Vendredi 17 janvier 2020 | Dernière mise à jour 22:12

Interview Christopher Plummer: «J'étais prêt à prendre ma retraite»

L’acteur américain de 88 ans a remplacé Kevin Spacey dans «Tout l’argent du monde», nomination aux Oscars en prime.

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À 88 ans, Christopher Plummer a remplacé Kevin Spacey au pied levé dans «Tout l’argent du monde» alors que le film était déjà terminé. Le résultat est à découvrir le 14 février en Suisse. «Le Matin» a rencontré l’acteur à Hollywood et – surprise! – Plummer a passé de nombreux hivers de sa jeunesse à Gstaad.

Comment prenez-vous toute l’attention qui vous entoure depuis que vous avez remplacé Kevin Spacey dans ce nouveau film de Ridley Scott?

Il y a quelque chose de fascinant dans une carrière d’acteur. J’ai 88 ans et voir à quel point les médias s’intéressent à moi a quelque chose d’infiniment gratifiant.

Vous semblez surpris alors que vous avez une longue carrière tout de même?

On ne peut jamais jurer de rien dans le showbiz. J’ai compris avec les années qu’un comédien doit se réinventer tous les 20 ans environ ou il va disparaître des écrans. Je pensais être arrivé à un âge où j’étais prêt à prendre ma retraite, un mot que je déteste! Quand Ridley Scott m’a téléphoné en me disant qu’il venait spécialement de Londres pour me rencontrer à New York, je me suis dit que c’était un signe du destin. Si c’est un nouveau cycle de 20 ans de travail, j’espère bien mourir après être centenaire. (Rires.)

Comment s’est passée votre rencontre avec Ridley Scott?

C’est un réalisateur qui me passionne. Il a 80 ans mais a gardé, comme moi, un regard d’enfant et une passion débordante pour son métier. Je ne lui ai rien dit à l’avance mais je savais, avant même notre discussion, que j’accepterais de tourner sous sa direction quel que soit le projet. Quand il m’a expliqué qu’il me confiait le rôle de J. Paul Getty, j’ai tout de même hésité en lui disant de me laisser lire son scénario. Puis j’ai dit oui dans la journée.

Remplacer Kevin Spacey en plein scandale de harcèlement sexuel ne vous a pas posé problème?

Je n’ai pas vu cela comme «remplacer Kevin Spacey» mais plutôt comme l’incarnation d’un personnage plus grand que nature, J. Paul Getty. Au théâtre, on ne dit pas à un acteur qui joue Hamlet qu’il remplace les dizaines de grands comédiens qui ont été Hamlet avant lui.

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris les accusations contre Spacey?

Je me suis dit: «Quel gâchis!» Sur le plan artistique, Spacey est un grand comédien. Le reste, ce n’est pas à moi d’en parler.

Avez-vous visionné la version du film de Spacey avant votre tournage?

Ridley Scott me l’a proposé, mais j’ai refusé. La pire des choses à faire au théâtre est d’aller voir la représentation d’une pièce que vous allez jouer mais avec un autre comédien dans le rôle. Je ne voulais surtout pas me faire influencer par la performance de Spacey et essayer de lui ressembler.

Est-il exact que vous n’avez pas eu le temps de vous préparer à entrer dans la peau de Getty Senior?

C’est agréable d’avoir des mois pour rechercher des détails sur un personnage, surtout lorsqu’il s’agit d’un homme qui a vraiment vécu. Mais au final, tout est dans le script. À mon âge, je n’ai pas besoin de perdre des semaines si j’arrive à apprendre mes répliques. Jouer est quelque chose qui doit être aussi instinctif.

Aviez-vous rencontré Getty?

Oui, dans des soirées en Europe il y a plusieurs décennies, mais nous n’avons jamais été proches. Il y avait l’excentricité de cet homme richissime qui pouvait tout se payer. Je n’ai pas cherché à lui ressembler physiquement. Je trouve ridicule lorsqu’on ajoute un faux nez ou une perruque par exemple.

Tourner la totalité de vos scènes en 9 jours, c’est un record à Hollywood, non?

Ridley Scott m’a rappelé Hitchcock qui avait la totalité du montage de son film en tête avant même le premier jour de tournage. Ridley sait ce qu’il veut et s’assure en ayant plusieurs caméras simultanément. Je n’ai jamais joué la même scène plus de deux fois grâce à cela. Ça m’a rappelé l’âge d’or de Hollywood, l’époque de «La mélodie du bonheur», où les tournages s’enchaînaient rapidement.

Est-il exact que vous détestez ce film qui, 60 ans après sa sortie, reste l’un des plus célèbres de votre carrière?

Ce n’est pas le film que je déteste mais le personnage que j’y incarnais. J’adorais Julie Andrews mais je n’avais aucune sympathie pour le Capitaine Von Trapp.

Julie Andrews réside à Gstaad, où vous avez été vu dans les années 1960-70...

C’était l’époque où j’étais passionné de ski. J’allais à Gstaad chaque hiver. Mais j’ai de mauvais genoux à mon âge. La Floride a désormais remplacé la Suisse.

Pourquoi?

Parce que je ne voulais pas risquer de me casser les hanches ou les jambes sur les pistes de ski. Au fil des ans, je voyais de moins en moins l’attrait d’aller dans les Alpes si c’était juste pour m’asseoir dans un fauteuil et regarder les autres s’éclater à skis. Au lieu de Gstaad, je passe donc mes vacances d’hiver en Floride. C’est ensoleillé et plus approprié à mon âge.

Vous avez eu trois épouses, de nombreuses amoureuses et un enfant. Diriez-vous que vous avez bien vécu?

Je ne me plains pas, j’ai eu une vie bien remplie. Mais je n’ai pas l’intention de mourir tout de suite!

Créé: 08.02.2018, 06h47

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