Dimanche 15 décembre 2019 | Dernière mise à jour 15:45

Interview Fanny Leeb: «Je pète le feu»

La chanteuse de 33 ans est en rémission d'un cancer du sein et vient de sortir le clip de son 2e single, «Fire». Elle s'est confiée au Matin.ch sur son enfance, son combat et aussi son envie de devenir Suissesse.

Vidéo: Tournage et montage: Sébastien Anex. Interview: Fabio Dell'Anna

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«J’ai oublié de vernir mes ongles», nous dit-elle d’emblée en rigolant. Fanny Leeb arrive à la rédaction pleine d'humour avec un grand sourire et quelques minutes de retard. «J'avais pas mal de rendez-vous ce matin et demain je pars à Paris pour voir ma maison de disques», explique-t-elle. L'artiste est une tornade que plus rien n'arrête.

Depuis notre dernière rencontre en mai 2019, la chanteuse de 33 ans est plus sereine et a plein de projets. Il faut dire qu’elle est en rémission d'un cancer du sein triple négatif. Une très bonne nouvelle! Par ailleurs, elle vient de publier son deuxième single, «Fire». Les étoiles sont alignées pour la fille de Michel Leeb, qui n'a jamais semblé aussi épanouie professionnellement et personnellement. Elle a accepté de répondre à notre interview indiscrète.

Fanny Leeb, qui êtes-vous?

Je suis une femme qui chante et qui écrit de la musique.

Quel est votre tout premier souvenir?

Quand on était enfants, mon frère, ma sœur et moi, mon père se mettait au piano et jouait tout le temps une chanson qu'il avait inventée. Quand il stoppait, on arrêtait tous de bouger. C’est un très bon souvenir, car je me rappelle surtout de nos rires.

Étiez-vous une enfant sage?

J’étais plutôt sage, mais pas studieuse à l’école. Je préférais aller voir mes copines, faire de la musique. Je n'aimais pas aller en cours et, surtout, me réveiller le matin. Je n’aime toujours pas ça. (Rires.) J’étais si sage que je crois ne pas avoir eu de crise d’adolescence.

Enfant, que vouliez-vous devenir?

Chanteuse ou actrice. J’ai eu la chance de grandir dans une famille qui est dans le milieu artistique. Petite, j'allais dans les coulisses des théâtres et cela me faisait déjà rêver.

On vous connaît en tant que chanteuse. Jouer la comédie vous séduit toujours?

C’est vrai que la musique a pris une grande place dans ma vie. Peut-être qu'un jour je passerai un casting.

Vos parents vous disaient-ils «je t’aime»?

Oui, on est une famille très unie. On s'entraide beaucoup, on s’écoute beaucoup… Il y a énormément de complicité.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

Je me rappelle très bien: c'était à Villars-sur-Ollon (VD). Je faisais un stage dans un studio d’enregistrement, je donnais des cours de ski la journée et je faisais de la plonge dans un bar le soir.

L’amour pour la première fois. C’était quand et avec qui?

C’était avec un jeune homme en Suisse. Mais je ne vous dirai pas où. J’en garde un bon souvenir.

Adolescente, étiez-vous complexée?

J’ai eu quatre appareils dentaires. J’avais beaucoup de mal avec ça, car j’avais des bagues, plusieurs casques… En plus j’étais très grande. Mes copains m’appelaient «RoboCop». Bon, j’en avais besoin: j’avais les dents en avant, je ressemblais un peu à un lapin. (Rires.) Pour la petite histoire, je vais certainement refaire un traitement dentaire.

Le bonheur pour vous, c’est quoi?

Le partage avec son entourage proche, sa famille. Le rire et l’humour.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus chez vous?

(Elle hésite.) Peut-être mes cheveux courts? Sans mon histoire, je n’aurais pas eu le courage de me couper les cheveux. Maintenant, je trouve que c’est plutôt pas mal. (Elle sourit en les touchant.)

Comment allez-vous aujourd’hui?

Je vais bien. Très bien. Je pète le feu. Je suis contente d’être en vie et je profite de la vie.

Donc vous êtes en rémission?

Exactement.

Qu’est-ce que vous tirez de cette année écoulée?

J’ai énormément appris sur moi. J’ai traversé un énorme orage qui m’a permis de grandir, de voir la vie différemment, de remettre les choses à leur place… Je me sens changée et, surtout, bien.

Vous avez d’ailleurs écrit sur le sujet dans votre 2e single, «Fire», qui vient de sortir.

