Vendredi 17 novembre 2017 | Dernière mise à jour 19:32

Interview Mathieu Madénian: «Je ne regarde pas en arrière»

L’humoriste est à prendre d’un seul bloc, avec son accent chantant et son goût pour les gros mots.

Quand j’ai découvert le pouvoir du rire, je me suis dit que c’était dingue.

Quand j’ai découvert le pouvoir du rire, je me suis dit que c’était dingue. Image: Getty Images

Mathieu Madénian sera à Morges-sous-Rire le 22 juin pour son spectacle «En état d’urgence», dans lequel il raconte ses péripéties privées et professionnelles.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le 7 janvier 2015, Mathieu Madénian, chroniqueur à Charlie Hebdo, envoie un message à Charb pour le prévenir de son absence à la séance de rédaction. Il apprendra en direct à la télévision les terribles événements qui s’y sont produits. De quoi largement ne plus se prendre la tête quand, en mars dernier, il se fait déprogrammer à la dernière minute par la directrice de France Télévisions, pas du tout amatrice des capsules qu’il devait faire avec Thomas VDB. Promis, l’accueil lors de sa venue à Morges-sous-Rire sera plus chaleureux.

MATHIEU MADÉNIAN, QUI ÊTES-VOUS?

Oh, je ne sais pas du tout! Le jour où je le saurais, peut-être que je ne ferais plus ce métier. Cela voudra dire que je me serais trouvé et, pour l’instant, je n’en ai pas trop envie. Je suis bien comme je suis.

VOTRE TOUT PREMIER SOUVENIR?

(Il répète la question plusieurs fois.). Mon premier souvenir fort, c’est à 10 ans, la première fois que je suis monté sur scène. C’était dans un centre aéré à Perpignan. J’avais une fausse moustache et je racontais des blagues de Toto. Je voyais mes parents rire et je peux vous garantir que c’était pourri. Les autres parents ne rigolaient pas.

ÉTIEZ-VOUS UN ENFANT SAGE?

Oui, j’étais impeccable! J’écoutais mes parents, je bossais bien à l’école. Ma crise d’adolescence, je l’ai faite à 21, 22 ans. Dès que j’ai eu mon diplôme pour devenir avocat et criminologue, j’ai tout plaqué pour monter à Paris.

ENFANT, DE QUOI AVIEZ-VOUS PEUR?

De finir SDF. Je parle un peu comme une Miss France, mais comment est-ce possible? Récemment, j’étais à une terrasse de café et une personne m’a reproché de fumer car cela la dérangeait. Et à quelques mètres, il y avait un SDF qui dormait par terre. L’acceptation que l’on a de cette misère me fascine et me glace en même temps.

DANS L'ENFANCE, QUEL FUT VOTRE PLUS GRAND CHOC?

Quand j’ai découvert le pouvoir du rire. Je me suis dit que c’était dingue, ce truc-là. Je voyais mes parents rire avec Coluche et Desproges et je me demandais comment ils faisaient pour avoir cette emprise sur les gens.

VOUS AVEZ PUBLIÉ EN JANVIER LE LIVRE «ALLEZ TOUS VOUS FAIRE ENCULER». EST-CE L’UNE DE VOS EXPRESSIONS PRÉFÉRÉES?

Oui, je suis quelqu’un d’entier. Les gros mots, ce n’est pas si grave que ça. Quand mon père me dit ça, cela veut dire qu’il m’aime.

VOTRE MÈRE VOUS DISAIT-ELLE «JE T'AIME»?

Oui. Mon père un peu moins, cela se voyait autrement. Nous sommes des Arméniens, on se met des claques. Moi, je leur dis souvent que je les aime, j’ai appris que c’était important de le faire.

COMMENT AVEZ-VOUS GAGNÉ VOTRE PREMIER ARGENT?

À 17 ans, dans les villages de vacances. Je faisais le con sur scène.

QUE VOULIEZ-VOUS DEVENIR?

J’ai adoré mes études de droit, cela m’a passionné, mais monter sur scène, c’était plus fort que tout.

L'AMOUR POUR LA PREMIÈRE FOIS. C'ÉTAIT QUAND ET AVEC QUI?

