Vendredi 10 avril 2020 | Dernière mise à jour 11:14

Rencontre «On choisit un prénom et on ferme sa gueule»

L’acteur-chanteur a choisi des prénoms classiques pour ses deux fils, Oscar et Léon, mais il a décidé de ne rien révéler avant la naissance. Pour éviter justement le drame qui se joue dans le film de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, qui sort mercredi.

«Quand j’étais enfant, je voulais m’appeler Thierry, comme Thierry La Fronde», se souvient Patrick Bruel.

«Quand j’étais enfant, je voulais m’appeler Thierry, comme Thierry La Fronde», se souvient Patrick Bruel.

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Il semble si petit dans sa chambre du Fouquet’s, coincé entre deux interviews. Il a disposé sa chaise de style face à la lumière des Champs-Elysées, ses yeux marron sont encore plus clairs que sous les projecteurs et il guette sur son portable des nouvelles de ses deux fils, Oscar (9?ans) et Léon (7?ans), avec lesquels il s’apprête à passer les vacances de Pâques. Patrick Bruel est de retour au cinéma. «Le prénom» a été une pièce de théâtre à succès l’an dernier. Voilà qu’il joue actuellement ce même rôle sur grand écran: un futur père très sûr de lui qui déclame à l’assemblée le prénom choisi pour son futur enfant. L’annonce faite à la famille déclenche le scandale, et les engueulades n’en finissent plus. Patrick, ce n’est pourtant pas ce genre de père-là, assure-t-il.

C’est vous qui avez découvert le scénario du «Prénom» alors que personne ne l’avait encore lu. Ça s’est passé comment?

Je suis au Théâtre Edouard VII à Paris et on finit une énième lecture d’une pièce avec le metteur en scène Bernard Murat. Je lui dis: «Ouais, c’est bien, mais sans plus.» Je n’étais pas convaincu de vouloir jouer cette pièce-là. On retourne dans son bureau pour boire un café. Et là, il y a le scénario du «Prénom». Je prends le texte, il me dit qu’il ne l’a pas encore lu, et je l’emporte. Je l’ai dévoré le soir même. Le lendemain, j’ai rappelé Bernard: «Il faut que tu lises cette pièce, elle est incroyable!» Entre-temps, il l’avait lue, et il partageait mon avis.

Mais qu’est-ce qui est incroyable dans cette histoire de dîner de famille qui tourne mal?

Tout. A la douzième page, je savais que c’était la pièce que je voulais jouer, que ça allait être un triomphe au théâtre et qu’on allait en faire un film. C’était fou. Tellement drôle. J’étais tout seul au salon en train de lire et je pleurais. C’est intelligent, cruel, violent, c’est un reflet de notre société. On a tous vécu une fois dans notre vie une situation telle que celle-là: un prétexte à engueulade qui nous fait revenir trente, quarante ans en arrière, parce qu’on se connaît depuis si longtemps que quand on commence à se crocher sur des choses on déroule la pelote, et on va toujours plus loin. Là, c’est cette histoire de prénom qui sert de point de départ, mais ça aurait pu être une discussion politique qui tourne mal, comme il y en a tant dans les dîners français ces temps-ci.

On a dit que votre vrai prénom à vous, c’est Maurice. Que vous en avez changé, mais que vous ne voulez pas que ça se sache. C’est vrai?

C’est complètement faux. J’ai changé de nom, Benguigui contre Bruel, mais pas de prénom. Maurice, c’est mon deuxième ou troisième prénom. Ma mère m’a appelé Patrick, je n’ai jamais eu de diminutif. J’ai horreur des diminutifs. C’est pour ça que mes deux fils s’appellent Oscar et Léon, il n’y a pas de diminutifs possibles.

Il vous plaît, ce prénom, ou vous auriez voulu en porter un autre?

Quand j’étais enfant, je voulais m’appeler Thierry. Comme Thierry La Fronde. Ou Zorro, mais ça aurait été plus compliqué.

Vous ne portez pas le prénom de vos ancêtres, ça vous manque?

Si, si! La référence à l’histoire familiale, c’est important. Le fameux Maurice, c’est le prénom de mon arrière-grand-père maternel, je crois. Mais je ne l’ai pas connu. Mes enfants portent en deuxième et troisième positions les prénoms de leurs grands-pères: Oscar, Elie, Salomon et… Léon, Isaac et…? Alfred? Ah, là, je ne sais plus, c’était pour faire plaisir à leur mère, Amanda…

Et les premiers prénoms de vos enfants, Oscar et Léon, comment les avez-vous trouvés?

En regardant le livre des prénoms, avec leur mère, assis tous les deux dans le lit. Ça nous a pris une matinée à chaque fois. On regardait, on cherchait, et cherchait encore. Nous nous étions mis trois règles: il fallait qu’on soit super d’accord tous les deux, il fallait que ce soit sans possibilité de diminutifs et surtout, il fallait, une fois qu’on avait choisi, fermer sa gueule.

C’est-à-dire? Ne pas venir en arrière?

Non, fermer sa gueule, ne rien dire à personne! Et quand je vois le film, qu’est-ce qu’on a eu raison!

Vous n’avez pas choisi des prénoms originaux comme les bobos du film qui ont appelé leurs enfants Appolin et Myrtille. Vous, vous avez fait dans le classique…

Pour plein de gens, Oscar ça a été très original. Certains n’ont pas manqué de nous le dire après la naissance. Je venais de faire un album sur les années 30. J’étais dans mon truc. Il aurait pu s’appeler Lucien, Fernand ou Alfred. Et Amanda n’était pas contre.

Vous les regardez grandir. Le prénom influence-t-il la personnalité?

Je ne sais pas si c’est l’œuf qui fait la poule ou la poule qui fait l’œuf. Quand vous donnez à quelqu’un un prénom très banal, il peut souffrir parce qu’il le partage avec quatre autres copains dans sa classe. Mais si vous lui donnez un prénom extrêmement singulier, soit on se moquera de lui, soit on respectera sa différence, ça dépend dans quel environnement il grandit. Les parents ont intérêt à être très vigilants. Parce que ça peut vraiment être un fardeau. C’est une sacrée responsabilité.

Qu’est-ce que vous apprenez de vous dans les yeux de vos deux fils?

La même chose que vous. Avoir des enfants, c’est la chose la plus banale du monde et la plus extraordinaire qui soit. Mon cerveau est constamment occupé à savoir où ils sont, ce qu’il se passe et si ça se passe bien. Je me vois tout le temps dans leurs yeux. Eux aussi veulent devenir footballeurs, comme moi quand j’étais enfant. Et pas que cela visiblement. Ils me remettent en question, c’est ce qui me fait avancer, me réinventer.

Quel prénom glissez-vous dans l’urne pour le premier tour de l’élection présidentielle?

Vous avez le choix entre deux François, deux Nicolas, une Marine – même si ça paraît peu probable pour un chanteur qui a boycotté les villes des maires lepénistes en 2002 – Jean-Luc, Nathalie, Eva…? Depuis que je suis en âge de m’intéresser à la politique, je n’ai jamais fait partie d’un comité de soutien, je n’ai jamais appelé à voter pour qui que ce soit et je n’ai jamais dit pour qui j’allais voter. Ça m’est arrivé de le dire après. Mais pas avant.

On connaît votre engagement à gauche. Là c’est plus flou, vous avez voté Sarkozy en 2007, vous venez d’attaquer violemment la proposition de François Hollande d’imposer à 75% les revenus de plus d’un million d’euros. Une réaction étonnante.

Je croyais qu’on parlait du «Prénom», là?

Oui, on parle de François!

J’ai pris une position étonnante? Qu’est-ce qu’elle a d’étonnante?

Vous avez dit que c’était une décision à la limite de la spoliation, c’est une connotation extrêmement forte, ça rappelle l’art spolié des juifs pendant la guerre.

Le mot n’est pas bon, je suis d’accord. Mais du mot, on s’en fout. Je trouve que c’est une mesure contre-productive. Je vais vous répéter ce que j’ai dit: je suis ravi de payer des impôts, j’ai toujours payé mes impôts en France et je les paierai toujours en France, quel que soit le changement de fiscalité.

Un opérateur français de poker en ligne dont vous êtes actionnaire aurait financé des tournois de poker avec de l’argent placé au Luxembourg. Vous confirmez?

C’est une histoire qui va faire «pschitt», comme les autres! Je peux vous assurer que je n’ai jamais cherché à m’exiler fiscalement, et cela quelles que soient mes affaires. Mais ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec l’une des futures mesures que cela remet en cause toute ma conscience politique. Ce que je voudrais, c’est pouvoir avoir le droit de donner mon avis.

Vous accepteriez donc de payer si François Hollande est élu?

Si ça passe, je paierai ce qu’il faut payer. Je n’ai pas de souci avec ça. Cela ne change en rien à la ligne politique qui est la mienne depuis toujours.?

Créé: 21.04.2012, 22h26

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