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Motocyclisme Après la brioche, le pain rassis

Les pilotes suisses engagés ce dimanche en Aragon n'ont pu faire mieux q'une 17e, une 21e et une 23e place. Pas très «succulent».

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On n’a pas mangé notre pain blanc, c’était de la brioche. Fine et nourrissante à la fois, tendre, qui fondait dans la bouche, même si elle ne se mariait que difficilement avec le champagne de la victoire. C’était, après l’ère des glorieux anciens, la Suisse motocycliste de la nouvelle génération, personnalisée par un gamin né dans les collines bucoliques de l’Emmental et bientôt rejoint par plusieurs compatriotes.

D’abord, celui du bas de la vallée, le fils du garagiste de Rohrbach. Et d’autres, moins talentueux, peut-être, mais qui avaient des rêves plein les yeux parce que le premier des nouveaux-venus avait montré l’exemple, comme un guide qui ouvre une nouvelle voie dans une paroi verticale. Oui, c’était possible: un Suisse, des Suisses en GP, ce n’était plus de l’utopie.

Même le vétéran des plumitifs du milieu s’y était fait prendre, quand il expliquait, preuves à l’appui, sûr de sa démonstration, pourquoi, plus jamais, on ne verrait de pilotes helvètes en championnat du monde, mondialisation (justement) oblige, exiguité du marché, formation déficiente parce que rendue très difficile par l’absence de circuits permanents.

Et pourtant, la brioche allait bientôt lui être servie. A lui aussi.

Un premier podium en 2003. Un titre mondial en 2005, dix-sept victoires en GP (seize pour le Suisse de la montagne, une pour celui de la plaine), l’arrivée de nouveaux visages, dont celui d’un Zurichois formé d’abord en Allemagne, puis en Espagne. Les Suisses de la campagne et de la ville: tout était réuni. Mieux, il y avait une structure devenue dream team, avec des garanties financières solides et une image de perfection helvétique que tout le monde respectait dans le milieu. Les journaux remplissaient des pages, la télévision nationale, dans ses trois langues, retransmettait des heures de courses, de spectacle, d’émotions.

Puis, en plusieurs étapes, la machine s’est enrayée. Des premiers grains de sable dans l’esprit du fils du garagiste de Rohrbach, qui s’est vu trop beau et qui a trop exigé après sa victoire historique du GP d’Allemagne 2014. Parallèlement, la valeur sûre du motocyclisme suisse vivait sa meilleure période sportive – si l’on oublie un instant son titre mondial 125 de 2005 -, mais supportait de moins en moins l’omniprésence d’un autre élément clef de ce changement de régime – ben oui, quand on passe de la brioche au pain rassis, on change de régime! -, ancien préparateur physique transformé en patron omnipotent, qui a eu le tort de continuer de bomber le torse quand bien même il allait bientôt perdre l’oxygène (le financement) sans quoi il n’y a pas de vie.

Le fils du garagiste a été voir ailleurs. Il ne pouvait pas deviner, personne ne pouvait imaginer, qu’en trois mois à peine, on le priverait d’une seconde victoire en GP, que son patron trouverait la mort à un âge où l’on a encore tant à vivre, que le repreneur annoncé comme le Messie n’était qu’un fieffé aigrefin et que s’il était agréable pour son ego de trouver autant de soutien via une grande opération de financement participatif, le prix à payer ensuite à ce succès était trop pesant.

Celui de la ville, le Zurichois? A la fin de l’année dernière, on ne le voulait plus dans le système. L’homme de la montagne? Le bonheur! Il allait pouvoir vivre son rêve, soit rouler en MotoGP avec les plus grands pilotes du monde. Ce sera, malheureusement, le plus souvent... bien loin d’eux!

La «dream team», que nous enviaient tant de gens? Elle n’a plus grand-chose de suisse, si ce n’est son nom – et encore, en anglais! – et son patron. Qui ne doit pas savoir que sa structure a un nouveau surnom: «Bienvenue à Koh Lanta! Ici, nous sommes en mode survie permanente!» C‘est vrai qu’il est difficile de respirer sans oxygène...

Ah, le bon temps de la brioche! Place, maintenant, au pain rassis: une 17e, une 21e et une 23e place ce dimanche en Aragon.

Créé: 23.09.2018, 20h19

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