Mercredi 13 décembre 2017 | Dernière mise à jour 13:52

«Flashback» Johnny: «J'ai une revanche à prendre!»

«Le Matin» était parti à la rencontre du rockeur avant sa tournée à Los Angeles en 2012. Premier épisode d'un reportage exclusif.

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Il est 20 h 30 samedi à Los Angeles. Johnny Hallyday a réuni ses musiciens au Center Staging de Burbank, sur Winona Avenue. Ici, les plus grands artistes préparent leurs concerts à l’abri des regards, dans des salles austères et insonorisées aux dimensions de terrain de basket. Dans l’une d’elles, un petit Américain pâle aux cheveux blond orangé s’approche du Français, qui boucle à l’instant une répétition homérique d’une heure et demie. Le visiteur se dit très honoré. Il offre humblement à son hôte son CD, «A Postcard from California». Son nom est inscrit sur la pochette: Al Jardine. C’est le guitariste des Beach Boys. Un mythe vivant. Il occupe le studio voisin, comme Paul McCartney il y a quinze jours. Jardine, visiblement impressionné, congratule Johnny au sommet de sa forme. Les rares privilégiés qui ont assisté à cette répétition événement, à deux jours du coup d’envoi de sa tournée 2012, n’en reviennent pas.

Les 25 titres, enchaînés à une cadence infernale, réarrangés par Yarol Poupaud, jeune directeur musical et guitariste, sont l’une des clés de voûte de cette réussite. Le répertoire est décapé, servi brûlant par dix musiciens et deux choristes en parfaite osmose. Johnny s’est délesté du poids de son mythe. La raison, il la vit. «J’ai une revanche à prendre», dit-il simplement. Il ajoute, en tirant sur sa gauloise: «C’est ici que j’ai failli mourir. J’ai besoin d’avoir du plaisir et d’en donner. C’est pour ça que l’on fait de la scène.»

Voix phénoménale

Voir le taulier à la manœuvre, à un mètre de distance, sans paillettes, sans fard, sans décor: l’expérience est physique. Johnny balaie tout sur son passage, présageant une tournée sans précédent. Dans les stades, comme le 2 juin prochain à Genève, il aura ajouté à son costume signé Sarah Burton une panoplie d’effets spéciaux concoctés par un maître du Cirque du Soleil et un orchestre symphonique. Ce soir, l’essentiel est là: la voix, proprement phénoménale. Hallyday défie le temps et les superlatifs. Il n’a plus d’âge. Derrière lui, le batteur Geoff Dugmore, vivant métronome, cogne sec et gifle ses cymbales. A gauche, on reconnaît Robin Le Mesurier, l’ami fidèle, guitare Fender en bandoulière. A l’opposé, devant une série de pédales d’effets, Yarol Poupaud balance des solos invoquant ses maîtres, Keith Richards, Angus Young et Jimi Hendrix. Le bassiste Fred Jimenez déverse un son agressif et sensuel qui, mélangé à la grosse caisse, permet à l’ensemble de surfer sur un rouleau rythmique sous tension.

Ça va très vite. Johnny s’en amuse. Il veut gagner le combat. «C’est pas fini! balance-t-il après 20 titres. On enchaîne. Allez!» Après cinquante ans de carrière, la technique pourrait servir d’oreiller de paresse. Ici, elle permet d’aller à l’essentiel pour atteindre et procurer la jubilation. Le chanteur part dans les aigus, revient dans les basses. Sa voix monte du ventre comme celle d’un ténor, couvre les instruments poussés à fond et s’arrête. Les quatre cuivres et les deux choristes qui s’ajoutent à l’ensemble ne l’empêchent pas d’être attentif à tout: «Dans l’intro on peut faire quelque chose de plus riche», indique-t-il aux deux claviers alors que les premiers accords de «Requiem pour un fou» résonnent, solennels. Alain Lanty et Fred Scamps se partagent un piano électrique, un piano à queue, un orgue et des synthés.

C’est ensuite le duo parfait. Johnny, mains jointes, salue avec respect l’Américaine Amy Keys, sa choriste. La reprise du titre de Tom Jones «I Who Have Nothing» est une merveille. Il faut doser puissance et nuance. Elle est soul, lui répond d’un cri déchirant, les yeux clos: «I love you!» Foin de sentiments. L’harmoniciste Greg Zlap apporte un grain de folie au détour de «Gabrielle». Ses trilles sont déments. Sur «Ma jolie Sarah» le timbre bluesy du gamin blond ferait pâlir les vétérans du Mississippi. Lutin possédé, il tourne autour du maître de cérémonie qui le toise d’une moue goguenarde.

Intense complicité

Cinq titres acoustiques rapprochent le groupe de son leader. Arrive «Que je t’aime» et le verbe «jouer» prend tout son sens. Johnny fait la folle maniérée en chantant «quand mes mains n’osent pas». L’instant suivant, la gravité reprend ses droits. «J’la croise tous les matins» a cappella est un moment de vérité nue. Le titre de Jean-Jacques Goldman file le frisson, suivi d’un «Hey Joe» commandé par le maestro d’un claquement de doigt: «Next!» Sur «Dégage» ou «L’envie», il ne chante plus, il crache du feu. Pied de nez à cette folle séance démarrée avec «Allumez le feu» justement, Johnny farceur cède sa place. «Je vous laisse la jouer, je la connais moi!» Poupaud fait le boulot. Hallyday, bon public, frappe dans ses mains.

Tout se termine en embrassades. Une joie palpable, partagée. Il y a trois ans, à sa sortie d’hôpital à Los Angeles, Johnny Hallyday avait craint d’avoir définitivement perdu ses cordes vocales, abîmées lors de l’intubation. Demain, à l’Orpheum Theater, devant 2000 personnes, dont Mickey Rourke, Vanessa Paradis et une brochette de stars, le coup d’envoi de sa tournée 2012 sonnera l’heure de la revanche. Il veut défier la mort. Par k.-o. (Le Matin)

Créé: 06.12.2017, 15h15


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