Dimanche 17 décembre 2017 | Dernière mise à jour 18:35

Interview indiscrète Lara Fabian: «Je préfère me planter que ne rien faire»

La chanteuse a confié n’avoir «aucun regret, mais que des remords». Rencontre avec une artiste qui n’a pas peur de se tromper.

Laura Juliano

À écouter

Aujourd’hui sort le 13e album de Lara Fabian intitulé «Camouflage». Un opus en anglais, aux sonorités électro-pop, que la nouvelle juge de «The Voice» Québec interprétera lors d’une tournée internationale dès 2018.

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Quand on pense à Lara Fabian, on l’imagine chanter à pleins poumons «Je t’aime». Un tube qui lui colle à la peau, comme les années 90. Mais au fil des années, elle a su s’adapter en changeant, parfois, complètement de registre. Rencontrée à Zurich pour la promotion de son album en anglais «Camouflage», la chanteuse de 47 ans a misé la carte du naturel. Décontractée, très souriante, elle a répondu à toutes nos questions avec franchise.

Lara Fabian, qui êtes-vous?

Je dirais une artiste. Une femme auteur-compositeur, maman de Lou et épouse de Gabriel.

Votre tout premier souvenir?

C’est un sapin de Noël. Il existe encore d’ailleurs. C’est le moment où maman met toutes les lumières lors de la Saint-Nicolas, en Belgique. Et je me souviens de l’instant où elle les allume. C’était quelque chose de vraiment très vibrant, très fort. Je devais avoir pas loin de 3 ans.

Étiez-vous un enfant sage?

Oui, assez. Mais je parlais beaucoup et, surtout, je posais trop de questions. C’est le cas encore aujourd’hui, même si peut-être j’apprécie plus les plages de silence. Mais j’aime bien être en relation.

Enfant, de quoi aviez-vous peur?

Je n’aimais pas que maman ferme la porte de la chambre complètement. Il a fallu quelques années avant de dépasser cette étape. Je n’avais peut-être pas envie d’être seule…

Dans l'enfance, quel fut votre plus grand choc?

À 8 ans, lorsque j’ai entendu Barbra Streisand chanter en live «Evergreen». Vous savez, quand vous avez l’impression de connecter à la voix de quelqu’un, qu’elle vous touche au plus profond sans comprendre un mot du texte. J’avais la sensation d’être rejointe.

C'est à ce moment-là qu'il y eu un déclic pour la chanson?

Non, c’était à mes 5 ans. Cela s’est passé très naturellement. J’étais dans la voiture et j’ai dit à mon papa: «Tu sais, je suis chanteuse.» Et j’ai commencé à entonner les vocalises d’Ève Brenner qui passait à la radio. Il était très surpris. (Elle sourit.)

Votre mère vous disait-elle «Je t'aime»?

Oui, bien sûr. Et je le dis aussi à ma fille.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

J’avais 14 ans et je voulais m’acheter un chandail. Mon papa m’a dit: «Tu sais quoi? On va aller le gagner.» Il a pris sa guitare et nous sommes allés faire du chapeau dans les rues et les restaurants de Bruxelles… Il voulait m’enseigner la valeur de l’argent. Le moment le plus incroyable a été à la galerie de la Reine. Il y avait un autre gamin qui faisait la même chose. On s’est mis à chanter avec lui. Une fois que papa a vu qu’il y avait la somme exacte, on a arrêté et on est parti.

L'amour pour la première fois. C'était quand et avec qui?

Je n’ai jamais répondu à cette question… Joker? (Elle rit, un peu gênée.)

Votre plus belle qualité?

La générosité, probablement.

Votre plus grand regret?

Je n’en ai pas, je n’ai que des remords. (Rires.) Je veux dire que je ne suis pas une fille qui regrette, je déteste ça. Vous savez pourquoi? Cela signifie que ce que vous vouliez faire, vous ne l’avez pas réalisé. Je préfère faire quelque chose, me planter et me dire: «Je n’aurais pas dû». Au lieu de: «Et si?»

Est-ce qu'il y a un remord auquel vous pensez en particulier?

Oui bien sûr, mais il est plutôt profond, il n’est pas forcément partageable. Il ne regarde vraiment personne et cela fait partie de l’évolution de l’être humain… Il y en a un autre qui était un achat impulsif. Mais qu’est-ce que je l’ai regretté! J’étais blonde ce jour-là. C’était un sac à main, rien de très important, qui pour moi représentait un certain budget. Et il fallait que j’aie ce truc… Au final, je ne l’ai même pas gardé.

Avez-vous déjà volé?

J’étais môme, mais je ne savais pas que c’était mal. J’avais 11 ans. J’avais perdu un bracelet que ma mère m’avait offert et quand je l’ai revu, je me suis dit (elle prend une voix d’enfant): «Oh mon bracelet!» Je l’ai pris et je me suis fait choper. Maman s’est mise dans un état… Heureusement, la fille a été compréhensive. Cette sensation d’humiliation... J’ai été vaccinée.

Avez-vous déjà tué?

Non. Jamais… Enfin, un moustique qui m’énerve? Là, oui je lui fais sa fête. (Rires.)

Avez-vous déjà menti à la personne qui partage votre vie?

Pas cette fois. Mais j’ai déjà vraiment menti auparavant. Le problème c’est qu’il faut avoir une très bonne mémoire pour être une excellente menteuse. Mais cela ne sert à rien. J’ai appris au travers de mes expériences et aujourd’hui, je suis quelqu’un de très sincère.

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Encore et toujours avec mon mec, c’est la personne avec qui j’ai le plus de plaisir. (ndlr: Ils sont ensemble depuis 5 ans et se sont mariés en 2013.)

Pour qui était votre dernier baiser?

Avant de partir de la maison, ma petite fille de 9 ans. J’ai un petit soleil, très drôle et très clown. Un peu garçon manqué, comme je l’étais aussi. C’est ma joie absolue.

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

En écoutant une histoire sur les séquoias. Je pensais que ces arbres avaient des racines énormes vu leur grandeur. Mais vous savez pourquoi ils se trouvent toujours proches l’un de l’autre? Car ils se soutiennent. Ce ne sont pas les racines qui les tiennent debout, mais la proximité avec les autres qui les gardent sur pieds. Je ne sais pas pourquoi, cela m’a profondément ému. J’ai peut-être fait une analogie avec les humains.

De quoi souffrez-vous?

D’impatience. Parfois, j’aimerais savoir tout, tout de suite. Voir ou faire tout, tout de suite.

Avez-vous déjà frôlé la mort?

Oui, en 2001, j’étais dans un vol de Milan à Hambourg. Toute mon équipe était dans l’avion et on revenait d’un transatlantique. Il y a eu un orage et l’appareil a été touché par la foudre. Le capitaine a tout éteint. Il a fait distribuer des bouteilles d’alcool et l’hôtesse nous a dit: «Je nous souhaite bonne chance.»

Croyez-vous en Dieu?

J’ai du mal à mettre un mot sur cette présence. Je ne sais pas si c’est Dieu, Hashem, Allah, Ganesha… Mais je sais qu’il y a quelque chose qui est infiniment plus grand.

Votre péché mignon?

En ce moment, un fraisier de mon amie japonaise.

Pensez-vous gagner assez par rapport au travail fourni?

Dans la musique cela n’arrive pas souvent. En tant que producteur, auteur, compositeur, quelqu’un qui est vraiment l’artisan de tout ce qu’il fait, ce n’est pas forcément le cas. Si j’avais voulu être riche, j’aurais choisi un autre métier.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

Rien. C’est une perte d’énergie.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Amélie Nothomb. (Le Matin)

Créé: 06.10.2017, 12h42


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