Samedi 17 août 2019 | Dernière mise à jour 17:02

Interview Ingrid Chauvin: «Je sais que mon combat a un sens»

L'actrice de «Demain nous appartient» était l'invitée du Festival de Télévision de Monte-Carlo, ce week-end. Alors que sa série est un succès, elle nous a parlé de son parcours impossible pour adopter un enfant.

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Femme de loi à l'écran et femme des sagas de l'été («Dolmen», «Suspectes»), Ingrid Chauvin donne rendez-vous tous les jours aux téléspectateurs depuis 2017 dans «Demain nous appartient» sur TF1 et RTS Un. L'actrice était présente ce week-end au Festival de la Télévision de Monte-Carlo pour en parler. Nous avons évoqué avec elle le succès de sa série, des conditions de tournage et de ses débuts dans les sitcoms d'AB Productions. Avec beaucoup d'émotion, Ingrid Chauvin nous a aussi décrit son combat pour adopter un enfant.

«Demain nous appartient» est un véritable carton. Vous vous attendiez à un tel succès?

On l'espérait. Pour autant, on ne s'attendait pas à un si grand succès et aussi rapidement. C'est difficile de l'expliquer. Ce sont des familles et des personnages très différents et chacun peut s'y identifier. On évoque aussi des sujets qui parlent aux gens, qui permettent de délier les langues, de régler certains problèmes. On sublime la réalité ou parfois on l'abime encore plus. Il y a un côté thriller très apprécié. Enfin, il y a la région de Sète. Je pense que regarder des beaux paysages depuis son canapé fait du bien.

Qu’est-ce qui vous a séduite dans «Demain nous appartient» pour vous engager dans cette aventure?

L'écriture. Je me souviens, j'étais en tournée de théâtre avec Francis Huster quand j'ai lu les dix premiers épisodes et je n'avais qu'une envie: connaître la suite. J'ai aussi été directement en empathie avec mon personnage, Chloé Delcourt.

Qu'y a-t-il de vous dans ce personnage?

Je me reconnais dans sa fragilité et dans sa force. C'est une mère qui veut tout faire pour que sa famille tienne debout malgré toutes les épreuves. Elle se bat pour son couple aussi malgré les erreurs, les tromperies.

Et qu’est-ce qui, chez Chloé, est votre parfait opposé?

Elle se met en colère. Au début, j'ai eu beaucoup de peine à tourner les scènes où je dois me mettre à gueuler. Je n'aime pas les crises, je n'aime pas le conflit. Mais jouer Chloé m'a en quelque sorte aidée. Souvent, quand je rentre le soir à la maison, je dis à mon mari: Cet après-midi, je me suis engueulé. Ça fait du bien, c'est génial! (Rires.)

Récemment, «Demain nous appartient» a été diffusée pour la première fois en prime-time sur TF1 avec un épisode en deux parties. Qu’avez-vous pensé de cette idée?

C'est chouette. C'était un cadeau au public. Mais aussi à nous car on a travaillé différemment. On a eu plus de temps, plus de moyens avec trois-quatre caméras, des drones, un hélicoptère, on a bouclé une histoire et on n'a plus l'habitude de ça. Le succès était là, on est super heureux.

C’est votre mari, Thierry Peythieu, qui a réalisé cet épisode. Il était content du résultat?

Oui! Il a transpiré mais il a réussi à tous nous embarquer dans cette énergie positive qu'il a, alors que les conditions étaient difficiles avec une météo capricieuse et des décors difficiles d'accès. Du coup, la satisfaction de réussir est encore plus forte.

Comment se déroule le tournage de «Demain nous appartient» au quotidien?

Je me lève vers 6h, ensuite quelqu'un vient me chercher pour m'amener sur le plateau et je me fais maquiller, coiffer, habiller. Pendant ce temps de préparation un répétiteur vient me faire répéter les différentes séquences. Il y a aussi un coach qui est là pour nous remettre sur les rails car parfois on peut mélanger jusqu'à 30 épisodes en une journée. Le tournage est sur cinq jours par semaine toute l'année. Nous avons une seule semaine de coupure à Noël, même si on peut prendre chacun de toutes petites vacances. C'est beaucoup de travail mais aussi beaucoup de plaisir.

C'est une série à suspense. Quand et comment recevez-vous les scénarios?

Tous les dix jours on reçoit cinq scénarios. Par mail, tout simplement. Ne venez pas pirater nos mails! (Rires.) On a un tout petit peu d'avance sur les téléspectateurs mais on découvre au fur et à mesure ce qui va se passer. Quand on développe un arc très important sur un personnage ou une famille, il nous arrive de faire une réunion avec nos producteurs pour en parler. On a la chance de pouvoir être en accord avec ce que l'on joue.

Est-ce que vous racontez à vos proches ce qu’il va se passer?

Non. Je suis une barre de fer, je ne dis rien. (Rires.)

Vous avez débuté dans les sitcoms d’AB Productions. Que retenez-vous de cette époque?

C'était mes premiers pas à ma sortie d'école de théâtre. J'ai appris à travailler de façon très spontanée, très vite, je recevais les textes la veille. C'était un bon exercice.

Le 10 juin, TF1 a diffusé un documentaire sur votre parcours à travers le système compliqué de l’adoption. Où en êtes-vous aujourd’hui dans le processus?

Il n'y a pas d'évolution. Comme le gens l'ont appris dans le documentaire, avec mon mari, nous avons un agrément qui a une durée de validité de cinq ans et celle-ci se termine en novembre prochain. À travers ce documentaire, c'était important de parler de cette problématique et surtout d'évoquer les enfants délaissés en France. Ils vont malheureusement rester jusqu'à 18 ans chez des familles d'accueil alors qu'on sait pertinemment que la plupart ne retrouveront jamais leurs parents.

Vous avez reçu beaucoup de messages après la diffusion du documentaire?

Oui. Des professionnels me remercient parce qu'enfin j'ose parler de certaines choses. Ce sont les premiers à vouloir faire changer les règles, les critères ou les lois pour espérer donner une vie meilleure à ces enfants qui sont au nombre de 200 000 en France. Ce qui m'a le plus touchée, ce sont les messages de jeunes qui ont été adoptés et qui me disent la chance inouïe qu'ils ont eue. Je sais que ce combat n'existe pas pour rien. Quand on est délaissé, avoir un papa et une maman dès son plus jeune âge, c'est primordial, le traumatisme sera moins important.

Aimeriez-vous vous impliquer politiquement dans ce combat?

Ce n'est pas mon rôle. J'ai une implication humaine, en tant que femme, en tant que maman, en tant que citoyenne. J'ai passé une journée entière dans une pouponnière avec ces enfants délaissés et ça m'a bouleversée. Je n'ai pas envie de dénoncer, j'aimerais juste qu'il y ait une prise de conscience (Très émue.) Parce que dans le regard des ces enfants il y a une douleur qui est extrêmement dure à vivre et je me dis qu'on peut changer ça. Et on doit changer ça.

Créé: 17.06.2019, 10h36

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