Lundi 17 décembre 2018 | Dernière mise à jour 08:21

L'interview indiscrète Michel Fugain: «Il faut faire la chasse aux coeurs secs»

Son nouvel album sort le 10 mars et il vient à Montreux en décembre.

Image: Eric Vernazobres

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Michel Fugain a refait sa vie à L’Ile-Rousse, en Corse, auprès de Sanda, musicienne qu’il appelle volontiers «ma blonde».

Michel Fugain, qui êtes-vous?

Un citoyen français en 2012, délégué à l’imaginaire de mes contemporains.

Votre tout premier souvenir?

En 1947, mon père, jeune médecin, s’installait à Voreppe, près de Grenoble. La maison n’était pas prête. Des gens qui s’appelaient Venturino nous avaient prêté la leur. Il y avait un petit portail, une boîte aux lettres en fer et dedans j’ai vu un nid d’oiseaux. J’en ai fait mon Rosebud. Un truc inoubliable, un peu magique pour l’enfant de 5?ans que j’étais.

Etiez-vous un enfant sage?

J’étais turbulent dans une enfance terriblement heureuse, à la campagne. La maison était toujours pleine. C’était extraordinaire! Les potes de mon père étaient des prolos. Il y avait des grandes bouffes. Ça sentait bon le café. Mes tantes italiennes roulaient la pâte le dimanche. La figure de mon père était centrale. Dans le village, j’étais le fils de Mickey. Mon père, Pierre Fugain, avait un nom de guerre: commandant Mickey. Un homme de gauche très engagé. Il était dans la résistance, la grosse, la vraie, à 20?ans. Mes parents étaient jeunes. Ils avaient envie de faire la peau des Allemands et en même temps ils buvaient, baisaient et bouffaient la vie à pleines dents. Les vrais révolutionnaires sont toujours gais!

De quoi aviez-vous peur?

De rien. Nous étions tellement en sécurité avec ces grandes personnes qui allaient dans des manifs se bagarrer, casser du flic et coller des affiches. On savait qu’on était avec des Tarzans. Je le réalise en vous répondant. Je n’avais même jamais fait l’analyse comme ça.

Votre plus grand choc? Une cicatrice à la tête en tombant d’un mur. Sinon, c’était sans choc (rire). En vacances, on faisait les foins, on allait cueillir le tabac, on barattait le beurre, on allait traire. Putain, c’est tellement heureux, j’en ai presque honte. Mon père a dit: «J’en ai chié pour trois générations. Alors ça va!»

Votre mère vous disait-elle «je t’aime»?

Sans arrêt. Elle était aussi enfant que nous, et papa mourait d’amour pour sa progéniture. On est excessivement bisouilles. J’ai transmis ça à mes enfants.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

En faisant les vendanges vers Avignon. Puis au cinéma, à 20?ans, second assistant d’Yves Robert.

Que vouliez-vous devenir?

J’ai 70 balais en mai. A l’époque nous étions insouciants et avions tout le temps. Pour mon père, je devais devenir médecin. Ma sœur, elle, est venue à Paris danser. Elle a fait l’école de l’Opéra, puis elle a tout quitté et ça s’est inversé. Moi qui devais devenir médecin, je suis devenu artiste, et ma sœur, un savant.

L’amour pour la première fois, c’était quand et avec qui?

La découverte des filles s’est faite à la campagne dans les greniers, les arrière-cours, les montées d’escalier. Le vrai dépucelage est tardif, en Angleterre, à la sauvette, derrière une église. C’était une Suédoise lors d’un cours Vacances studieuses.

C’est quoi le vrai bonheur?

Me mettre au lit le soir avec Sanda. On se regarde et on est simplement bien, dans un paysage qu’on aime, sur une île magnifique, la Corse.

La plus belle de vos qualités?

Je suis partageur.

Votre plus grand regret?

Je me suis raté dans l’organisation de ma vie. Ce ratage m’a fait de beaux enfants. Je vis d’amour avec eux et eux avec moi. Ça estompe tout le reste.

Avez-vous déjà volé?

Pas même une pomme. J’aurais été tétanisé à l’idée que mon père puisse être sali par le déshonneur de son fils.

Avez-vous déjà tué?

Enlever la vie? Il n’y a guère que les imbéciles pour ça.

Avez-vous payé pour l’amour? L’amour sans amour, excusez-moi, mais je n’y arrive pas. ( Sa femme lui chuchote à l’oreille.) Ma blonde me dit que c’est parce que je n’en ai pas eu le temps! (Rires.)

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Hubert Reeves et Yves Coppens. Ils remontent tellement loin dans le temps qu’ils voient loin devant.

Qui trouvez-vous sexy?

Kristin Scott Thomas, la classe absolue avec l’intelligence. Là, d’un seul coup, vous rendez les armes.

Vos dernières larmes?

On devient plus sensible avec l’âge. Je sens monter les larmes en regardant les photos de mes petits-enfants. J’ai tendance à privilégier ma rage plus que mes larmes. Elle me tient vivant. S’indigner, c’est bien, se révolter, c’est mieux dans une société qui qualifie de «killer» un type pour dire que c’est un bon.

De quoi souffrez-vous?

La seule souffrance que j’ai eue, c’est en perdant ma fille de 22?ans. Mon corps est mort avant elle. Je me suis retrouvé sans poils sur la tête. Le corps, lui, savait, alors que nous passions notre temps à dire: «On va vaincre la maladie.» Ça a été un choc. Mais certains ont vu partir toute leur famille à Charm el-Cheikh en vacances en 2004 lorsqu’un avion s’est cassé la gueule. Une fille, ça fait très, très mal, mais une famille entière, comment survivre à ça?

Avez-vous déjà frôlé la mort?

Le premier jour où j’ai eu mon permis, dans la Dauphine de ma mère, on est partis en semi-vrille.

Croyez-vous en Dieu?

Non. Je crois tellement en l’Homme. Je dis: «Je respecte ta croyance, respecte mon athéisme!»

Quel est votre péché mignon?

Les endives au gratin. Les spaghetti bolognaise repoêlés du lendemain.

Trois objets culturels sur une île déserte?

«Ascenseur pour l’échafaud» de Miles Davis, «Zorba le Grec» de Kazantzakis et «Le testament d’Orphée» de Jean Cocteau.

Combien gagnez-vous?

Au niveau des impôts, j’oscille entre 120?000 et 180?000 francs.

Pensez-vous gagner assez par rapport au travail fourni?

Je gagne honnêtement ma vie. Je suis un grand défenseur du droit d’auteur. Il y a des profiteurs qui préféreraient acheter les œuvres et en faire ce qu’ils veulent. Je dis: «Non. Messieurs, allez vous faire mettre!» Sur scène, je ne suis pas un homme cher. On est sept. Les gens viennent au spectacle pour se divertir, pas pour voir la crise.

Qui sont vos vrais amis?

Les gens avec qui je travaille. Ma meilleure amie étant ma compagne. On a été meilleurs amis avant et on l’est restés. En Corse, je dis tu à tous ceux qui s’aiment. Il faut faire la chasse aux cœurs secs.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

Qu’ils ne changent pas. Ils auront à vivre avec eux-mêmes jusqu’à la fin.

Ronflez-vous la nuit?

Je ronronne lorsque je suis fatigué.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Les gens qui me connaissent pour voir si les réponses coïncident. Ça fait appel à beaucoup d’intimité votre truc!

(Le Matin)

Créé: 02.03.2012, 22h59

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