Mardi 20 août 2019 | Dernière mise à jour 01:20

Entretien Liane Foly: «J’aime le miracle de la vie!»

La comédienne et chanteuse vient à Genève au Théâtre du Léman, mardi et mercredi, dans «Jamais 2 sans 3». Un régal dans lequel elle incarne 3 personnages.

Liane Foly chante depuis l’âge de 12?ans. C’est un geste de son papa qui a déterminé toute sa carrière…

Liane Foly chante depuis l’âge de 12?ans. C’est un geste de son papa qui a déterminé toute sa carrière… Image: Visual Press Agency

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Liane Foly, qui êtes-vous?

Barbara disait: «Je suis une femme qui chante.» Moi, je suis une femme qui aime le miracle de la vie.

Votre tout premier souvenir?

J’avais 3 ans et cette histoire a déterminé mon amour pour le chant. Un jour que l’on se promenait avec mes parents, ma sucette est tombée dans la voiture et j’ai commencé à pleurer très fort. Mon père s’est énervé et il a balancé ma sucette dans la forêt. Je l’ai tellement mal pris que j’ai chanté 48 heures d’affilée. Ma voix hoquetait et modulait: «J’veux ma su… cette!» Mes parents se sont fait du souci et le médecin leur a dit: «Il y a de grandes chances pour qu’elle devienne chanteuse.»

Vous avez chanté grâce à ça?

Dans son geste, papa m’a enlevé le plaisir de cette sucette pour m’aider à grandir et pour me tendre, plus tard, un micro dans son orchestre, ce qui m’a permis de chanter. C’est très psychanalytique, j’ai travaillé là-dessus.

Etiez-vous une enfant sage?

J’étais timide et je le suis toujours dans mes relations de femme, j’étais très altruiste aussi. Je partageais mon pain au chocolat avec ceux qui n’en avaient pas.

De quoi aviez-vous peur?

Ma grand-mère maternelle qui a vécu 20 ans avec nous adorait nous raconter des histoires de fantômes. Il y avait aussi «La Belle et la Bête» de Jean Cocteau et «Les oiseaux» d’Alfred Hitchcock que j’ai vus, avec elle, vers 7 ans, à la télévision.

Dans l’enfance, quel fut votre plus grand choc?

Le choc du déracinement, je l’ai vécu sans le réaliser. Ma mère était enceinte dans le bateau qui la ramenait d’Algérie. Je suis née l’hiver 1962, l’un des plus rudes. J’étais une petite fille très gaie, j’ai dû ressentir la peine, l’angoisse de mes parents, leur déracinement aussi. Très vite, j’ai pensé que j’allais sauver tout le monde, amener du bonheur, faire un peu Zorro.

Que faisait votre papa?

Il était droguiste. Mes parents étaient de grands travailleurs. Ils sont toujours très avant-gardistes, modernes, avec cet esprit de battants dont j’ai hérité. Maman avait 23 ans, mon père 27. Ils n’avaient peur de rien. J’ai des parents exceptionnels.

Comment avez-vous gagné votre tout premier argent?

A Lyon, dans l’orchestre de bal musette de papa, à 12 ans. Il jouait avec ma sœur et des jeunes du quartier.

Que chantiez-vous?

Piaf, les Beatles. J’aimais beaucoup les chansons de France Gall et de Michel Berger, comme «La déclaration d’amour». A l’époque, j’avais une voix de petite fille qui interprétait aussi bien «La vie en rose» que du Tina Turner.

Votre première grande émotion musicale?

Un concert de Genesis en compagnie de ma grande sœur, à 13 ans, au Palais des Sports de Lyon. Il y avait Peter Gabriel et Phil Collins dans le groupe. Ça a été une vraie claque! Je ne comprenais pas pourquoi les gens étaient hébétés et allongés parterre, pourquoi il y avait autant de fumée autour de nous… Après, j’ai vu se produire Chicago, Yes, Deep Purple, Supertramp. Mais aussi Michel Sardou, Claude François ou Gérard Lenorman, avec mes parents, sur la Côte d’Azur.

Que vouliez-vous devenir?

Je voulais faire du spectacle.

L’amour pour la première fois. C’était quand et avec qui?

Le premier frisson ce fut en regardant, à 11 ans, Robert Hossein dans «Angélique marquise des anges». Après, moi je n’étais pas dans la séduction. Mes copines disaient: «On va se marier, on va faire des mômes.» Et elles en ont eu. Aujourd’hui, je suis célibataire, sans enfants. Le jour où j’ai découvert comme toutes les petites filles qu’on allait avoir mal tous les mois, ça m’a emm… Je disais à ma mère: «Pour quoi faire? Moi, je m’en fous, je ne veux pas d’enfants!» J’ai mes neveux et mes nièces que j’adore et ça suffit.

La plus belle de vos qualités?

La générosité, l’altruisme. C’est familial. Les petits commerçants dans les années 1970 étaient aussi des psys. On venait acheter un paquet de lessive et on restait 2 heures à parler de ses problèmes. Mes parents connaissaient les histoires de tout le monde. Mon père avait dans la coulisse un énorme téléphone. Les gens appelaient ou recevaient des coups de fil. Papa annonçait les bonnes comme les mauvaises nouvelles et parfois, c’était terrible, des décès.

Votre plus grand regret?

Un jour Barbara à qui je demandais de venir chanter avec moi dans «Taratata» m’a répondu ( elle l’imite ): «Mais mon petit, je ne me montre plus à la télévision. Plus d’images pour moi…» Et elle ajoute: «Mon chéri, je vous fais un album, des chansons.» Je n’ai pas su quoi lui dire. Elle m’adorait. Le temps a passé et Barbara aurait pu m’écrire un disque magnifique.

Avez-vous déjà tué?

Même pas des insectes.

Si vous aviez le permis de tuer quelqu’un, qui serait-ce?

( Elle réfléchit.) Il ne faut pas toucher aux enfants. Sinon je fais comme «Léon». Et le type, je lui mets une balle entre les deux yeux.

Avez-vous payé pour l’amour?

( Long rire.) Ah! Je peux prendre un joker?

Oui, mais alors, on va imaginer la réponse…

Je prends un joker. J’aime bien laisser planer le doute. (Rires.)

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Avec l’exploratrice Alexandra David Neel. Chez les vivants? Richard Gere, s’il vous plaît. (Rires.)

Qui trouvez-vous sexy?

Richard Gere. Laurent Delahousse, Robert Redford mon amour de jeunesse et Simon Baker, «Le Mentalist».

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

A la mort de Bernadette Lafont. Hier, en rangeant mon téléphone, je suis tombée sur un message qu’elle m’avait laissé un mois avant de mourir. J’ai fondu en larmes. On revenait d’un festival à Dinard, où nous avions passé deux semaines ensemble. Elle m’avait dit (elle l’imite): «Ma Liane, au mois de septembre, on va se revoir toutes les deux.» Et elle est morte l’été dernier.

Avez-vous déjà frôlé la mort?

Dans un accident, il y a 30 ans. J’ai fait 7 tonneaux, à 160 km/h dans une Porsche, à l’avant, assise à droite et sans ceinture. André Manoukian était à l’arrière. Mon producteur d’alors tenait le volant. Il ne maîtrisait pas bien son véhicule neuf. Il pleuvait et nous sommes partis en aquaplaning.

Croyez-vous en Dieu?

Je crois en l’être humain. Si Dieu est une force spirituelle, j’y crois. Je crois aussi qu’il n’y a pas de hasard, que tout est possible.

Trois objets culturels à emmener sur une île déserte?

L’intégrale de George Michael, «J’entends encore l’écho de la voix de papa» écrit par Théa, la fille de Claude Nougaro et le film «Liberace».

Combien gagnez-vous par an?

Je vous le dirai lorsque je viendrai m’installer en Suisse!

Qui sont vos vrais amis?

Mon producteur depuis 20 ans. Je fais la différence entre les amis du métier, qui sont des collègues, et les vrais amis.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

D’être heureux! (Rires.)

Ronflez-vous la nuit?

Pas du tout. Et je déteste ça. Même si c'était Richard Gere! C’est rédhibitoire. Il me faut le noir et le silence complets.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Camille Claudel. Parce qu’elle n’était pas si folle que ça et qu’elle aurait amené de très belles réponses. C’était une femme tellement douée, tellement sensible. Et, elle a fait avancer la cause féministe.

Créé: 15.03.2014, 09h41

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