Vendredi 13 décembre 2019 | Dernière mise à jour 04:44

Paris Philippe Katerine: «Je pensais tout le temps au sexe pour ce disque»

Avec son dernier album «Confessions», l'artiste de 50 ans chante le monde à sa manière. Drôle et percutant, il avoue avoir souvent utilisé des termes au-dessous de la ceinture. Interview.

Philippe Katerine sera en concert à la salle des fêtes de Thônex, le 30 janvier 2020, 20 h, dans le cadre du 10e festival Antigel.

Philippe Katerine sera en concert à la salle des fêtes de Thônex, le 30 janvier 2020, 20 h, dans le cadre du 10e festival Antigel. Image: ErwanFichou&TheoMercier2019

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Discuter avec Philippe Katerine, c'est comme écouter l'un de ses albums: on ne sait pas à quoi s'attendre, mais cela marquera certainement votre esprit. Au bout du fil, le chanteur est très calme et prend un malin plaisir à installer un silence parfois malaisant. Pourtant, il est excité. «Un vrai bonheur. J’en rêvais», dit-il de la sortie de son treizième disque

Ce dernier s'appelle «Confessions» et réunit tous les ingrédients pour lesquels on adore l'artiste: surprises, humour et réflexion. Dans cette pépite de 20 titres, il parle de sexe, de lui mais aussi de sujets plus sérieux comme l'écologie, l'homophobie, le sexisme ou encore... Les Macron.

Pourquoi nommer votre album de cette manière? Êtes-vous croyant?

Non pas forcément. On peut faire des confessions sans l'être.

Alors, expliquez-nous le choix de ce titre?

J'ai été tout de même souvent à l'église lorsque j'étais enfant. J'aimais beaucoup me confesser. Parfois, j'allais au confessionnal et j'inventais des péchés. Je voulais juste parler et j'aimais bien que l'on s'occupe de moi. Que l'on m'écoute, simplement.

A quel moment avez-vous cessé d'être croyant?

Vers 14 ans, je suis passé à autre chose. J'étais amoureux d'une fille et je me suis dit que je voulais la connaître intimement, si vous voyez ce que je veux dire... On m'a dit que les prêtres ne pouvaient rien faire, alors ça ne m'intéressait plus du tout. (Rires.)

Trois ans après la sortie du disque «Le Film», cela vous a fait du bien de vous remettre à créer?

Oui, j'en avais un peu gros sur la patate. Ça faisait longtemps que je n'avais pas écrit de chansons. C'est ce que je préfère faire et personne ne peut me l'enlever. J'étais heureux de remettre le pied à l'étrier. Rien que ça, c'est une grande joie.

Il s'agit d'un album assez engagé où vous parlez notamment de politique, d'homophobie, de racisme, de sexisme... Le monde va mal?

Non. Tout ça a toujours existé. Ce sont des sujets que l'on retrouve chez Bruel et Florent Pagny aussi. Ce qui importe, c'est la forme avec laquelle on attaque ces thèmes. Il faut des surprises, des contradictions...

Justement, comment sont nés les titres de «Confessions»?

Cela a commencé sur un ordinateur que j'ai acheté. J'ai fait une quarantaine de maquettes avec GarageBand. J'allais à droite et à gauche avec mon micro, je n'emmenais jamais rien d'autre comme matériel. Ensuite, on est allés en studio avec Renaud Letang, qui est un producteur fameux en France. J'avais entendu son projet personnel qui n'est pas encore sorti. Le son était tellement groovy et organique en même temps que ça me semblait évident de travailler avec lui. On s'est vu pendant un an en intermittence pour fignoler ces chansons.

Comment êtes-vous passé de 40 à 20 titres?

Les morceaux peuvent s'effondrer dès le lendemain. C'est une sélection naturelle.

Il n'y a jamais de regrets?

Ah si, bien sûr. Ce sont les regrets d'un sélectionneur de football. Didier Deschamps a 22 joueurs et il faut qu'il en choisisse 11. Lorsqu'il y a une défaite, il doit se dire: «C'est con, j'aurais dû prendre Mandanda plutôt que Lloris dans les buts.»

Pour revenir à votre album, dans le morceau «Stone avec moi», vous dites: «Imagine un monde où les animaux nous mangeraient, ils feraient des ragoûts de nous.» Vous faites attention à ce que vous consommez?

Un peu plus qu'avant... Je ne suis pas encore végétarien. Je n'ai pas eu le déclic. Je regarde les origines, ce qui n'était pas du tout mon cas avant. Je fermais les yeux.

Qu'est-ce qui a déclenché tout ça?

