Samedi 21 avril 2018 | Dernière mise à jour 14:42

Interview Rose McGowan: «Si Weinstein vient en Suisse, j'arrive»

L’actrice, violée par le producteur, revient sur cet épisode et annonce le lancement d’une émission de télé-réalité.

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Rose McGowan a rencontré la presse américaine ce mardi à Pasadena, en banlieue de Los Angeles, pour présenter son programme de télé-réalité, «Citizen Rose», dont la diffusion commence le 30 janvier sur E! Elle nous a accordé du temps après la présentation pour parler de son expérience, ses projets, ses combats et, bien sûr, de Harvey Weinstein, qu’elle accuse de harcèlement depuis longtemps.

Après le scandale des agressions sexuelles, Harvey Weinstein avait songé venir en Suisse se soigner, avant de changer d’avis.

Les lois contre le harcèlement sexuel sont beaucoup plus clémentes, voire inexistantes, dans de nombreux pays et je pense que la Suisse fait partie de ces endroits où il risque beaucoup moins qu’aux États-Unis. Les choses sont loin d’être parfaites en Amérique, mais quelqu’un qui serait condamné risque de plus lourdes peines qu’en Europe, par exemple. Mais il ne faut pas forcément parler de crime sexuel. C’est plutôt commettre un énorme larcin puisque ces hommes volent le bien le plus précieux aux femmes qu’ils harcèlent. Les tribunaux devraient juger ces hommes comme de grands voleurs et les condamner ainsi. Si ce monstre vient en Suisse, dites à vos lecteurs que j’arrive dans votre pays aussitôt.

Pardon?

Je suis fermement décidée à ce que mon mouvement soit mondial. Je reçois des témoignages de filles du monde entier et nous avons créé une armée, «Rose Army», pour que nos voix soient entendues aux quatre coins du globe. J’ai déposé le mot «Rose Army» il y a trois ans, ce qui vous donne une idée de ma préparation. J’étais dans un restaurant récemment et la serveuse a écrit sur l’addition «Rose Army» pour m’indiquer son soutien. Mon souhait est de créer une armée pour devenir un lobby qui va mettre la pression sur les dirigeants et changer les législations.

Avez-vous déjà une date de prévue pour votre déplacement en Suisse?

Je compte multiplier les voyages en 2018. J’étais récemment en Inde pour m’exprimer lors d’une conférence sur les femmes et j’ai d’autres pays sur mon planning dans les prochains mois, mais je garde les lieux exacts confidentiels pour l’heure.

Vous êtes extrêmement critique envers les autres actrices, comme celles qui se sont habillées en noir lors des Golden Globes. Pourquoi?

Je ne pense pas que l’on puisse changer le système de l’intérieur. J’ai fait longtemps partie du showbiz et j’ai vu les coulisses et la corruption partout. S’habiller en noir pour montrer sa solidarité, c’est comme mettre un pansement pour cacher une blessure. Tous ces gens savaient d’une manière ou d’une autre… Certains étaient complices par leur simple silence.

Que répondez-vous aux critiques qui disent que vous allez trop loin dans votre démarche?

Ceux qui me critiquent ou qui me traitent de folle font partie de ceux qui ont tout fait pour me réduire au silence depuis des années. Ceux ou celles qui pensent que ma démarche va trop loin n’ont jamais été confrontés au harcèlement. Un chauffeur d’un taxi m’a dit un jour: «Ces filles l’ont peut-être cherché par leurs tenues ou leurs attitudes.» Je lui ai demandé s’il avait déjà été paralysé par la peur et il m’a répondu: «Oui, j’avais 8 ans quand j’ai connu ce style de peur.» Eh bien c’est exactement ce qui se passe généralement: la fille qui est harcelée sexuellement a tellement peur qu’elle se fige, comme glacée par ce qui lui arrive.

Est-ce important pour vous d’avoir cette image de combattante?

Je fais peur parce que j’aime! C’est une réplique du dessin animé de Pixar «Monsters Academy». Et cela résume bien ma pensée. Cela me plaît que l’on me voie comme une guerrière. Mon père m’a dit que j’étais née avec le poing levé. La carte d’anniversaire qu’il m’a envoyée pour mes 10 ans disait: «Chère Rose, j’ai toujours admiré ton sens de la justice.» Alors oui, une combattante ou guerrière, j’aime cette image.

Dans les années 1980, le mouvement «Act Up» n’avait pas peur de choquer les opinions publiques pour forcer les gouvernements à agir face au sida…

Oui, bravo pour la comparaison. Mon but est d’arrêter les violeurs internationaux et ceux qui molestent les enfants. C’est aussi simple que ça! Les activistes d’«Act Up» ont forcé les murs des laboratoires pour voler les médicaments et aider les malades. Imaginez ce qu’il se serait passé si des femmes avaient forcé ces murs, il y a vingt ans, pour dénoncer les harceleurs en tout genre. Nous n’en serions pas là aujourd’hui. Mais la bataille ne fait que commencer…

D’autres actrices ont été écartées de Hollywood par Harvey Weinstein et ses amis à cause de fausses raisons. Espérez-vous reprendre votre carrière et revenir à la télé ou au cinéma?

Non, la comédie, c’est du passé pour moi, j’ai définitivement tourné la page. Mon programme, «Citizen Rose», sur E! est une émission militante qui est tournée sous la forme d’un documentaire-réalité puisque des caméras me suivent dans mes déplacements. Mais jouer la comédie, c’est terminé.

Quels sont vos projets?

Je me consacre à l’écriture d’un livre qui ira au-delà de mon discours actuel. Je veux par exemple donner des conseils aux filles pour éviter d’être harcelées ou repérer les signaux d’un homme avant que cela ne se passe. Sinon, je me consacre à mon art, ma musique… Je reste une artiste, mais je ne veux plus dépendre des autres… Surtout pas de Hollywood! (Le Matin)

Créé: 11.01.2018, 06h46


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