Lundi 25 juin 2018 | Dernière mise à jour 19:15

Interview Jane Fonda: «Vadim m'a poussée à aller au lit avec d'autres personnes»

La splendide actrice de 80 ans, à l’affiche du «Book Club», n’a rien perdu de son franc-parler. Et nous répond en partie en français.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est à West Holly­wood, alors qu’elle assure la promo de son film «Le Book Club», que Jane Fonda a reçu «Le Matin» pour un face-à-face exclusif. Après un passage devant la caméra, elle a répondu à notre interview indiscrète. Sans tabou.

Jane Fonda, qui êtes-vous?

Je dirais que je suis une femme très courageuse. J’ai connu beaucoup de choses dans ma vie, mais j’ai surmonté chaque épreuve.

Votre premier souvenir?

Le jour de la naissance de mon petit frère, Peter (ndlr: elle avait 26 mois). Quand maman (ndlr: Frances Ford Seymour) m’a montré ce bébé, j’ai pleuré. Je m’en souviens comme si c’était hier car je pensais qu’il allait m’enlever ma mère.

Votre mère vous disait-elle «je t’aime»?

Non, maman était souvent malade, absente. À cause de cela, j’étais une enfant sage, par la force des choses. Enfant, ma plus grande peur était de la perdre.

Et c’est arrivé…

Oui. J’avais 12 ans. Elle s’est suicidée à 42 ans (ndlr: trois mois après son divorce de Henry Fonda). Mais j’ai découvert beaucoup plus tard qu’elle avait été violée dans son enfance, ce qui a causé ces choses que je ne comprenais pas quand j’étais petite.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

En étant mannequin, juste avant d’avoir mes premiers jobs d’actrice. Je devais avoir 15 ou 16 ans.

Que vouliez-vous devenir?

J’étais attirée par les arts. On m’a dit à 19 ans que j’étais douée pour la comédie et j’y ai cru (rires).

L’amour pour la première fois, c’était quand et avec qui?

C’était un Espagnol, à 16 ans. J’ai gardé ses lettres d’amour. Je les ai même lues sur le plateau quand nous préparions «Le Book Club».

Votre plus belle qualité?

Je suis fidèle en amour comme en amitié. Je me suis toujours donnée à 100% par amour, quitte à arrêter ma carrière ou vivre dans un autre pays. Il y a un élément important dans «Le Book Club» qui me correspond bien, c’est l’amitié entre ces quatre femmes. En prenant de l’âge, vos amies deviennent votre bien le plus précieux.

Votre plus grand regret?

De ne pas parler plus souvent votre langue. C’est comme le vélo. Si je suis à Los Angeles et que je croise un Français, il va me falloir quelques minutes pour rouvrir le tiroir de ce vocabulaire. Mais tout revient dès que j’arrive à Paris ou au Festival de Cannes, c’est bizarre. Sinon, je ne vis pas de regrets, c’est une perte de temps.

Si vous aviez le permis de tuer quelqu’un, qui serait-ce?

Il y a tant de souffrance sur cette Terre que je ne serais pas triste de voir disparaître certains puissants qui méprisent la misère.

Avez-vous déjà payé pour l’amour?

Non, mais j’ai souvent eu le sentiment d’être utilisée. J’ai vécu avec Roger Vadim, qui, sous prétexte d’amour, m’a poussée à faire des choses qui n’étaient pas dans ma nature, comme me retrouver dans un lit avec d’autres personnes.

Déjà menti à la personne qui partageait votre vie?

Le mensonge est la seule option lorsque la vérité est trop blessante. Mais je pense qu’on m’a menti bien plus souvent que je n’ai pu le faire.

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Robert Redford.

Qui trouvez-vous sexy?

Robert Redford, justement. Nous nous sommes retrouvés il y a deux ans pour «Our Souls at Night» (actuellement sur Netflix). Nous étions comme deux collégiens… de 80 ans (rires)! La scène d’amour est presque identique à celle de «The Chase», que nous avions tourné cinquante ans plus tôt. C’est vous dire si notre complicité est due à une longue histoire d’amitié.

Votre dernier baiser?

Pour mon maquilleur, avant cette interview. Je travaille avec lui depuis des années. Je parle d’un bisou. Parce que, pour le reste, la boutique est fermée! Et je n’ai aucun regret. J’ai connu mon lot d’aventures, d’amours, de romances, mais je n’ai plus l’énergie ni l’envie de consacrer une grande partie de mon temps à un homme. À 80 ans, rien de mieux qu’un bon livre pour se détendre (rires).

Vos dernières larmes?

Le dernier jour du tournage du «Book Club». Je ne pensais pas me faire des amies aussi vite. Nous n’avions jamais travaillé ensemble, mais une complicité forte s’est installée entre Diane Keaton, Candice Bergen, Mary Steenburgen et moi.

De quoi souffrez-vous?

D’arthrose mais, pour éviter d’aggraver la situation, je pratique la marche. J’ai tourné «Youth» dans les Alpes suisses en 2015 et je partais me balader en montagne presque tous les jours.

Déjà frôlé la mort?

Quand on a vécu les expériences des années 60 et 70 comme moi, je pense qu’on peut se considérer comme une survivante (rires).

Croyez-vous en Dieu?

Je suis devenue chrétienne après mon divorce de Ted Turner. Pendant soixante ans, j’ai passé ma vie à vouloir faire plaisir pour être aimée par les hommes, par les autres. Avoir Dieu dans ma vie m’a fait prendre conscience que je dois d’abord m’aimer telle que je suis.

Votre péché mignon?

Les cheeseburgers et la vodka! Il y a encore quelques années, j’adorais le vin, mais il me faut quelque chose de plus fort à mon âge.

Trois objets culturels (livres, CD ou DVD) que vous emportez sur une île déserte?

Je ne partirais jamais sur une île déserte. C’est une idée qui peut être attirante à 20 ans, pas à quatre-vingts! La notion de me retrouver seule n’a rien de positif à mon âge.

Pensez-vous gagner assez par rapport au travail fourni?

Je refuse de me plaindre. Le secret est de ne jamais penser que tout est gagné d’avance. J’ai arrêté ma carrière durant plus d’une décennie lorsque j’ai épousé Ted Turner. À notre séparation, il m’a fallu bosser pour payer mes factures. Aujourd’hui, même si l’on me parle souvent de ma grande carrière, je continue à regarder devant moi, pas derrière, car tout peut s’arrêter demain. Même pour moi. Je suis donc avant tout reconnaissante d’avoir un job que j’aime.

(Le Matin)

Créé: 09.06.2018, 16h12


Sondage

La victoire d'Erdogan et ses pouvoirs élargis en Turquie vous inquiètent-ils?




S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.