Mercredi 1 avril 2020 | Dernière mise à jour 07:16

Rencontre Gérald Métroz: «Ma mère m'a porté et supporté»

D'abord journaliste, puis agent de joueurs, le Valaisan est maintenant chanteur. Avant le vernissage de son premier EP dimanche à Martigny, il se livre à l'exercice de l'interview indiscrète.

En juillet 2017, Gérald Métroz a écrit 39 chansons. Il en interprétera 19 sur scène, dimanche au Théâtre Alambic à 17h30.

En juillet 2017, Gérald Métroz a écrit 39 chansons. Il en interprétera 19 sur scène, dimanche au Théâtre Alambic à 17h30. Image: T. Ebener

«On», Gérald Métroz.
Vernissage le dimanche 9 février à 17h30 au Théâtre de Alambic, à Martigny.
Infos: wwww.geraldmetroz.com

La recette du ragoût de cervelas «Bernadette»

Cervelas (compter 1,5 par personne)
Boîte de champignons de Paris émincés
Carottes
Échalotes
1cs concentré de tomates
Piment d’Espelette
Herbes aromatiques ou herbes de Provence
Sauce de rôti liée
Sel, poivre

Faire revenir dans de l'huile ou du beurre l'échalote, les carottes finement émincées et les cervelas coupés en petits morceaux

Mouiller au vin blanc et laisser réduire

Rajouter du liquide (bouillon ou fond de veau)

Ajouter champignons de Paris en boîte et concentré de tomates

Ajouter sauce de rôti liée

Assaisonner (sel, poivre, piment, herbes)

Laisser mijoter 20 à 30 min (le temps que les carottes cuisent)

Servir avec une purée de pommes-de-terre et une salade

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«Je suis un emprunteur de beauté.» C'est ainsi que se définit joliment Gérald Métroz, 57 ans. Il dit observer beaucoup pour tenter de reproduire la même chose après. Il faut sûrement bien ça pour vivre 1000 vies, après avoir eu les deux jambes sectionnées par un train à 2 ans et demi. Journaliste, puis agent de joueurs durant trente ans, le Valaisan a maintenant décidé de se lancer à fond dans la musique et de sortir un 5 titres qu'il vernira dimanche 9 février à 17h30 au Théâtre de l'Alambic à Martigny.

En juillet 2017, Gérald Métroz a écrit 39 chansons. Puis, en deux ans, il a pris le temps de monter son projet, faire un budget, contacter des compositeurs, réunir les musiciens, répéter et enregistrer un EP. «C'est un tremplin. Si ça marche, je fais la démarche pour d'autres concerts», annonce-t-il, insistant sur le fait que sa force est de croire en ses rêves.

Dans son disque intitulé «On», Gérald Métroz parle de la peur du temps qui passe, de son enfance et fait une ode aux mains de toutes les mamans, où l'on entend cette phrase qui fait frissonner: «Sans tes mains, j'ai peur du destin.» «Quand j'ai eu mon accident, le 16 décembre 1964, je n'ai pas perdu connaissance – je ne m'en souviens pas, c'est ma mère qui m'a expliqué. Dans l'ambulance, la seule chose que je lui disais, c'est: prends-moi la main parce que j'ai froid, détaille-t-il. Je l'ai fait écouter à ma mère, mais elle a assez peur de revenir sur cette histoire. Pudiquement, elle m'a dit: «Elle est jolie ta chanson».

Les mots de Gérald Métroz sont pénibles à entendre. Ils sont pourtant dits avec calme, avec douceur même. Dans le bistrot lausannois où nous avons rendez-vous pour son interview indiscrète, l'homme ne cachera rien. Ni de son accident, ni de son enfance quand sa mère le portait encore à 9, 10 ans, ni de sa peur, aujourd'hui, d'arrêter de vivre.

Gérald Métroz, décrivez-vous en quelques mots.

Je suis curieux, perfectionniste, chiant. Je suis souvent dans mes pensées, ma copine me le dit tout le temps. Je suis doux, empathique et curieux. Le 85% de ce que j'ai appris dans la vie, c'est en posant des questions. Je suis dans un resto, je mange quelque chose de bon, je demande à voir le cuisinier pour qu'il me montre comme il fait. Je suis un emprunteur de beauté.

Qui sont vos modèles?

Je lis beaucoup le statisticien Nassim Taleb, qui parle de probabilité et de responsabilité. Dans la musique, je suis fan de Renaud, Gérard Manset, Bernard Lavilliers. On me dit toujours que j'adore chanter des chansons tristes. Mais je ne suis pas quelqu'un de triste. Ma nostalgie je la range dans ma musique pour ne pas la porter en moi. Et ça marche assez bien.

Votre premier souvenir?