Elle s’appelait Marion, j’avais 17 ans et c’était le jour de mon anniversaire. Et c’était comme toutes les premières fois, tu penses que c’est génial et tu t’aperçois des années plus tard que c’était nul, parce qu’elle te le dit! (Rires.)

POUR VOUS, C'EST QUOI, LE VRAI BONHEUR?

C’est le chercher! Le jour où tu le trouves, je ne sais pas si tu es toujours aussi heureux. Il suffit de regarder la télé: on pourrait être en Syrie en train de se faire gazer la gueule et en fait, je suis en France, dans l’un des plus beaux pays du monde.

QUELLE EST LA PLUS BELLE DE VOS QUALITÉS?

Oh, je suis incapable de répondre à cette question!

VOTRE PLUS GRAND REGRET?

Aucun! Je ne regarde pas en arrière.

SI VOUS AVIEZ LE PERMIS DE TUER QUELQU'UN, QUI SERAIT-CE?

Beaucoup de monde! Mais gentiment, il faudrait que la personne se relève après, sinon cela n’a aucun intérêt.

AVEZ-VOUS PAYÉ POUR L'AMOUR?

Ah non, jamais. C’est Patrick Timsit qui dit: «Je ne supporte pas de faire l’amour avec une femme qui travaille.»

AVEC QUI AIMERIEZ-VOUS PASSER UNE AGRÉABLE SOIRÉE?

Mes parents me manquent. J’aimerais bien me retrouver à Saleilles, dans le Sud, sur leur terrasse, à boire un bon muscat, avec mon père qui parle trop et ma mère qui lui dit d’arrêter parce qu’il saoule tout le monde.

POURQUOI AVEZ-VOUS PLEURÉ LA DERNIÈRE FOIS?

Lors de bombardements en Syrie qui ont fait au moins 50 victimes dans un couloir humanitaire.

QUANT À LA MORT, ELLE N’EST PAS PASSÉE LOIN…

Oui, à une heure près. (Silence.) Je parle de Charlie Hebdo dans mon spectacle. J’en parle librement, même si je garde des choses pour moi. C’est quelque chose qui m’a marqué, qui m’a construit aussi. J’ai eu de la chance. Je sais que maintenant, tout peut s’arrêter du jour au lendemain, et je ne fais plus que des choses qui me plaisent.

CROYEZ-VOUS EN DIEU?

Non. Essayons déjà de faire le bien ici avant de penser qu’il y a un autre truc ailleurs. Si Dieu existe, il aura des comptes à me rendre.

QUEL EST VOTRE PÉCHÉ MIGNON?

Oh, un bon saucisson avec une bonne bouteille de vin.

UN LIVRE, UN CD OU UN DVD QUE VOUS EMMENEZ SUR UNE ÎLE DÉSERTE?

Je découvre les BD de Fabcaro et je trouve cela génial. En musique, je prendrais le dernier album d’un pote, Oldelaf. Il est en train de le mixer. Et pas de films. Je regarde déjà assez la télé comme ça.

COMBIEN GAGNEZ-VOUS PAR AN?

Je n’en sais rien. Je n’ai pas de soucis d’argent, c’est une chance. Enfin, c’est comme ça que depuis 5 ans, parce que avant, pendant 10 ans, je vivais dans une chambre de bonne à Paris et je jouais au chapeau.

PENSEZ-VOUS QUE VOUS GAGNEZ ASSEZ PAR RAPPORT AU TRAVAIL QUE VOUS FOURNISSEZ?

On gagne toujours trop dans ce métier. Je n’opère pas des gens à cœur ouvert, je ne risque pas ma vie. Je pense que les artistes sont trop payés par rapport à leur utilité dans la société.

QUI SONT VOS VRAIS AMIS?

Thomas VDB, qui est un ami avant d’être un mec avec lequel je travaille. Et des amis dans le sud de la France, qui sont restés fidèles.

QUE SOUHAITEZ-VOUS À VOS PIRES ENNEMIS?

Rien. Je ne veux pas entrer dans leur jeu.

QUI AIMERIEZ-VOUS VOIR RÉPONDRE À CE QUESTIONNAIRE?

Thomas VDB, appelez-le. Je pense qu’il se lâcherait bien!

(Le Matin)

Créé: 17.06.2017, 08h52


Sondage

Faut-il préserver le secret bancaire pour les citoyens suisses?




S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters