Mercredi 18 octobre 2017 | Dernière mise à jour 16:44
Un jeune sur quatre a déjà fait une mauvaise rencontre sur le Net.

Un jeune sur quatre a déjà fait une mauvaise rencontre sur le Net. Image: Danny Gys/Reporters/laif

Prévention Comment protéger son enfant des dangers du Web?

Les parents élaborent des stratagèmes pour protéger leurs enfants des prédateurs d’Internet. Tous ne sont pas judicieux. Analyse.

Huit messages à passer à l'enfant

- N'accepter comme ami ou contact que des personnes que l'on connaît dans la vraie vie, même si l'on a des amis en commun avec elles.

- Si l'enfant passe outre ce premier conseil et rencontre de nouvelles personnes via les réseaux sociaux, il doit en parler à un adulte et se rendre avec lui au potentiel rendez-vous.

- Ne dévoiler aucune information personnelle telle qu'âge, adresse, numéro de téléphone, école, etc.

- Ne publier des photos de soi qu'après avoir bien réfléchi aux conséquences: elles pourront être vues et utilisées par des gens indélicats.

- Ne pas publier de commentaire que l'on n'assumerait pas dans la vie réelle.

- Se fier à son instinct. Si une conversation prend une tournure bizarre, si le contenu d'un échange ou d'un site semble inapproprié, éteindre son téléphone et s'adresser immédiatement à un adulte.

- Ne pas craindre d'aller voir un adulte si l'on est victime ou témoin de harcèlement ou d'intimidation sur Internet. Ces comportements sont punis par la loi.

- Choisir un bon mot de passe (long et varié) et ne le transmettre à personne.

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Un prédateur du web va être jugé à Genève. Il a contacté puis échangé, sous la menace, des photos et vidéos osées avec 26 mineurs («Le Matin Dimanche» du 6 août 2017). Certains ont même été contraints sexuellement par le prévenu majeur. Cette affaire de grande ampleur montre toute la dangerosité d’Internet. L’an dernier, l’enlèvement du petit Paul, un Soleurois de 12 ans, par un trentenaire allemand rencontré sur un forum de jeux vidéo avait déjà illustré cela.

Selon l’étude JAMES sur l’utilisation du numérique par les jeunes, 25% des Suisses âgés entre 12 et 19 ans ont déjà été abordés en ligne au moins une fois par un inconnu ayant des intentions sexuelles indésirables. Ils sont 21% à avoir été harcelés sur le Web. La menace est d’autant plus présente que 95% des jeunes utilisent un smartphone chaque jour et qu’ils sont 94% à posséder au moins un compte sur un réseau social. Pour faire face à cela, les parents sont souvent désemparés et tentent diverses parades. Mais toutes ne sont pas adaptées. Paroles d’experts.

L’ordinateur au salon

Cette vieille recette pour minimiser le danger d’internet semble aujourd’hui surannée. L’arrivée des smartphones et tablettes a fait exploser les supports de communication. Enfants et adolescents peuvent désormais, en tout temps, surfer sur le Web à l’abri des regards. Pour autant, l’idée de maintenir une activité connectée dans un lieu commun à la famille «est toujours valable, selon Laurent Sedano, spécialiste des questions Web à Pro Juventute. Car derrière cette mesure se cache la question de l’accompagnement de l’enfant. On peut imaginer lui demander d’utiliser la tablette au salon. Cela dit, à partir de 14-15 ans, ce n’est plus réaliste. Le jeune a droit à une certaine intimité.»

Interdire l’utilisation d’Internet

C’est, sur le papier, la solution qui semble la plus judicieuse puisque, sans Internet, l’enfant ne pourra jamais être la proie d’un cyberharceleur. Or, elle n’est imaginable que pour les plus jeunes. Dès 9-10 ans, les mineurs émettent le désir de posséder un natel et l’école elle-même incite souvent les élèves à s’en servir pour des raisons pédagogiques. «On peut retarder l’âge auquel l’enfant obtient son smartphone, mais il est illusoire d’imaginer l’en priver à partir d’un certain âge, affirme Jean-Bernard Siggen, chargé de prévention auprès de la Brigade des mineurs fribourgeoise. Faire partie des réseaux sociaux aujourd’hui, c’est exister. En outre, interdire ne permet aucun apprentissage.»

Installer un logiciel de contrôle parental

Il existe des possibilités techniques pour empêcher l’enfant d’accéder à certains sites ou applications. Cela limite le risque de tomber sur du contenu inapproprié, voire de faire de mauvaises rencontres. «Ces logiciels peuvent rassurer les parents et éventuellement protéger les enfants contre des utilisations accidentelles, appuie Jean-Claude Marguet, chef du Service de l’enseignement obligatoire du canton de Neuchâtel. Le plus important est que leur utilisation ne remplace par le rôle du parent. Cela ne doit en aucun cas remplacer les actions éducatives.»

Espionner son enfant

La tentation est souvent grande chez les parents d’épier l’activité numérique de leurs progénitures. Certains profitent de l’absence de l’enfant pour guigner dans son natel. D’autres préfèrent installer un mouchard dans l’appareil du mineur. Mais ce qui compte, c’est de toujours le faire avec transparence. «L’enfant doit être au courant, insiste Laurent Sedano. Sinon, cette mesure, qui n’est déjà pas la plus éducative, s’avérera contre-productive. Le lien de confiance sera rompu et il n’est pas impossible que le jeune acquière un second téléphone. Cela contribuera à l’éloigner des adultes et à l’exposer aux dangers du Web.»

Fixer des horaires

Il est possible d’imposer un couvre-feu dans l’utilisation des appareils électroniques. Cela serait même un devoir parental, selon différents experts. Ainsi, l’enfant profite d’une trêve bienvenue qui profite autant à son repos qu’à la pratique d’autres activités. Mais cela le protège-t-il vraiment des prédateurs du Web? «Cela y contribue, répond Jean-Bernard Siggen. Le cyberharcèlement fonctionne tant que la victime lit ses messages. L’interruption cassera peut-être la dynamique.»

Établir une charte

Pour pallier les menaces du Web, il est possible de passer un contrat avec le jeune. Parents et enfants élaborent ensemble une charte qui contient les règles d’utilisation d’Internet. Ils les affichent ensuite quelque part et en discutent périodiquement. «C’est, pour moi, la meilleure façon de procéder, s’exclame Laurent Sedano. La charte encourage l’échange et responsabilise l’enfant. Elle permet de voir quels problèmes il rencontre, puisque les règles sont rediscutées dans le temps.»

Renoncer à toute contrainte

Une solution plutôt facile est de prendre le parti de faire confiance à son enfant tout en privilégiant la discussion. Ici, pas de mouchard ni de limites: le jeune est totalement responsabilisé. Cette façon de faire ne recueille toutefois pas l’assentiment des experts en prévention. «Éduquer, ce n’est jamais renoncer à toute contrainte, rappelle Jean-Claude Marguet. La confiance n’exclut pas les contrôles.» En clair: maintenir le lien avec l’enfant et le questionner périodiquement sur ses activités connectées. (Le Matin)

Créé: 13.08.2017, 11h35

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