Oui. Le titre parle des gens autour de vous qui apprennent que vous avez un cancer. Certains se disent: «Oh la la, comment elle va faire?» Je comprends, car ça fait peur. Quand on n'est pas dedans, on ne s’en rend pas vraiment compte. De mon côté, lorsque j’ai commencé à me battre à 100%, j’avais envie de leur répondre: «Regardez! Gardez le sourire! On va y arriver. Il ne faut pas pleurer.» J’avais besoin que tout le monde soit positif autour de moi.

Où en êtes-vous avec votre album?

Il est prêt! Il sortira début 2020.

De quoi parlera-t-il?

Qu’il faut continuer de croire en ses rêves. Avant je n’avais pas confiance en moi, je baissais souvent les bras. Finalement, avec tout ce qui s’est passé, j’ai cette niaque qui est arrivée. Quand on veut, on peut. Mais quand on veut vraiment, on peut vraiment.

Quels sont vos rêves?

Il y a un truc tout con en rapport à mon métier. J’adorerais faire une tournée européenne et avoir un tour bus où il y aurait une place pour mon chien près de moi. (Rires.) Pour moi, ce serait synonyme de réussite.

Votre tournée se précise?

Oui, oui. On est en train de travailler là-dessus.

Elle passera par la Suisse?

Bien sûr. La Suisse est mon premier pays. Je me considère comme Suissesse.

Vous avez été naturalisée?

Non, mais je pourrais demander le passeport. (Ndlr.: elle vit à Montreux depuis dix ans.) J’en aurais envie, mais il paraît qu’il y a un examen à passer et je ne suis pas sûre que j’y arriverais. (Rires.)

Avez-vous déjà payé pour l’amour?

Ha non, non. (Rires.) Bon, j’ai peut-être dû offrir un verre à un garçon, mais ça s’arrête là.

A quelle personnalité aimeriez-vous offrir un verre?

Brad Pitt. En plus, il paraît qu’il est très sympa.

Que prendriez-vous avec vous sur une île déserte?

Un album de Coldplay. J’ai beaucoup aimé «Ghost Stories»... Quoique j’aimerais bien payer un verre à Chris Martin aussi. (Rires.)

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

J'ai pleuré plein de fois dernièrement. Je vais être honnête avec vous: après les traitements, j'ai réalisé enfin par quoi je suis passée. Il y a eu ces angoisses qui sont arrivées et je n'avais pas envie qu'elles reviennent. Je tiens à la vie. Je l’aime encore plus qu’avant. Du coup, je touche du bois et j'espère que tout ira bien.

Avez-vous fait une ablation préventive suite à votre cancer très agressif?

Non. Je n’ai pas le gène. Il suffisait juste de faire une opération, et tout s’est plutôt bien passé. Mais c’est vrai que le gène était une pression supplémentaire. Un cancer triple négatif à mon âge n'est absolument pas courant.

De quoi souffrez-vous? (Elle réfléchit.)Je ne sais pas. J’ai beaucoup appris ces derniers mois et je suis devenue nettement plus cool par rapport à plein de choses. Je ne voulais plus me mettre des pressions inutiles. Tout ce qui m’importe, c’est que ceux que j’aime, ma famille et mes amis, aillent bien.

Vous les revoyez encore plus qu’avant?

Je profite des instants encore plus. On continue de me dire: «Fanny, il va falloir que tu t’occupes de toi maintenant.» Mais j’aime ma famille et mes amis. Je suis empathique et je serai toujours là pour eux.

Croyez-vous en Dieu?

Non. Je suis athée. Je crois en l’humain. Je comprends qu’il y ait des gens qui ont besoin de croire en Dieu. Je les respecte. (Elle fait une pause.) Il y a peut-être des forces ou des ondes... Par exemple, je devais certainement avoir un ange gardien au-dessus de ma tête lorsque je me suis brûlé le sein avec un thé, il y a un an. Cela m’a permis de découvrir que quelque chose n’allait pas.

Quel est votre péché mignon?

Le champagne! Ce sont les bulles du bonheur.

Pensez-vous que vous gagnez assez par rapport au travail que vous fournissez?

Ce n'est pas facile d’être artiste aujourd’hui. Je pense que les gens nous voient dans les magazines ou en interview et se disent: «C’est incroyable, ils doivent avoir beaucoup d’argent». Mais non. La vie d’artiste est compliquée. L’industrie musicale est saturée. Pour bien gagner sa vie, il faut vraiment y aller. Donc je pense que par rapport au travail que je fournis, j’aimerais bien gagner un peu plus.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Chris Martin.

Fabio Dell'Anna

Créé: 15.11.2019, 10h21

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