Mardi 23 avril 2019 | Dernière mise à jour 00:25

Ashley Judd «Je suis une survivante»

Violée durant son adolescence, l’actrice a décidé de mettre son expérience douloureuse au service d’autres victimes d’abus.

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A 46 ans, Ashley Judd ne veut plus se taire. Abusée dans sa jeunesse, elle veut, grâce à son témoignage, venir en aide à d’autres victimes: «Mon but est que les femmes qui ont été violées passent du rôle de victimes à celui de survivantes, comme moi», confie l’actrice, actuellement à l’affiche du blockbuster «Divergente 2».

Vous avez souffert d’abus sexuels. Est-ce encore difficile de parler de votre histoire?

Je refuse encore d’entrer dans les détails, mais je suis la preuve que ce genre de violence sur les femmes peut arriver partout, et pas que dans des familles défavorisées (ndlr: la mère et la sœur d’Ashley, Naomi et Wynonna Judd, étaient des stars de la country). J’ai subi des violences dès l’enfance car l’un de mes parents était sous l’emprise de substances. J’ai été négligée et livrée à moi-même. J’ai vécu deux ans quasi sans parents… Certes dans une belle maison, mais sans père ni mère. On déménageait sans arrêt, et je n’avais aucun contact avec un service d’aide à l’enfance. J’étais isolée, sous l’emprise d’un agresseur. J’ai souvent pensé à m’enfuir, et j’aurais pu finir à la rue à vendre mon corps comme trop de jeunes le font; 80% des jeunes qui sont victimes du trafic sexuel aux États-Unis ont été en contact avec des services d’aide sociaux sans que ceux-ci ne puissent les aider.

Comment avez-vous surmonté ce traumatisme?

J’ai rencontré des anges qui m’ont aidée à garder la tête hors de l’eau. Vers 14 ans, c’est un voisin, qui était aux Alcooliques Anonymes, qui m’a soutenue. Ensuite, des professeurs extraordinaires à l’université. Et je passais aussi chaque été chez mes grands-parents. Ils m’ont donné beaucoup d’amour et me nourrissaient au sens propre comme au figuré en m’aidant mentalement. Ma grand-mère n’a pas vraiment laissé le choix à ma mère et m’a prise chez elle vers 16 ans. Puis, en 2006, c’est une femme du centre Shapes of Hope, Tennie McCarty, qui a su déceler la douleur enfouie en moi et m’aider à la surmonter.

Avec Jennifer Garner, Eva Longoria et Mia Farrow, vous avez participé au tournage d’un documentaire sur les brutalités faites aux femmes. Était-ce important pour vous?

Et comment! «A Path Appears» est une enquête sur les violences, souvent cachées ou considérées comme normales, dont les filles et les femmes sont victimes. Je veux briser le mur du silence en aidant ces femmes à ne plus avoir honte. Si l’on arrive à convaincre les victimes qu’elles doivent parler et qu’elles peuvent s’exprimer sans crainte, cela changera les mentalités. Il existe encore des pays où une femme violée n’est pas considérée comme une victime. C’est elle qui est condamnée par la justice. J’aurais pu aller en Afrique ou en Asie pour montrer cela, mais j’ai préféré participer à l’enquête à Nashville, ma ville. Ces horreurs se passent aussi bien en Amérique qu’en Europe. Ne croyons pas que cela soit réservé aux pays pauvres.

Vous qualifiez de «voyage psychologique» votre manière d’aider ces femmes meurtries, pourquoi?

On effectue un voyage dans sa tête pour passer de la position de victime à celle de survivante. D’autres femmes violentées m’avaient appris à ne plus avoir honte de moi. Quand l’agresseur se jette sur sa proie, il n’a aucune honte et veut exploiter sa victime. On avait voulu me faire croire que survivre à cela était quelque chose de normal, que je devais faire comme si de rien n’était. Heureusement qu’on m’a aidée à changer l’opinion que j’avais de moi. J’étais une adolescente déprimée. Je ne suis plus une victime aujourd’hui, mais une survivante. Je veux transmettre ce message d’espoir. Je n’ai plus honte de moi.

Est-ce que le cinéma a été un moyen d’oublier votre passé?

Oui et non. On n’oublie jamais. Mais il m’a permis, très jeune, d’incarner d’autres femmes, m’empêchant durant quelques mois de songer à mes problèmes.

Avez-vous toujours souhaité être comédienne?

Oui, je n’ai jamais perdu mon objectif de vue même dans les moments difficiles. Oliver Stone m’avait engagée pour un petit rôle dans «Tueurs-nés», mais toutes mes apparitions ont été coupées au montage. Cela ne m’a pas découragée: quelques mois plus tard, je tournais avec Al Pacino et Robert De Niro dans «Heat».

Vous incarnez la mère de l’héroïne Trish dans la saga «Divergente». Quelle a été votre approche du rôle?

Pour moi, être parent n’a rien à voir avec les liens du sang. On peut être parent d’enfants sans avoir de gènes en commun. J’ai une grande famille, que je me suis choisie au fil des années, avec les enfants des membres de mon entourage, âgés de 6 mois à 18 ans, que je vois régulièrement. La mère dans la saga «Divergente» a ce même désir d’aider les plus jeunes et ceux de son groupe.

Dans un sens, votre rôle dans «Divergente 2» vous ressemble plus que tous vos rôles précédents, non?

Ce n’est pas faux. Cette mère Courage me ressemble beaucoup. Et j’ai adoré voir son évolution au fil de l’histoire car elle n’est guère présente dans les premiers films mais son rôle est capital avant le dénouement final. Veronica Roth, l’auteure de la saga, a dédié son ultime livre à sa maman… Ce qui montre l’importance de la mère de Trish dans les prochains films.

Souhaitez-vous devenir mère un jour?

Avant qu’il ne soit trop tard? Je n’annoncerai jamais cela dans la presse. J’espère fonder une famille en secret et tenir des mois avant que le public n’en soit informé.

Vous avez souvent refusé de grands films, comme «Catwoman» en 2004, alors qu’on vous offrait la somme record de 10 millions de dollars. Pourquoi?

Je n’ai jamais choisi un rôle pour l’argent que cela me procure. Je suis comédienne par passion, pas par choix financier. J’ai la chance de bien gagner ma vie, et je ne cours pas après les millions. Ma vie est bien différente de la plupart des célébrités. Je n’habite pas à Beverly Hills, mais dans une ferme du Tennessee avec des chats et des chiens. Je n’enchaîne pas cinq films par an pour augmenter mon compte en banque. Je recherche avant tout la stabilité: je fais du yoga tous les jours. Le cinéma vient bien après ma vie privée.

Après les épreuves de votre jeunesse, on comprend aussi pourquoi vous préservez tant votre vie privée…

Je suis née dans une famille d’artistes. Avec ma mère, Naomi, et ma grande sœur, Wynonna, stars de la country, j’ai appris très jeune à ne jamais laisser ma carrière prendre le pas sur ma vie intime. C’est maman qui m’a donné le meilleur conseil que j’aie reçu: «La vie est plus importante que le showbiz.» Je mets cela en pratique chaque jour. (Le Matin)

Créé: 31.03.2015, 06h45

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