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Juliette Binoche et Marion Stalens «Entre nous, il y a toutes les couleurs de l'arc-en-ciel»

L’actrice et sa sœur, photographe, ont séjourné dans le val d’Anniviers. Rencontre.

Marion Stalens et Juliette Binoche sont des sœurs très complices.

Marion Stalens et Juliette Binoche sont des sœurs très complices. Image: Olivier Maire/Photo-Genic.ch

Juliette Binoche et Marion Stalens ont reçu une channe en étain gravée à leur nom. Une attention de leur ami de longue date Gérard-Philippe Mabillard, directeur de l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais. (Image: Photo-Genic.ch/Olivier Maire)

A voir

L’exposition «Marion Stalens-
Portraits de cinéma et d’ailleurs» dure jusqu’au 27 mars 2016 à la Maison du diable Cinéma et Culture visuelle à Sion.
Infos: www.maisondudiable.ch
et www.fondation-fellini.ch

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Il y a quelque chose de quasi fusionnel entre Juliette Binoche et sa sœur. Cela se ressent dans le documentaire «Juliette dans les yeux», réalisé en 2009 par Marion Stalens et projeté mercredi dernier à Sion et vendredi à l’Hôtel Bella-Tola à Saint-Luc, dans le cadre de l’exposition photographique de la sœur aînée de l’actrice oscarisée en 1997. Son travail est présenté actuellement à Sion. Leurs rires complices rythment la discussion: l’une commence une phrase, l’autre la termine.

Quelles émotions suscitent en vous ce documentaire, même après tant d’années

Juliette Binoche: J’en suis très émue, parce que ce film est comme une lettre d’amour. Je me suis donnée pour Marion, mais c’est aussi son regard à elle.

Marion Stalens, vous n’apparaissez jamais à l’écran. Pourquoi tant de discrétion?

Marion Stalens: Nous étions beaucoup en tête-à-tête, je faisais tout, la caméra, le son, la réalisation. J’avais vraiment envie de faire un portrait d’elle, pas nécessairement de nous. Je me disais que, de toute façon, j’existerais par la manière de raconter, de regarder.

J. B.: Et ce qu’elle voulait mettre en avant, c’était cette dichotomie entre le monde intérieur de l’artiste et le monde extérieur, qui fait soi-disant rêver. Quand je me suis revue mercredi soir en train de jouer à la princesse, j’ai trouvé cela rigolo et en même temps, c’était la honte. (Elle éclate de rire.)

M. S.: C’est ce que j’aime chez Juliette, elle a un éventail…

J. B.: De ridicules possibles. (Elle en rit encore plus fort.)

M. S.: Non, non! Elle est à la fois la petite fille qu’elle était, elle est peut-être un peu la grand-mère qu’elle sera et elle est la belle femme d’aujourd’hui. (Juliette rit toujours.) Ce sont ces possibles-là que j’avais envie de capter. Je sais qu’elle est clown, je voulais avoir cette dimension-là.

Marion Stalens, le fait d’être la grande sœur vous donnait-il une «mission de protection»?

M. S.: On a eu une enfance très chaotique, on n’était pas toujours ensemble, mais, quand on se retrouvait, j’ai fait de nombreuses fois «maman bis». Nous avons deux personnalités différentes, mais Juliette reste ma petite sœur. Cela peut paraître énervant, parce que c’est une immense petite sœur (Juliette en rit ) et que je peux être pénible comme grande sœur: je sais des trucs qu’elle ne sait pas.

Marion, vous rappelez-vous de l’annonce de vos parents, Jean-Marie Binoche et Monique Stalens, concernant l’arrivée d’un autre bébé?

J. B.: Elle était petite, elle avait 2 ans et demi…

M. S.: Si, si je me souviens! L’arrivée de Juliette a été dans leur vie un moment plutôt serein. C’était plus troublé avant et après.

Vous avez un demi-frère, Camille, né en 1978. Où se place-t-il par rapport au lien très fort qui existe entre vous?

J. B.: C’est notre petit frère. Nous n’avons jamais vécu avec lui, mais on a toujours été protectrices et admiratrices. C’est un artiste, un chercheur d’âme. Il est clarinettiste.

Fera-t-il aussi l’objet d’un documentaire?

M. S.: Je l’ai déjà photographié assez souvent. Pour Juliette, il s’agissait d’explorer l’artiste. Je ne voulais pas faire un portrait genre ses amours, ses enfants, tout ce que l’on pourrait attendre du regard de quelqu’un qui est très intime.

J. B.: On vient tous d’une racine. Après, ce que l’on en fait, c’est plus complexe.

M. S.: Ce qui m’intéresse, c’est ce mystère de la création, de l’approcher au plus près, de me nourrir de cette énergie et de la transmettre. Je voulais que le spectateur sorte du film en ayant pris de la «vitamine». La vie peut s’inventer! Je trouve que l’énergie de Juliette, qui part dans tous les sens, c’est un cadeau pour les gens.

Dans votre relation, est-il important d’être un réconfort l’une pour l’autre?

M. S.: Entre nous, il y a aussi toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ce mot «sœur» est un très beau mot, il y a une grande proximité dedans. Parfois, on est tellement proches que cela frictionne. C’est beau, cela fait des étincelles.

Vos échanges sont-ils quotidiens?

M. S.: Impossible de rester trois mois l’une sans l’autre, on a trop de choses en commun.

J. B.: Trop de choses à partager, oui. Moi, ce que j’admire dans notre relation, c’est notre capacité à travailler dessus.

M. S.: Sûrement! (Elle en rit.)

J. B.: On a une sorte de patience et parfois une sorte de courage l’une vis-à -vis de l’autre, et cela me touche. Malgré nos grosses différences, on arrive à accomplir une relation. Cela demande de ravaler sa salive, de passer sur son orgueil, ses jalousies, tout ce que l’âme doit traverser, sinon on n’est pas humain. Les parents vieillissent, et cela fait que l’on est confrontées à des choses difficiles.

M. S.: On est de plus en plus dans un essentiel.

J. B.: Face à une certaine tolérance.

A l’invitation de la Fondation Fellini et de Sierre-Anniviers Marketing, vous venez de séjourner quelques jours à Grimentz avec vos enfants respectifs. Racontez-nous vos coups de cœur.

J. B.: J’ai adoré les montagnes! On a visité le village avec un guide qui nous a montré les chalets. On a été honorées du fameux Vin des Glaciers du Tonneau de l’Evêque. Entendre les voix des gens qui vivent là, cela donne une sorte de passeport, d’avoir le droit d’être là. Et puis on a mangé une raclette au feu de bois. J’aimerais bien revenir! Je rentre en France reposée, avant de partir pour la Nouvelle-Zélande.

M. S.: J’ai adoré les trous dans les chalets pour laisser sortir les âmes.

J. B.: Oui, j’ai fait des photos. C’était extraordinaire! Cela pourrait faire un film de fantômes.

Créé: 07.03.2016, 16h42

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