Mercredi 19 décembre 2018 | Dernière mise à jour 06:30

Interview indiscrète Ramzy Bédia: «J'ai fait un long coma à Genève»

Acteur dans «Les seigneurs», il a failli mourir en Suisse en 2005. Rencontre.

Ramzy Bédia se livre sans détour dans cette interview indiscrète.

Ramzy Bédia se livre sans détour dans cette interview indiscrète. Image: RUOPPOLO Guillaume/LA PROVENCE/MAXPPP

ÉNORME!

«Les seigneurs» d’Olivier Dahan est la bonne surprise de la rentrée. Une comédie servie par un casting énorme: Omar Sy, Franck Dubosc, José Garcia, Joey Starr, Gad Elmaleh et Ramzy Bédia. Six anciennes gloires du foot recrutées pour sauver un club et une conserverie de sardines en Bretagne! On y retrouve avec joie le grand Jean-Pierre Marielle.
A voir dès mercredi.

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Moitié du duo comique Eric & Ramzy, on ne sait pas qui est vraiment Ramzy Bédia. De passage à Lausanne pour la sortie de la comédie «Les seigneurs» (dans les salles romandes mercredi prochain), il s’est prêté avec franchise à nos questions et révèle, pour la première fois, qu’il a failli mourir à Genève.

- Ramzy Bédia, qui êtes-vous?

Je suis la moitié d’un mec qui cherche la blague de Jésus. Avec Eric, lorsque l’on voit «La Cène», peinte par de Vinci, on se dit: «Y a pas que le moment où Judas s’est fait griller, il y a aussi un moment où ils ont dû passer une bonne soirée.» Je suis sûr que Jésus avait deux ou trois blagues. Pour que les gens le kiffent autant, il devait avoir de l’humour. Depuis, on cherche la blague ultime: la blague de Jésus!

- Votre tout premier souvenir?

On rêvait, mon frère et moi, de recevoir un circuit de voitures à Noël. Ma mère l’avait commandé à La Redoute. Un jour, alors que nous étions enfermés à la maison – mes parents étaient sortis –, le livreur a frappé à la porte. On regardait par le trou, il avait le circuit dans les mains et on ne pouvait pas lui ouvrir. Il n’est jamais revenu. On ne l’a plus jamais revu, ni lui ni le cadeau.

- Etiez-vous un enfant sage?

Non. Turbulent, pas concentré.

- De quoi aviez-vous peur?

Je rêvais souvent que j’avais des poissons dans le pyjama. Je devais avoir 6 ans. Je me voyais dans le salon et je disais à mes parents: «J’ai des poissons dans mon pyjama!» Ils éclataient de rire. C’était horrible.

- Votre plus grand choc?

L’été, on quittait Gennevilliers, en banlieue parisienne, pour aller en Algérie, où il n’y avait rien à faire. Toute l’année, avec mon frangin, nous économisions pour acheter des bonbons que nous mettions dans une boîte à chaussures. Notre but était d’arriver là-bas avec notre boîte. Un jour, une fois arrivés à la frontière, le douanier s’est mis à fouiller la voiture. Il y avait la boîte, et nous, on n’y a pas touché de toute l’année: à 8 ans, c’est balaise! Il voit la boîte et il la confisque. Mon père dit «chut!» et me fait les gros yeux. Quel choc pour moi. Aujourd’hui encore, j’ai une boîte que je remplis à la maison. C’est un vrai traumatisme.

- Votre mère vous disait-elle «je t’aime»?

Non. Mais elle nous aimait. Je le lui disais, mais tout seul, dans mon lit.

- Comment avez-vous gagné votre premier argent?

J’ai travaillé au marché vers 13 ans. Ma sœur est mariée avec un maraîcher alors je vendais des fruits et légumes. Je me levais à 4 h du mat et on allait à Rungis. Mon beau-frère nous donnait 70 francs, soit 10 euros d’aujourd’hui. C’était beaucoup.

- Que vouliez-vous devenir?

( Rires.) On se croirait chez le psy! Je voulais être Cliff Barnes de «Dallas». C’était le frère de la femme de Bobby. Il avait de l’humour et la cote avec les meufs. C’est le seul qui boxait JR et qui le battait. Il était mieux que les autres, même s’il était «à côté», c’est-à-dire hors du clan. Et moi qui ai grandi à côté, c’est derrière le périphérique, je voulais devenir ce type.

- L’amour pour la première fois. C’était quand et avec qui?

Elle s’appelait Sandrine, on la surnommait «l’homme»! A l’école privée, que mon père me payait en travaillant alors qu’il était à la retraite, j’étais le seul Arabe au milieu de petits Français. La seule fille que j’ai pu embrasser, c’était elle. Elle avait des poils et, à nos yeux, elle était masculine, mais elle avait osé embrasser l’Arabe devant tout le monde. Elle est venue me voir à l’Olympia, des années après. Mariée, 3 enfants. Et elle ne ressemblait pas à un homme.

- C’est quoi le vrai bonheur?

Des petits moments. Dans les années 1960, on croyait à un bonheur entier. Le bloc de foie gras compact. Aujourd’hui, on va se contenter du foie gras reconstitué. Alors, je cours après les morceaux…

- Votre plus grand regret?

