Vendredi 24 novembre 2017 | Dernière mise à jour 08:06

Interview indiscrète Chantal Ladesou: «Je ne peux pas rester seule»

Sa voix rauque et son franc-parler sont reconnaissables entre mille. Sa mère, disparue trop tôt, lui a insufflé la passion du théâtre.

Chantal Ladesou, 67 ans, toute pétillante dans les rues de Genève.

Chantal Ladesou, 67 ans, toute pétillante dans les rues de Genève. Image: Davolo Steiner

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La première poignée de main s’est faite sur un passage piéton en face du jet d’eau de Genève, en se rendant au lieu de rendez-vous. «Il se passe tellement de choses dans cette ville, c’est important pour moi de venir et de dire haut et fort «je suis là», confie-t-elle au début de l’entretien.

Chantal Ladesou, qui êtes-vous?

Si je le savais, je vous le dirais! Je suis une femme du Nord, assez simple dans ses goûts. On me dit souvent que je suis authentique et je tiens à rester comme ça.

Votre premier souvenir?

C’était lors de la Saint-Nicolas. Je me revois encore avec une robe de chambre rouge, j’étais toute petite et j’allais avec mon père porter des carottes et des navets dans la buanderie pour l’âne du Père Noël.

Enfant, de quoi aviez-vous peur?

Du noir, et j’en ai toujours peur. Je n’éteins jamais les lumières, je ne peux pas rester toute seule à la maison. J’ai besoin d’une présence. Et à Paris, chez moi, je m’enferme à double tour.

Dans l’enfance, quel fut votre plus grand choc?

J’ai perdu ma maman à l’âge de 15 ans et demi. Ce fut un choc terrible car d’un seul coup, on devient adulte. J’avais ma tante et j’ai un souvenir précis avec elle: à cette époque, il n’y avait pas de collants. Elle m’a appris à mettre des bas avec un porte-jarretelles. Normalement, c’est la maman qui apprend ces gestes à sa fille.

Votre mère vous disait-elle «je t’aime»?

Oui, j’avais une maman très présente, aimante, câline. Mon enfance a été merveilleuse. Avec mon frère, on était tout pour elle. Elle était toujours enjouée, lumineuse. Tout le monde l’aimait bien parce qu’elle était très drôle. Je la regardais faire et j’ai dû prendre beaucoup d’elle. C’est ce qu’on me dit encore maintenant.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

Je faisais des crêpes à la Foire de Lille. Je suivais des cours d’art dramatique, je devais avoir 17-18 ans. J’ai adoré faire ça.

Que vouliez-vous devenir?

Comédienne. J’ai toujours rêvé de ça. Je me souviens de ma maman qui disait: «S’il n’y avait pas eu la guerre, j’aurais fait du théâtre.» Elle m’emmenait voir des pièces, elle a dû me transmettre sa passion.

L’amour pour la première fois. C’était quand et avec qui?

J’avais peur des garçons. Je n’ai aucun souvenir d’une «première fois». C’était bâclé, pas bien. Je voulais me réserver pour l’homme que j’allais aimer. J’étais romantique et je faisais «mariner» les garçons. (Elle en rit.)

La plus belle de vos qualités?

J’aime la vérité, le naturel.

Votre plus grand regret?

De ne pas avoir parlé plus souvent à mon père. J’avais peur de lui. Je lui ai caressé les cheveux sur son lit d’hôpital après qu’il a fait une attaque. C’était un homme très tendre, en fait. A la mort de ma mère, il était complètement perdu. Il s’est enfermé dans son usine de charpente métallique. Je ne le voyais que les week-ends car il m’avait mise en pension. Je savais qu’il m’aimait beaucoup, mais nous avions du mal à nous parler. Je regrette de ne pas être allée davantage vers lui.

A-t-il assisté à vos débuts sur scène?

Il n’en a pas eu le temps, mais je me rappelle qu’il était très inquiet que j’aille à Paris faire du théâtre. Pour lui, j’étais une fille perdue. Il voulait que je fasse mes études dans le Nord, que je reste là.

Avez-vous déjà volé?

A Coxyde, près de la mer du Nord, il y avait des têtes de Jivaro qui pendaient à la sortie de la ville. En passant à côté en scooter, on les attrapait et c’était à celui qui en volait le plus. Ce n’est pas bien, je sais. (Rires.)

