Vendredi 13 décembre 2019 | Dernière mise à jour 11:49

Interview Henri Dès: «J'ai toujours eu peur d'être seul»

Après le décès de son épouse, Mary-Jo, en 2017, le chanteur a refusé de se laisser aller. Il se lance pour la première fois dans une tournée solo.

Henri Dès a encore une moustache et une cabane au fond du jardin, lui.

Henri Dès a encore une moustache et une cabane au fond du jardin, lui. Image: Maxime Schmid

C’est Zep, avec lequel Henri Dès s’entend très bien, qui a créé l’affiche. Le dessinateur était déjà l’auteur de la pochette de l’album «Casse-Pieds» en 2013.

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«Pan pan pan.» «Qui est là?» «C’est «Le Matin.» On aurait beaucoup aimé faire la blague. Mais le portail de la maison d’Henri Dès s’ouvre sitôt qu’on a sonné. C’est que nous sommes attendus: le héros de trois générations d’enfants doit nous parler en primeur de sa tournée en solo. Vendredi, samedi et dimanche, le chanteur se produira en effet à Montreux pour la toute première fois seulement avec une guitare, un stomp box (pédale permettant d’imiter le son d’une grosse caisse) et un tabouret. En fin d’année, ce sera Paris et Cossonay (VD). Puis le Québec et la Belgique en 2019. Avec une jolie affiche, tout spécialement créée par Zep. Pour l’instant, c’est en compagnie de sa chienne «Fragola» et chaussé de Crocs à croix suisse qu’il nous reçoit chez lui à Lonay, souriant et la moustache toujours alerte, à 77 ans. Nous nous installons devant la superbe pelouse dominant les villages aux alentours. Une chanson nous vient à l’esprit: «J’suis content/C’est l’printemps/les arbres sont en couleur/Dans les nids/Les petits/S’égosillent tous en chœur.»

Henri Dès, pourquoi avoir décidé de jouer en solo?

C’est un hasard. En début d’année, j’ai reçu un téléphone de mon ex-attachée de presse québécoise qui m’a dit: «Ça serait génial que tu reviennes chanter chez nous.» En effet, je n’y suis plus allé depuis dix-huit ans. Mais j’ai pensé que ça lui coûterait un bras pour me faire venir avec mes musiciens. Alors, de manière instinctive je lui ai proposé qu’elle loue une petite salle à Montréal, qu’elle invite sa famille, ses amis, et que je vienne avec ma guitare chanter gratuitement s’il y a 100 personnes. Elle a trouvé une salle de 300 personnes et en quatre heures c’était complet. Elle a ajouté une date et les billets sont partis en une heure et demie!

Après dix-huit ans d’absence, vous étiez attendu!

De deux choses l’une: ou il y a de l’attente ou ils m’ont oublié. Ça a été une furie pure. Les gens m’ont dit qu’avec ce spectacle en solo il y a une complicité entre le public et moi. Ce qui compte uniquement, c’est mon texte, ma musique, ma voix et moi. Rien ne vient phagocyter ça. Il y a une authenticité très forte.

Ça demande d’interagir davantage avec les spectateurs?

Non. Je leur parle avec mes chansons. Ils savent tout par cœur. Ceux qui sont venus me voir sont avant tout des adultes qui m’ont connu enfants. Sauf que je suis un guitariste médiocre et j’ai pris des cours pendant quatre mois. Quand je racontais que j’avais un cours, les gens pensaient que c’était moi qui en donnais parce que j’avais besoin d’argent! (Rires.) J’ai toujours joué très simplement, il fallait que je m’améliore. Et je me suis niqué les doigts, j’ai de la corne partout!

En plus de cinquante ans de carrière vous n’aviez jamais chanté en solo. Pourquoi?

J’ai toujours eu peur de ça. C’est du sans-filet: je suis tout seul, il faut que je me souvienne d’une heure vingt-cinq de spectacle. Mais si je maîtrise le risque je ne me fais pas de souci. Après Montréal, je me suis dit que j’allais y prendre goût. J’en ai parlé à ma personne de contact en France, qui a tout de suite loué pour dix soirées La Grande Comédie, à Paris. Ma fille, Camille, qui est directrice du Théâtre de Cossonay, m’a demandé de jouer au Pré-aux-Moines et j’ai bien sûr accepté. Mais, avant, il y a ces trois concerts à Montreux: il y a 117 places, je n’ai jamais joué dans un endroit si petit!

Avez-vous le trac?

Si je suis sûr de moi, je n’ai pas d’inquiétude. Les gens sont partie prenante du spectacle. Il y a un rapport entre eux et moi qui est extrêmement fort.

C’est déjà le cas durant votre tournée avec Ze Grands Gamins, en compagnie de votre fils, Pierrick.

C’est différent. Ce sont des concerts pour les adultes et les gens viennent chanter comme des fous avec des bières. (Rires.) Il y a des motards qui ont les bras gros comme mes cuisses.

Cette ambiance régressive vous a-t-elle fait du bien après la mort de votre épouse en septembre dernier?

Oui. Après le décès de Mary-Jo, j’avais deux options: soit je me laissais aller, soit je me prenais en main. J’ai choisi la deuxième, car ce n’est pas dans ma nature de faire autrement. Si Mary-Jo était encore à la maison quand j’ai reçu ce téléphone du Québec, je n’y serais pas allé. Je ne pouvais pas la laisser seule. Donc je n’aurais pas fait ce projet solo et vous ne seriez pas là. Donc tout s’est décliné autour du fait que j’avais besoin de faire beaucoup de choses. La vie est devant moi, malgré mon âge certain. J’ai une très, très bonne santé.

Vos deux enfants habitent à moins de 3 km de chez vous. Les Destraz sont fusionnels?

Complètement. Je suis persuadé que si un se sent mal, les deux autres sont tout de suite là pour lui.

Vous êtes un peu le chanteur de tous les Romands. Y a-t-il toujours eu la même frénésie en France?

C’est vrai qu’ici quand je me promène tout le monde me dit bonjour. En France, un peu moins, parce que je ne passe pas à la télé. Je n’ai jamais fait un seul prime time de ma vie et pourtant j’ai rempli 93 fois l’Olympia. Un soir que je sortais du Palace à Paris, j’ai croisé Thomas Wiesel dans le métro. Lui passait au Point-Virgule. Il me sort: «Tu vois, il y a deux Suisses qui jouent à Paris. Un fait 115 places, l’autre 1000. Devine qui c’est?» (Rires.)

Savez-vous combien d’écoles portent votre nom?

(Sans hésiter.) Trente-trois! Il y en a trente et une en France, une à Concise (VD) et une école de musique à Écublens (VD), ce qui est plutôt proportionnel. Je les ai toutes inaugurées. Le maire est là avec son écharpe tricolore, je fais un discours, les enfants me chantent mes chansons. Parfois, je suis en concurrence avec Jean de La Fontaine et Antoine de Saint-Exupéry, et c’est mon nom qui passe, c’est rigolo. Une 34e école Henri Dès sera baptisée le 15 juin prochain à Saint-Martin-en-Campagne, en Seine-Maritime.

EN CONCERT

Demain et samedi (19 h) ainsi que dimanche (17 h) au Théâtre Montreux-Riviera (complet). Infos: www.theatre-tmr.ch

Les 14, 15 et 16 décembre au Théâtre du Pré-aux-Moines, à Cossonay (VD)

Le samedi et le dimanche, du 10 novembre au 23 décembre (sauf 15 et 16 déc.) à La Grande Comédie, Paris.

Créé: 24.05.2018, 17h12

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