Samedi 15 décembre 2018 | Dernière mise à jour 00:05

Souvenir Quand «Le Matin» rencontrait Pierre Bellemare

Fin 2011, l'animateur disparu samedi répondait à notre fameuse interview indiscrète. Séquence nostalgie.

Pierre Belmare s'est éteint à l'âge de 88 ans.

Pierre Belmare s'est éteint à l'âge de 88 ans. Image: Eric Fougere/VIP Images/Corbis via Getty Images

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Le grand homme de radio et de télévision s’est éteint samedi à 88 ans, a-t-on appris ce dimanche. En décembre 2011, à l’occasion de la sortie de ses mémoires - «Le bonheur est pour demain» -, il répondait à notre interview indiscrète. Nous la republions aujourd’hui pour lui rendre hommage.

Pierre Bellemare, qui êtes-vous?

Un Français moyen. (Rires.) Né d’un papa normand et d’une maman beaujolaise.

Quel est votre tout premier souvenir?

C’est celui de mon père arrivant par le premier métro pour nous dire que notre petite soeur est morte. Je vais en faire des cauchemars, poursuivi par un monstre sur des glaces. Et je fuis littéralement.

Etiez-vous un enfant sage?

Oui. Mais j’ai négligé mes études au profit du scoutisme. C’était interdit par les Allemands pendant la guerre. On s’appelait les compagnons de saint Dominique. Je n’ai jamais voulu être totémisé. Je déteste toute forme de bizutage.

Enfant, de quoi aviez-vous peur?

J’ai eu peur la nuit, lorsqu’en forêt nous dormions dans de petites tentes cercueils pour une personne.

Dans l’enfance, quel fut votre plus grand choc?

Outre le décès de ma soeur, c’était l’exode que j’ai vu passer dans notre petit village et l’arrivée des Allemands. C’était très angoissant.

Votre mère vous disait-elle «je t’aime»?

Ma mère, très malade, m’aimait, mais souffrait atrocement. Elle avait la sclérose en plaques. A 7 ans, je lui faisais des piqûres de morphine. Je l’ai perdue à 17 ans.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

Comme employé d’une petite société qui s’appelait Radio Service. Je gagnais 1350 francs français de l’époque.

Que vouliez-vous devenir?

Ingénieur des ponts et chaussées. Mais j’étais nul en mathématiques.

L’amour pour la première fois. C’était quand et avec qui?

Avec celle qui allait devenir ma première femme. (Il rit.)Et avec la complicité de mon père – il ne tenait pas la chandelle! – qui se rendait bien compte de ce qui allait se passer. Pas précoce, car j’avais 20 ans. J’ai hésité entre la vie civile et religieuse.

Votre vrai bonheur?

De ne pas sentir mon corps. Comme mon père, j’ai passé ma vie à être embêtés par des douleurs, musculaires autrefois, aujourd’hui c’est l’arthrose.

La plus belle de vos qualités?

J’ai toujours été curieux des Hommes. Et des femmes, bien entendu.

Votre plus grand regret?

De ne pas être acteur. J’ai remplacé Robert Hossein dans «OSS 117 - Rio ne répond plus».

Avez-vous déjà tué?

Non. Je suis allé, une fois, invité par un client, à la chasse en Sologne. J’ai horreur de ça. On me disait: «Tirez là!» Ce sont en fait deux chasseurs qui tuaient le gibier à ma place.

Si vous aviez le permis de tuer quelqu’un, qui serait-ce?

Personne. Pas même les gens qui pourrissent totalement notre métier en faisant la télé-réalité. (Rires.)

Avez-vous payé pour l’amour?

(Silence.) Suis-je allé dans un bordel? Une fois en Allemagne pendant mon service militaire. J’étais sidéré de voir des gars monter avec une serviette éponge sous le bras, c’était d’une vulgarité. (Rires.) Je ne me faisais pas de l’amour une image de ce genre. Si bien que je suis resté en bas.

Avez-vous déjà menti à celle qui partage votre vie?

Sûrement. J’ai minimisé mes problèmes physiques. Ou alors, je cachais le fait que je n’étais pas sûr de pouvoir payer mes fins de mois.

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Françoise Fabian. Excellente actrice et très jolie dame. Je l’ai connue épouse de Jacques Becker. Elle avait 22 ans, une femme sublime.

Qui trouvez-vous sexy?

Ava Gardner. Le mythe absolu!

Pour qui était votre dernier baiser?

(Interloqué.) Je ne suis pas mort! (Rires.) Ma fille aînée hier soir.

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

Régulièrement au soir du Vendredi-Saint je dis «La passion» de Charles Péguy. A la fin les gens viennent me voir et je suis souvent en larmes, incapable de leur répondre.

De quoi souffrez-vous?

J’ai fait un AVC (accident vasculaire cérébral). C’est très chic, à la mode. (Rires.) Je vois parfaitement devant, à droite, mais pas à gauche. Je rentre dans les meubles. Dans la vie ça ne me gêne pas,mais je ne peux plus conduire. Ça m’a rendu totalement dépendant depuis trois mois.

Avez-vous frôlé la mort?

A Quiberon, j’étais avec Jacques Antoine (ndlr: créateur de 150 jeux TV) et nous escaladions une falaise. Je monte et à une dizaine de mètres, et j’ai le vertige total. Jacques va venir à ma hauteur et me faire redescendre. Sinon je me tuais.

Croyez-vous en Dieu?

Non. J’ai cru en Dieu. Je suis convaincu que l’univers, infini, n’est pas dû totalement au hasard.

Votre péché mignon?

Les réglisses Zan. On me les a interdits. Cela fait monter la tension.

Trois objets culturels que vous emmenez sur une île?

Le film «Miracle à Milan» de Vittorio De Sica, un recueil de nouvelles de Maupassant et «Daphnis et Chloé» de Maurice Ravel.

Combien gagnez-vous par an?

Cela dépend des droits d’auteur. Je vis à l’abri du besoin avec une très bonne retraite. J’ai cotisé depuis l’âge de 17 ans et demi. Et, ensuite, toujours au plus haut en tant que patron, comme tous mes collaborateurs, tous retraités aujourd’hui.

Pensez-vous que vous gagnez assez par rapport au travail que vous fournissez?

Si nous étions dans un monde normal, je dirais oui. Mais, lorsque je vois que des sociétés de télé-réalité qui n’ont fait que de la merde et de la pourriture gagnent 250 millions d’euros: je trouve ça révoltant!

Qui sont vos vrais amis?

Ma famille et deux amis: un ingénieur et un comédien fantaisiste.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

Lorsqu’on fait des choses méprisables, on mérite qu’il vous arrive des choses méprisables.

Ronflez-vous la nuit?

Sûrement! Mais je n’en ai pas le reproche fréquent. Ma femme et moi avons un sommeil puissant. Elle ronfle aussi, je l’ai constaté. (Rires.)

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Françoise Fabian. (Rires.) Avec certaines femmes, il y a une sorte de phénomène de séduction totale.Elle est restée aussi séduisante… (Le Matin)

Créé: 27.05.2018, 13h16

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