréliose, est donc une réalité, mais il y a également une peur exagérée – certains parlent de psychose – qui se développe autour de cette bactérie: en neuroimmunologie, nous recevons beaucoup de gens qui pensent souffrir de complications neurologiques dues à cette maladie, mais qui sont en réalité de «faux Lyme chroniques».

Quelles sont ces complications?

Après une morsure «classique» par une tique infectée, on constate parfois l’apparition d’un érythème migrant, soit une tache rouge qui grandit autour de la morsure et qui peut être entourée d’un anneau rouge. Cette tache, qui peut passer inaperçue, est un signe que la personne a été infectée. À ce stade, on peut traiter le patient avec des antibiotiques. Si la maladie n’a pas été traitée, elle peut causer dans un second temps des problèmes aux articulations, ainsi que des problèmes cardiaques ou neurologiques. Nous recevons régulièrement des patients qui présentent des troubles neurologiques comme une paralysie faciale ou une méningite avec atteinte neurologique. Ces symptômes sont les marqueurs d’une réaction forte face à la bactérie de Lyme.

Où se situe la psychose alors?

À côté de cela, nous recevons de nombreuses personnes qui présentent des symptômes de dépression, de fatigue et de douleurs diverses qu’elles pensent être dus à une borréliose chronique. Nous effectuons alors une sérologie (détection des anticorps spécifiques d’une maladie, ndlr). Le problème, c’est que même si la sérologie est positive, cela ne signifie pas forcément que la personne souffre de la maladie de Lyme. Elle a pu simplement être exposée à la bactérie une fois dans sa vie et avoir développé des anticorps en conséquence.

Comment faites-vous pour établir un diagnostic?

Face à des symptômes que l’on peut qualifier de vagues, tels que douleurs, maux de tête, fatigue et troubles du sommeil, on confirme généralement la sérologie positive par un second test. Dans certains cas, on fait ensuite une ponction lombaire: si la présence d’anticorps est plus forte dans le liquide céphalorachidien que dans le sang, cela signifie que la personne souffre possiblement d’une maladie de Lyme.

Et en cas de sérologie négative?

Nous expliquons à la personne qu’elle ne souffre pas de la maladie de Lyme. Le problème, c’est que via Internet ou autre, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous dire qu’il faut faire des tests particuliers, généralement dans des laboratoires en Allemagne. C’est un business juteux qui, selon nous, ne repose sur aucune base scientifique établie. Des spécialistes autoproclamés posent ensuite un diagnostic de Lyme chronique et prescrivent des cures d’antibiotiques à haute dose, durant des mois, voire des années. Avec le risque, pour les patients, de développer des effets secondaires à ces traitements. Or, les recherches actuelles montrent qu’il ne sert à rien de traiter avec des antibiotiques les personnes qui souffrent de symptômes vagues.

Pourquoi y a-t-il une telle psychose autour de cette maladie?

Il y a probablement une composante d’effet de mode. Beaucoup de gens préfèrent penser qu’ils souffrent d’une maladie de Lyme plutôt que de dépression ou de fibromyalgie, par exemple. En réalité, je pense que la majorité de ces «Lyme tardifs» n’en sont pas.

Le diagnostic a pourtant l'air difficile à établir. Est-on suffisamment au clair sur Lyme?

Non, il est vrai qu’il reste de larges espaces d’interprétation. Il n’y a pas assez de recherches de qualité sur la maladie de Lyme. La communauté médicale devrait être beaucoup plus active, prendre les choses en mains et la Confédération devrait nommer un panel d’experts pluridisciplinaire pour faire avancer cette recherche et répondre de manière plus satisfaisante à la population. (Le Matin)

Créé: 13.05.2017, 22h50

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