Quand j'étais à l'hôpital universitaire de Münster, en Allemagne, à 4 ans, pour mettre mes premières prothèses. Je me souviens du sol en lino gris sur lequel je marchais. J'y ai passé sept mois. Ma mère est venue après quatre mois: je ne l'ai pas reconnue et je ne parlais plus un mot de français. Ma famille, c'était les infirmières. Quand je suis rentré à la maison, j'ai mis deux mois à réapprendre le français. Mon père avait le dico dans les mains pour essayer de comprendre ce que je disais. Il ne savais pas si je voulais du cacao ou du thé, je pleurais tous les matins.

Étiez-vous un enfant sage?

Sage et studieux. J'ai toujours adoré lire. Avec les prothèses, il y avait beaucoup de choses que je ne pouvais pas faire. Par contre, nous étions la première famille de Sembrancher (VS) à avoir une télé – mon père l'avait achetée comme cadeau pour mon retour d'Allemagne. Alors tous mes copains venaient la regarder à la maison, et c'était cool pour moi.

Enfant, que vouliez-vous devenir?

Chef de gare, comme mon père. Je disais toujours que je voulais devenir employé de bureau. Après, c'était hockeyeur professionnel, puis journaliste – ce que je suis devenu.

Qu'est-ce qui vous fait peur?

J'ai peur de mourir. En fait, j'ai peur d'arrêter de vivre. Parce que j'ai une belle vie.

Croyez-vous en Dieu?

Je viens d'une famille catholique. Petit, j'allais à la messe. Aujourd'hui, je suis agnostique. Mais j'ai une très bonne amie médium. Quand je la vois, ça me donne espoir, je crois aux âmes qui perdurent dans un autre espace-temps.

En avez-vous voulu à Dieu après à votre accident?

Non, non. Je me suis toujours dit: la vie m'a construit ou déconstruit comme ça, comment je peux faire pour m'en sortir. Je me concentre sur les solutions. Ma mère disait à tout le monde que je ne me plaignais jamais.

Dans l'enfance, quel a été votre plus grand choc?

Quand, pour la première fois dans la cour de récréation, une camarade d'école m'a dit: «Toi, tu marches comme un éléphant!» Je pensais que je marchais bien avec mes prothèses. D'ailleurs, je pensais que les gens ne voyaient pas que j'avais des prothèses. Je suis rentré à la maison, et j'ai pleuré. Mon deuxième choc, c'est à l'école primaire quand la maîtresse est venue me dire que le lendemain j'avais congé car il y avait la journée de ski. J'ai ressenti l'exclusion pour la première fois.

Gérald Métroz en 2009, dans son bureau à Martigny (photo I. Favre / Le Matin)

Votre mère vous disait-elle «je t'aime»?

Non. C'est la pudeur des gens de la montagne. Par contre, j'ai toujours ressenti son amour et sa bienveillance. J'ai été beaucoup avec ma maman. Comme je ne pouvais pas marcher longtemps, elle m'a souvent porté. Quand on allait tous les trois mois changer mes prothèses à Bienne, elle me portait lors des changements de train en gare. Jusqu'à 9, 10 ans. A 16 ans, j'ai eu une dérogation pour avoir déjà le permis de conduire. Je suis devenu autonome, je pouvais aller partout avec ma voiture.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

En écrivant pour «Le Nouvelliste». Je suis devenu pigiste à 16 ans. Je faisais des articles sur le FC Martigny-Sports. Présentation du match: 40 fr. Résumé du match: 70 fr.

L'amour pour la première fois, c'était quand et avec qui?

À 19 ans – c'est tard, hein? Avec une amie beaucoup plus âgée que moi.

Le bonheur pour vous, c'est quoi?

La santé. Physique et mentale. Tout le reste est optionnel. J'ai eu un cancer en 2011, donc j'ai mesuré la valeur de ce que c'est de se lever le matin et de se toucher partout pour contrôler si ça va.

Avez-vous payé pour l'amour?

Non.

À quelle personnalité aimeriez-vous offrir un verre?

À Pascal Bruckner. J'ai lu tous ses bouquins et je suis impressionné par son intelligence et la qualité de son écriture. Je rêverais de passer une heure avec lui.

Que prendriez-vous sur une île déserte?

Un livre, ma copine et l'abonnement à Netflix.

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

En répétant pour le concert de dimanche. J'ai réalisé que je chantais «Chacun son tour», qui est une chanson sur mon enfance.

Votre péché mignon?

La gourmandise. J'adore la saucisse à rôtir. Mais ce que j'aime le mieux cuisiner, c'est le ragoût aux cervelas et champignons de Paris. C'est une recette de ma mère, ça met tous mes copains à plein ventre (la recette maison est en encadré).

Combien gagnez-vous par an?

Actuellement zéro. Je n'ai plus de boulot depuis que j'ai quitté mon métier d'agent de joueurs le 30 avril 2019. J'aimerais continuer à faire de la musique, faire vivre mon livre «La vie d'en bas» dans les écoles et faire des conférences dans les entreprises.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Alain Laeri, qui est l'un des compositeurs principaux de mes chansons.

Laurent Flückiger

Créé: 07.02.2020, 11h52

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