Mardi 19 novembre 2019 | Dernière mise à jour 11:45

Rencontre Christophe Lambert: «Genève? C’est là où je me suis révélé!»

Dans «Blacklist», mardi sur TF1, le comédien se la joue carrément méchant, dans le rôle d’un implacable mafieux corse. Pour «Le Matin», il revient sur sa carrière.

Dans la série «Blacklist», Christophe Lambert incarne un grand méchant, «Le Corse».

Dans la série «Blacklist», Christophe Lambert incarne un grand méchant, «Le Corse». Image: TF1

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Il y a quelques semaines, «Blacklist» avait fait son retour sur TF1 pour sa sixième saison inédite avec un guest de taille en guise de méchant: Christophe Lambert. L’acteur français, élevé à Genève, y campait un redoutable tueur à gage appelé «Le Corse», cheveux décolorés et lunettes fumées.

Le voilà de retour pour un épisode clef mardi soir. Après avoir incarné un autre bad guy il y a deux ans dans «NCIS: Los Angeles», l’acteur semble prendre un malin plaisir à flinguer à tout va. De passage à Genève, il nous raconte son plaisir à passer de l’autre côté de la barrière, mais revient aussi sur sa carrière, et son enfance passée au bout du lac.

On ne vous a pas souvent vu dans des rôles de méchant, comme avec ce Corse, dans «Blacklist»…

Non, mais ça m’amuse beaucoup parce que les méchants ont en fin de compte souvent tous les gadgets. Et puis ce qui est intéressant, c’est de leur donner une dimension humaine. Je pense qu’il y a un bon fond en chaque être humain. Mon boulot, c’est d’essayer de leur amener un peu de relief, en évitant les stéréotypes.

Même avec Le Corse, qui flingue tout de même de sang-froid à tout va?

Mais pour lui c’est du business! Ça ne veut pas dire que je lui donne des excuses, mais il a un côté humain, notamment quand il parle de sa fille. Il a des failles, des faiblesses… C’est comme le personnage que joue James Spader: lui aussi a plein de cassures et est amené à tuer ses associés.

Ce Corse, comment vous l’avez abordé ?

Un personnage, c’est un personnage. Je ne me casse pas la tête. A partir du moment où l’on accepte un script, on devient le personnage qui y est dépeint. Et j’insiste sur le «devenir». J’ai toujours fonctionné comme ça. Après, comme n’importe quel acteur, je vais lui amener des choses personnelles. Là, j’ai essayé de lui apporter quelque chose de cash. Ce n’est pas quelqu’un qui tergiverse. Il a une mission et il l’exécute. Point final. Mais aussi un peu d’humour. Les méchants, on n’a pas besoin de les rendre forcément sataniques. Regardez Jack Nicholson dans «Des hommes d’honneur», «Les Sorcières d’Eastwick» ou en Joker dans «Batman»… Il reste le meilleur «Bad Guy That You Love to Hate». Avec lui, on se mare. Pour moi, c’est le gars qui a amené une autre dimension au méchant.

Les producteurs de «Blacklist» sont-ils venus vous chercher?

Oui. Et ne me demandez pas pourquoi, ça fait un moment que je ne me pose plus ce genre de question. Vous savez, je me suis acheté le droit de tourner ce que je veux. Aujourd’hui, je ne suis pas obligé de tourner pour vivre. Je fais plein d’autre truc à côté du cinéma – j’investi dans la santé, dans l’intelligence artificielle, les bonsaïs, la luminothérapie cellulaire, la première agence de talents artistiques virtuelle… Donc j’ai envie de me lever le matin – surtout avec des rythmes d’enfer comme celui d’une série télé, où on débute à 5h du mat et on rentre à 10h du soir – pour quelque chose qui me motive.

Vous êtes-vous intégré facilement à cette équipe qui se connaît depuis 5 ans?

On est toujours un peu la bête curieuse. Bien sûr, ils connaissaient mon travail, mais malgré tout on rejoint une famille tellement soudée qu’il faut un peu de temps pour prendre ses marques. Mais James Spader était adorable. On a une longue scène ensemble dans l’épisode que vous verrez ce soir et on a eu un peu le temps de parler. Notamment de ma première femme, Diane Lane, comme il la connaissait… D’autres étaient plus timides, plus réservés. Alors, ou tu fais l’effort d’aller vers eux ou il n’y pas de dialogue.

Ado, qu’est-ce qui vous faisait rêver dans le cinéma?

Voir sur grand écran Delon, Belmondo, Steve McQueen, Redford, Newman… J’allais au cinéma tout le temps. Je suis fasciné par ce média depuis mes 12 ans. Fasciné qu’un bout de plastique comme la pellicule puisse capter l’âme, la beauté intérieure, quelle qu’elle soit.

Vous viviez à Genève à cet âge-là. Quels souvenirs gardez-vous de cette époque?