Ne pas avoir été boxeur! J’admirais Marvin Hagler, Tyson. J’ai un respect pour tout boxeur. Moi, je n’ai pas su. Lorsque je voyais le regard des mecs en face, je me disais qu’on ne montait pas sur le ring pour les mêmes raisons. A la maison, j’ai affiché Muhammad Ali en immense.

- Avez-vous déjà volé?

Oui, grand cleptomane! On allait chez Carrefour. Quand je me faisais choper, je pleurais en disant que je m’appelais Rachid Mankouch. Il habitait près de chez nous et je ne l’aimais pas.

- Avez-vous déjà tué?

Un chaton. En jouant à la balle dans le salon, je suis tombé dessus à genou, sans faire exprès. J’ai entendu un bruit que je n’oublierai jamais.

- Si vous aviez le permis de tuer quelqu’un, qui serait-ce?

Le mec qui a pris la décision lorsqu’il a fallu construire les cités, les grands ensembles en béton, à l’écart de la vie sociale. C’était parquer les pauvres dans des ghettos.

- Avez-vous payé pour l’amour?

Derrière le périph, bien entendu.

- Avez-vous déjà menti à la personne qui partage votre vie?

Oui. C’est pour cela que je suis célibataire aujourd’hui.

- Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Avec Céline, l’écrivain. L’école républicaine m’a dégoûté de la lecture. «Madame Bovary» à 13 ans, ça fait mal. J’ai donc loupé le coche. Plus tard, en amateur de rap, je suis tombé sur Céline. Ce sont les rythmes qui m’ont attiré, les flows. Dans «Voyage au bout de la nuit», le personnage habite à Asnières, il traverse, va jusqu’à la place Clichy, c’est exactement mon trajet de la banlieue à Paris. Et je me suis dit: «C’est ça aussi, les livres?» C’est tellement fou, son écriture. Malgré ses idées de merde antisémites.

- Qui trouvez-vous sexy?

La fille très simple et gentille, presque nonne, mais sans volonté de la corrompre. Ça me touche. Ou alors la crasseuse avec des lèvres énormes et des faux seins. La grosse chiennasse de p…! Entre les deux, c’est normal, mais pas sexy.

- Votre tout dernier baiser?

Pour l’une de mes filles. J’en ai deux, Ella et Ava. Ma femme était catholique, moi Arabe, on a tranché et on a choisi des prénoms juifs.

- Dernières larmes?

C’est nul, mais c’est à la fin de «Dr House». Je fais une identification au personnage. L’amitié avec son pote m’a ému.

- De quoi souffrez-vous?

D’allergies alimentaires graves. J’ai fait 5 jours de coma à Genève en 2005. Je ne voulais pas revenir ici à cause de ça, j’ai peur de la Suisse. J’ai été soigné par un chirurgien que je remercie tous les jours. Il m’a sauvé la vie: j’étais déclaré mort. J’ai une fente dans le nez ( ndlr: une cicatrice dans la narine gauche), parce que, pendant 5 jours, j’ai été intubé.

- Avez-vous frôlé la mort?

Oui. De fait, je suis mort à Genève!

- Croyez-vous en Dieu?

Je crois plus en la science et en mes parents qu’en Dieu. La religion, c’est pour moi un lien avec mon père et ma mère. Ils sont morts il y a quatre ans. Plus je vais vieillir, plus je ferai mes prières. Je prendrai ce qu’il y a de bien dans l’islam, ça va m’apaiser.

- Votre péché mignon?

Ma boîte de bonbons!

- Trois objets culturels à emmener sur une île déserte?

Bukowski pour sa poésie, James Brown «Get Up and Drive Your Funky Soul», le coffret «Rocky» et sous le manteau, «La planète des singes».

- Combien gagnez-vous par an?

Dans la série «H» 15 000 euros par jour. Ça a duré 4 ans. C’était il y a quinze ans. Je n’ai jamais revécu ça. Et puis il y avait un Suisse de génie: Jean-Luc Bideau.

- Hors norme…

Lorsqu’on a signé avec la direction de Canal+, on ne faisait pas les malins avec Eric et Jamel Debbouze. Avant la réunion, on déconnait: «T’es pas cap de te mettre à poil et de serrer la main des pontes de Canal!» On était des petites merdes, personne ne nous connaissait. Le repas commence avec les patrons. Nous, on se faisait tout petits. Bideau se lève et il revient la bite à l’air et lance: «Bon, on va passer au dessert!» ( Fou rire .) Après ça, plus personne ne nous faisait peur.

- Qui sont vos vrais amis?

Je les connais depuis 35 ans: Hacene Mezach, Tato et Serge Sufrin. Ils étaient là avant que je sois connu, ensuite à l’enterrement de mes parents et à Cannes avec moi. Ils lisent les scénars à ma place, mais ne connaissent rien au cinéma. ( Rires.)

- Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

«Assieds-toi sur le bord de la rivière et tu verras le cadavre de tes ennemis passer», dit-on. J’attends.

- Ronflez-vous la nuit?

Non. Sauf quand je suis bourré.

- Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Mon frère Reza. Il a un magasin de fringues à Bordeaux. J’aimerais écouter ses réponses en cachette. (Emu.) Parce que tout ça, on ne se le dit pas en fait. (Le Matin)

Créé: 22.09.2012, 09h27

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