On crie partout qu'il y a urgence, et il y a certainement du vrai. Ma fille (ndlr: Edie), qui a 25 ans, m'a aussi alerté sur divers points. La jeune génération se sent plus concernée, elle ne veut ne plus se faire baiser. Je me suis dit qu'il fallait quand même que je change mes habitudes.

Dans la même chanson, vous dénoncez aussi le sexisme en chantant: «Imagine l'homme que les femmes poursuivent dans les rues. Réclamant la bite et le cul mais rien de plus.»

Il y a des siècles et des siècles d'historique derrière. Il y a encore beaucoup de travail à faire à ce niveau-là. Ce n'est pas en une journée que l'on va tout retourner. Mais on sent bien qu'il y a une évolution. On ne peut plus faire les choses impunément.

D'ailleurs, il y a plusieurs scandales qui ont éclaté dans le septième art. Des réalisateurs ont été accusés de choses horribles. En tant qu'acteur, accepteriez-vous de travailler avec l'un d'eux?

Je me suis jamais posé la question. Je ne suis pas sûr que je serais attiré. (Il réfléchit.) Non, je ne serais pas attiré. Ça se ressent si quelque chose ne va pas. Ça se passe dans les détails et ça vous hérisse le poil.

Comment choisissez-vous vos films?

Je suis surtout intéressé par le travail du réalisateur. Les gens ne changent pas aussi vite que l'on peut le croire. Un réalisateur a un style. Il y a rarement des surprises. Puis, je fais aussi attention au personnage que je vais incarner. J'aime quand c'est éloigné de moi.

Vous avez invité beaucoup de monde sur cet album: Léa Seydoux, Camille, Chilly Gonzalez ou encore votre beau-père Gérard Depardieu. Pourquoi avoir choisi ce dernier pour participer au titre «Le Blond»?

Je n'arrivais pas à trouver de solution pour cette chanson. Je m'apprêtais à l'abandonner. Puis, j'ai vu un documentaire à la télévision où il y avait un noir américain qui s'appelait comme moi. Et je me suis dit: «Tiens, c'est marrant ça». Et après cinq minutes, je me suis dit: «Ce n'est pas si marrant...». Ses ancêtres ont dû prendre le nom de mes ancêtres en Louisiane. Et on sait pourquoi. Donc, je me suis dit que cette notion historique pourrait être incarnée de façon évidente et naturelle par celui qui a joué Christophe Colomb. (Ndlr.: il était dans le film «1492: Christophe Colomb».)

Dans votre titre «Malaise», vous parlez d'une Dorothée que vous avez embrassée sur la bouche. Qui est-elle?

C'est ma première petite amie. On avait 8 ans. Ce premier baiser a été inoubliable, mais il y a eu aussi de l'angoisse. Ce genre de bisou est toujours lié à une espèce de subversion, à un déplacement de nous-même.

Comme toute première fois, non?

Exactement.

Vous aviez ressenti la même chose lors de votre première fois avec cette fille dont vous étiez tombé amoureux à 14 ans?

Tout à fait. Bon, on a quand même attendu un peu avant de le faire. (Il fait une pause) Les grandes joies s'accompagnent souvent de grandes angoisses.

Et à 50 ans, on est toujours angoissé?

Oui, bien sûr. Un enfant naît, c'est une grande joie, mais aussi une angoisse. Même après le deuxième et le troisième bébé, on ressent la même chose. Les sentiments ne sont pas taillés dans un grand bloc de marbre. Je crois que je ne suis pas le seul dans ce cas-là.

Le champ lexical du sexe est bien présent dans cet album. C'est un thème qui vous inspire beaucoup?

Oui, c'est vrai que c'était une préoccupation énorme à ce moment-là dans ma vie. J'y pensais tout le temps. Même en ne le faisant pas. On m'a dit que c'était la crise de la cinquantaine, mais ça ne me paraît pas une explication valable. La peur de l'andropause peut-être? Tout ça est très mêlé. Une angoisse d'une perte de rigueur. A 50 ans, la question se pose très vite.

Le mot «angoisse» revient souvent dans cette discussion, non?

(Rires.) J'ai fait ce disque car j'avais un cumul d'angoisses qu'il fallait sortir. Dès que vous expliquez et que vous créez une chanson, on se sent apaisé assez rapidement. Aujourd'hui, je ne me sens pas entièrement bien, mais rien à voir avec ce que j'étais il y a un an. Mettre en forme ce disque m'a fait un bien fou.

Fabio Dell'Anna

Créé: 21.11.2019, 07h08

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