J’y suis resté jusqu’à 18 ans. Mais je suis toujours à Genève! Ma mère y vit encore. J’ai le souvenir de beaucoup de bêtises faites par ici. De celles qu’on ne peut même pas mentionner, malgré les années écoulées. Surtout, Genève, c’est là où je me suis révélé. Jusqu’à l’âge de 12 ans, l’école était très compliquée pour moi. D’une timidité maladive, je passais mes récréations aux toilettes tellement j’avais peur des gens, peur de ne pas être accepté. Après, je suis devenu l’opposé. Il y a eu un déclic – sur lequel je ne veux pas revenir – mais c’est là, au collège de Florimont, que j’ai rencontré mes deux meilleurs amis, Stéphane Barbier et Dominique Warluzel, avec qui je suis toujours en contact malgré les ennuis de santé du second. Peu de temps avant, j’avais joué dans une pièce… Et quand les gens ont applaudi, à la fin, je me suis dit «Tiens, peut-être que je fais quelque chose de bien pour une fois…». Je me suis donc lancé dans la comédie pour revivre ce moment.

Comment avez-vous vécu cette starification, dès votre premier rôle important avec «Greystoke»?

Avec beaucoup de recul, sans vraiment m’en rendre compte. Et avec un profond respect, non seulement pour la chance que j’avais, mais également envers le public. Parce que sans eux, il n’y a rien. Donc je leur suis entièrement dévoué, jusqu’à considérer leur appartenir entièrement. Quand je sors, je me plie volontiers aux autographes ou aux selfies.

Et puis il y a eu «Highlander», avec Sean Connery…

Ah, Sean Connery… Sous sa carrure imposante et extrêmement cash, c’est un personnage attachant. Il ne faut pas le prendre à rebrousse-poil. Il a un vrai sens de l’honneur. Je me souviens qu’il avait pris en grippe un des producteurs… Celui-ci lui avait fait un sale coup et il voulait le lui faire payer. Et quoi de mieux pour embêter un producteur que de lui faire sortir son porte-monnaie? On logeait dans un hôtel à moins d’une minute du plateau mais Sean avait exigé d’y être amené en hélicoptère. Il y en avait donc un qui l’attendait tous les matins dans la cour de l’hôtel, le déposait sur le plateau, l’attendait jusqu’au soir pour le ramener… Bien sûr, le temps qu’il décolle et atterrisse, moi j’arrivais avant lui en voiture mais à quatre semaines de ce rythme, ça a coûté une fortune aux producteurs.

Vous, ça vous est arrivé de piquer la mouche sur un plateau?

Franchement non: il faut me pousser très très loin pour que j’explose.

-Même sur un tournage galère comme «Vercingétorix»?

Ah non! Là, c’est vraiment l’endroit où il ne fallait pas s’énerver. Déjà que c‘était un bordel sans nom, si je m’étais en plus énervé, il n’y aurait pas eu de film. Non, j’aurais pu me tirer mais comme j’avais signé, je devais aller jusqu’au bout. J’étais dirigé par un alcoolique complet, bourré dès 8h du matin à la rakia, un alcool bulgare, et qui finissait par terre à 15h; j’étais entouré de joueurs de rugby qu’il avait choisi pour des rôles quand même importants… Donc au bout d’une semaine, je me suis dit que j’allais en chier pendant 16 semaines. Alors on prend sur soi, et du coup c’est mille fois plus dur d’aimer son personnage et d’être convainquant.

On avait un temps parlé de vous pour incarner James Bond. A quel point était-ce sérieux?

Dans les années 80, j’avais effectivement rencontré Barbara Broccoli, la productrice, mais je savais que ce n’était pas pour moi. James Bond se doit d’être anglais, point final. J’avais déjà passé 4 mois à apprendre l’accent écossais pour «Highlander». Pour un James Bond, avec l’accent anglais, ça aurait été le double de travail, avec un coach en permanence sur le plateau… Et puis prendre un français pour ce rôle, c’est s’exposer automatiquement à des tonnes de critiques.

Vous deviez aussi être de l’équipe des Expendables…

Oui. Stallone, que je connais très bien, cherchait où me placer dans la franchise. Je devais être dans le 4e volet et puis le film ne s’est finalement pas fait. J’ai toujours fait ce métier pour me marrer et ça m’aurait amusé. C’est comme je vous disais: aujourd’hui je n’ai plus rien à prouver, et je n’ai pas envie de m’emmerder. Je fais ce que je veux. On ne va plus me reprocher un mauvais choix. Regardez Bob de Niro, que je connais depuis longtemps, et je ne me compare pas du tout à lui: ces dernières années, il a fait une série de films un peu moins prestigieux. Mais il s’en fout, c’est une légende. Quand je lui en parlais, il me disait: «Ecoute Christophe, j’ai 6 enfants, 3 divorces, et quand on me propose tant pour 4 jours de film, je les prends». Parce qu’il n’a plus rien à prouver! Quoi qu’il arrive, il a laissé sa patte dans l’industrie. Il y a un âge où il faut arrêter de se poser des questions, de se dire que ce film va me nuire… Moi, ma chance, c’est d’avoir fait 4 ou 5 films qui ont passé 3 générations: «Greystoke», «Subway», «Highlander», «Le Sicilien»…

… «Fortress»?

Absolument! C’est même le film qui m’avait valu mes meilleures critiques, dans le New York Times!

Créé: 17.06.2019, 07h45

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