Mercredi 24 janvier 2018 | Dernière mise à jour 01:38

Nana Mouskouri «Rester jeune dépend de nous»

La star aux 350 millions d’albums vendus est venue au «Matin» parler de son nouvel opus, avant un concert à Montreux le 10 mars.

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Recevoir Nana Mouskouri à la rédaction du «Matin», c’est faire entrer dans nos locaux la deuxième chanteuse à avoir vendu le plus de disques du monde, derrière Madonna et devant Céline Dion. L’accueillir, c’est serrer la main d’une artiste qui fêtera en 2018 ses 60 ans de carrière, après avoir chanté 1600 titres, sorti 133 albums dans 19 langues et gagné plus de 300 disques d’or et de platine. Pourtant quand elle arrive, élégante de rouge vêtue, en compagnie de son époux et producteur, André Chapelle, elle impressionne surtout par son humilité. Sa simplicité et son écoute. Solaire, elle illumine nos bureaux en ce jour triste où Johnny Hallyday vient de disparaître. Mais ne peut cacher son émotion: «À nos débuts, Johnny et moi étions dans la même maison de disques. Je le voyais comme un petit frère. Le jour où je devais le rencontrer, le directeur de la maison de disques lui avait donné rendez-vous après un concert. Il voulait lui présenter Quincy Jones. Nous avons attendu 4 heures. Johnny n’est jamais venu, rit Nana Mouskouri. Bon, c’était le soir où il avait connu Sylvie Vartan! Nous nous sommes vus à de nombreuses reprises au cours des ans. J’ai toujours admiré sa carrière, j’aimais sa musique. Ces derniers jours, Line Renaud m’informait de son état. C’est terrible…» Sa voix se perd. Elle essuie quelques larmes. Une de nos journalistes en laisse couler aussi. La star la serre dans ses bras.

Nana Mouskouri, 83 ans, passe ensuite à chaque bureau, s’intéresse à chaque corps de métier. «Mon fils était graphiste avant de devenir cameraman», explique-t-elle en découvrant le travail de la direction artistique. En fait, elle est intarissable et c’est un bonheur d’entendre sa voix si douce et particulière. «Je ne dis pas ça pour vous flatter, mais je lis beaucoup «Le Matin», confie-t-elle soudain. C’est un journal que j’apprécie alors je suis contente de voir comment il est fabriqué.» Oui, car la polyglotte qui parle grec, français, allemand, anglais, italien et se débrouille en espagnol, habite à Genève depuis 53 ans!

Un titre de Bob Dylan

Mais la star passe la plus grande partie de son temps en tournée, de l’Australie aux États-Unis, du Japon, à l’Allemagne. «J’ai décidé de refaire une tournée (ndlr: unique date romande le 10 mars au 2m2c à Montreux), après celle de 2014, car la retraite, ce n’est pas pour moi. J’avais bien essayé une fois en 2008, mais je déprimais. Je ne peux pas vivre sans la musique. Je suis revenue avec l’idée que tant que je tiens debout, je serai sur scène. La scène, comme dirait Aznavour, me donne la force de continuer à vivre.» Son nouvel album, «Forever Young» (éternellement jeune), attendu début 2018, tire son titre de la chanson de Bob Dylan. Dylan, que son ami Leonard Cohen lui avait présenté en 1978. «Être jeune, ça dépend de nous. Avant, je n’ai jamais pensé à mon âge. J’y pense maintenant parce qu’il faut faire attention à certaines choses. Mais l’important, c’est de garder la curiosité, l’envie d’apprendre, de connaître. Si on perd ça, on perd son âme. Il faut avoir envie de voir la vie, d’échanger. La jeunesse, ce n’est pas une question de rides. La jeunesse, c’est de ne pas vivre comme si tu étais déjà mort.»

Elle a repris Bob Dylan, mais ne lui en a encore rien dit: «Je n’ai pas osé. Au début, je pensais lui demander de faire un duo. J’avais aussi pensé à Johnny sur ce titre. Mais je suis assez timide vis-à-vis des artistes et quand je les admire, c’est encore pire.» Bob Dylan a une place particulière dans son cœur: «La première chanson que mon mari m’a fait chanter, c’est «Adieu Angeline», une reprise de son «Farewell Angelina».

Pour ce nouvel album, l’Athénienne a choisi de reprendre des chansons d’artistes qu’elle a côtoyés comme Marlene Dietrich, Harry Belafonte ou qui l’ont marquée comme Elvis Presley et Amy Winehouse. «Elvis Presley c’est mon plus grand regret, rigole-t-elle. Je chantais déjà en Grèce, du classique, quand j’ai découvert sa musique. J’étais complètement dingue de lui. Du coup, j’ai commencé à chanter du rock’n’roll. Puis j’ai eu mon premier succès en Allemagne, «Weisse Rosen aus Athen». Il faisait son service militaire là-bas et j’ai appris qu’il a acheté le disque. On aurait eu l’occasion de se rencontrer plusieurs fois. Je n’ai pas pu aller le voir. Un jour, à Las Vegas, Liberace m’invite à sa première et en entrant, je vois que juste en face, au Hilton, il y a Elvis qui chante. Je ne pouvais pas abandonner Liberace parce que je suis venue pour lui. Elvis est mort peu après. Un jour, je croise un de ses musiciens qui me dit qu’Elvis avait mes disques et me connaissait très bien. Je me suis presque évanouie!»

Et son amitié avec Marlene Dietrich, dont elle reprend aujourd’hui «Lily Marlene»? «J’ai grandi en Grèce sous l’occupation allemande, alors j’avais l’oreille déjà pour l’allemand. À 15 ans, je chantais ce titre en acoustique. Plus tard, avec Marlene, on avait le même promoteur en tournée. On se suivait de salle en salle sans jamais se croiser. Alors je lui laissais de petits mots pour lui dire mon admiration. Et quand c’est elle qui passait dans une salle avant moi, elle m’écrivait sur le miroir avec son crayon noir: «Ich liebe dich, mein Vögelein ou mon rossignol.» Longtemps après, à Paris, je l’attends après un concert. Il y avait aussi Catherine Deneuve, Zsa Zsa Gabor devant sa loge. Elle sort, vient vers moi et me prend dans ses bras. On a pleuré. On ne s’était jamais vues. Les gens autour de nous étaient émus. Et on entend Zsa Zsa qui dit: «Oh Darling! arrêtez de pleurer, j’en perds mes faux cils!»

Fière de ses lunettes

Harry Belafonte, lui, insistait pour que Nana retire ses lunettes: «Je suis contente de voir des femmes porter fièrement des lunettes aujourd’hui. Je voulais rester telle que j’étais en devenant célèbre. mais tout le monde voulait me faire enlever les lunettes, disant que je n’aurais jamais de succès avec.» Elle sourit. Son succès planétaire, Nana Mouskouri l’explique de façon assez rationnelle: être au bon moment au bon endroit. Et beaucoup travailler. «Faire ce disque à mon âge, c’est une façon de remercier mes idoles, mais aussi la vie et le public qui m’écoutent, me suivent et me font confiance.» (Le Matin)

Créé: 08.12.2017, 17h24

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