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Ingrid Chauvin «Être dans le partage, c'est apaisant»

L’actrice Ingrid Chauvin sort aujourd’hui un livre consacré à la perte de sa fille, Jade, alors âgée de 5 mois. Rencontre à Paris.

Image: Catherine Delahaye/Plon

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Entre lundi et mardi, Ingrid Chauvin n’a pas trouvé le sommeil. Une émission de télé quelques heures auparavant avait ravivé ses souvenirs. C’est mardi après-midi à Paris. Un jour de Fashion Week qui électrise la capitale. Dans cet hôtel cosy du VIe arrondissement où se déroule notre entretien, une experte analyse une collection de nouveaux pulls qui font une «silhouette trop parfaite», entend-on en arrière-fond. Celui que porte Ingrid Chauvin est mauve et c’est le dernier de ses soucis. Elle prend une grande respiration. Elle dit qu’elle n’aime pas le miel qu’elle met dans son thé, mais sa voix enrouée par ses soirées sur scène au théâtre de la Michodière ne lui laisse pas le choix. C’est comme son livre «A cœur ouvert», qui sort aujourd’hui.

La comédienne de 41 ans n’aurait jamais voulu l’écrire. Cela voudrait dire que son cœur de maman ne serait que tendresse et bonheur. Le 25 mars 2014, sa fillette Jade, née avec une malformation cardiaque, s’en est allée à l’âge de 5 mois, dans son petit lit, à l’aube d’une sieste. Un choc absolu pour l’actrice et son époux. Les médecins, qui suivaient l’enfant depuis ses premiers jours, étaient confiants sur le fait qu’il «ne se passerait rien à la maison».

L’apaisement, pas la colère

A la page 15, elle dit que l’on guérit du malheur. «Oui, parce que l’on n’a pas le choix. Face à ce genre d’épreuves, soit on s’effondre complètement, soit on fait tout pour s’en sortir. On survit de ça, la douleur sera toujours présente, elle va se cicatriser un petit peu mais c’est le combat de toute une vie. Malgré l’horreur que j’étais obligée de décrire, il y a une vraie lueur d’espoir parce que c’est l’amour qui fait tenir et j’avais envie que cela ressorte de ce livre».

Il y a ce mot, «apaisement», qu’Ingrid Chauvin prononce dix fois plus souvent que le prénom de son enfant. Apaisement tout d’abord auprès de sa tante Nadine qui a partagé comme elle, il y a 15 ans, ce drame de la perte d’un enfant: «Je prends exemple sur sa sagesse». Pas seulement pour elle, mais pour transmettre ensuite à d’autres: «Je reçois beaucoup de messages de parents à qui cela vient d’arriver, parce que oui cela arrive tous les jours, du coup, être dans le partage et la compréhension, cela apaise».

Apaisement surtout auprès de son époux Thierry Peythieu, auquel elle consacre de très beaux mots d’amour tout au long de l’ouvrage. «Sans lui, je ne serai pas là aujourd’hui. C’est lui qui me donne toute cette force. Je dis toujours qu’il est mon meilleur psy, parce qu’à ce jour, j’ai toujours refusé de consulter. Je n’ai jamais ressenti de colère ni de révolte face à ce qui nous est arrivé. Cela ne sert à rien». Ingrid Chauvin a mis 4 mois pour mettre des mots sur sa douleur, mais pas seulement. C’est tout son parcours de vie qu’elle retrace, de sa maman qui tombe enceinte à l’âge de 17 ans et demi d’un homme déjà chef de famille qui lui racontait d’improbables contes de fées, de cette relation qu’ils n’arriveront jamais à vivre sereinement. La petite Ingrid se promet très tôt de ne pas suivre leur exemple.

Une grande «tribu du cœur»

«Sans Jade, je n’aurais certainement jamais écrit sur mes parents. Mais ce livre est aussi pour notre fille et il me semblait important de revenir sur tout ce qui m’avait construit, de lui raconter comment ses parents s’étaient rencontrés». Elle n’a jamais bridé sa plume. «Tout est venu très naturellement et simplement. J’ai mis du temps à poser la première phrase, et une fois que les vannes se sont ouvertes, c’était parti. Je n’ai absolument rien calculé». Ses mots sur la futilité de sa vie, mesurée à l’aune du dévouement qu’elle observe dans les différents hôpitaux qui se sont occupés de Jade, interpellent. On lui dit qu’elle aussi donne du bonheur à travers ses rôles à la télévision et au théâtre. Elle relève la tête: «Je m’en rends compte maintenant». Posé à côté d’elle, son sac à main est complètement zippé. Par précaution, mais aussi pour protéger du regard quelques petits objets personnels de sa fille qui l’accompagnent partout où elle va. Pourtant, c’est décidé: il y aura d’autres enfants, grâce à l’adoption. Elle met sa phrase au pluriel car avec eux, «la comparaison permanente avec Jade ne sera plus possible». Pour l’heure, rien n’est fait, même si le couple a reçu l’agrément. «Comme des milliers de parents, on est dans cette attente d’un coup de téléphone. C’est un long parcours, il faut apprendre la patience et en même temps, c’est un futur acte d’amour qui est tellement immense. Je suis heureuse d’avoir la force de poursuivre ce désir». Car elle sait que son rêve d’avoir une «grande tribu du cœur» est possible. Angelina Jolie l’a prouvé, avec ses adoptions multiples à travers le monde: «Je suis très admirative de la femme qu’elle est, des combats qu’elle mène. Sa famille est à mes yeux comme une sorte de modèle».

Active pour l’Hôpital Necker

A aucun moment, Ingrid Chauvin ne baisse le regard ou n’esquive des questions. Surtout celle qui concerne le calendrier, avec ce fameux 25 mars 2015 qui s’approche et qui marquera le 1er anniversaire du départ de sa fillette. «En fait, je tente de ne pas y penser. J’ai reçu lundi un message d’une maman qui a perdu son fils il y a quelques mois. C’était l’anniversaire de son enfant et personne de son entourage ne lui a dit un mot pour la réconforter. Je lui ai répondu qu’il fallait essayer de s’échapper des dates qui font souffrir, que c’est un combat permanent pour faire exister son enfant tous les jours et lui donner de l’amour».

En souvenir de Jade, Ingrid Chauvin s’investit depuis plusieurs mois auprès de l’Hôpital Necker à Paris. Principaux chantiers: une récolte de fonds de 2,5 millions d’euros pour l’installation d’ici un an et demi d’un robot chirurgical pédiatrique et l’amélioration des conditions d’accueil pour les familles: «Première réussite, l’hôpital va être pourvu de la totalité des lits accompagnants manquants. Quand je pense à ces enfants qui peuvent avoir leurs parents à leurs côtés la nuit, cela me réconforte. Il faut penser aux jolies choses qui peuvent arriver dans la vie».

Créé: 12.03.2015, 13h27

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