Avez-vous déjà tué?

On dit toujours qu’il faut «tuer» ses parents pour exister, moi je n’ai pas eu à le faire.

Si vous aviez le permis de tuer quelqu’un, qui serait-ce?

Personne! Tout le monde a le droit de vivre.

Avez-vous payé pour l’amour?

Non. Peut-être que quand je serai très vieille et que je voudrai me faire accompagner à l’opéra, je paierai pour avoir un chevalier servant, je ne sais pas. (Elle en rit.)

Déjà menti à votre mari?

Jamais! Si je commence à lui mentir, alors je devrais le quitter. Je lui mens pour des choses futiles, comme sur le prix d’une robe qui était un peu chère.

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

J’adore Charles Aznavour! Il est mon idole. On s’aime beaucoup. Il vient de donner des concerts à Paris, il est en pleine forme! Comme moi!

Qui trouvez-vous sexy?

Charles Aznavour! Et s’il était un peu plus jeune… J’aime bien ce genre de physique. D’ailleurs, j’ai épousé un homme qui avait un charme fou.

Vous aviez immédiatement compris qu’il était le bon?

Oui, on a eu un coup de foudre et on ne s’est pas quittés depuis 40 ans. Michel est toujours là. Il me suit partout. Cela fonctionne parce qu’on se dit tout de suite les choses, on ne laisse jamais pourrir la situation. C’est tout un travail d’être ensemble longtemps.

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

Cela va revenir en boucle, mais oui, c’était au concert de Charles Aznavour. J’ai pleuré à la fin, au moment de la chanson «Les vieux mariés».

De quoi souffrez-vous?

De ce qui se passe dans l’actualité. Je pense à ces migrants qui ont tout quitté et qui d’un seul coup, se retrouvent dans des camps. A notre petit niveau, on aimerait bien faire quelque chose, mais quoi?

Avez-vous déjà frôlé la mort?

Oui, en 2009. J’avais loué à Avignon une maison durant le festival et je n’avais pas écouté les explications techniques lors de la visite. Le premier soir, j’ai voulu mettre en valeur la piscine pour faire plaisir à un invité. Je sors et clac, je tombe dans un trou. Il y avait en fait un escalier en béton. J’ai tapé avec la tête contre le mur. Mon invité, qui était urgentiste, est aussi tombé, mais il a réussi à me remonter. Il a dit à mon mari: «Le crâne est défoncé, la colonne vertébrale est touchée.» Et là, je me suis relevée dans un fou rire! Je n’avais rien du tout, même pas un bleu!

Croyez-vous en Dieu?

Oui. A chaque fois que je suis en tournée, je vais dans l’église de la ville où je suis pour mettre une bougie et prier.

Votre péché mignon?

Je reviens de Belgique et je me suis gavée de frites! J’ai pris 3 kilos, je le sens dans ma robe de scène taillée pour une guêpe.

Des objets culturels à emmener sur une île déserte?

J’ai pleins de films en retard comme le «Troisième homme», d’Orson Welles! Je prendrais aussi ceux de John Cassavetes et ma tablette. Et pour la musique, les Beatles, Leonard Cohen.

Combien gagnez-vous par an?

Demandez à mon mari. En France, je donne 70% aux impôts.

Voudriez-vous vivre ailleurs?

Comme je suis tous les soirs sur scène à Paris, je ne peux pas. Mais si c’était possible, cela serait dans le Nord. En Suisse, depuis 20 ans, je viens à Villars-sur-Ollon. Cela me calme.

Pensez-vous gagner assez par rapport au travail fourni?

Oui, je pense que cela suffit. Je ne vais pas me plaindre.

Qui sont vos vrais amis?

J’ai gardé tous mes amis d’enfance. Ma meilleure amie, je la connais depuis l’âge de 16 ans. Elle est à Londres.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

Rien! J’ai l’impression de ne pas en avoir.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Pas Charles Aznavour, car on va le laisser se reposer un peu. (Rires.) Allez, Robert De Niro, je l’aime bien. (Le Matin)

Créé: 24.10.2015, 09h00


Sondage

Profitez-vous pleinement du Black Friday?





Sondage

Parvenez-vous à épargner, chaque mois?




S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Contact

Service clients

Abonnement et renseignements
Nous contacter
lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
Adresse postale:
Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.